À l’occasion de la COP 30 à Belém, l’adaptation au changement climatique revient enfin au premier plan après trente années dominées par les politiques de réduction des émissions.
Atlantico : La COP 30 montre qu’après des décennies de culpabilisation, les efforts d’adaptation au dérèglement climatique s’invitent enfin à l’agenda des gouvernements. Pensez-vous que le recentrage de la COP 30 sur l’adaptation au changement climatique marque un aveu d’échec des politiques de réduction des émissions menées depuis trente ans ?
Samuel Furfari : La politique d’adaptation a été initiée et était prévue dans la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, adoptée à Rio en 1992. Il y a deux volets dans cette convention : la mitigation, qui désigne la réduction des émissions, et l’adaptation. Pendant des décennies, la priorité a été donnée à la réduction des émissions de CO₂ par rapport à l’adaptation.
Il faut savoir que la Convention des Nations unies s’intéresse à l’impact de l’homme sur le climat. Le GIEC s’intéresse à cet impact, et non pas à l’étude du climat en tant que telle, ce qui est très différent.
Le GIEC n’a pas été conçu pour étudier le climat mais pour étudier l’impact de l’homme sur le climat. Ce sont deux choses différentes, car la nature évolue en permanence et donc le climat évolue aussi de lui-même. C’est pour cela que l’on a parlé d’adaptation.
En se focalisant sur l’adaptation, cela permet d’intégrer aussi la dimension naturelle du changement climatique. Même s’il n’y avait aucun impact humain sur le climat, comme certains le disent, il y aurait de toute façon un changement climatique naturel. Et ce changement naturel a des conséquences, comme on le voit avec des tempêtes ou la fonte des glaciers. Tout cela ne dépend pas nécessairement de l’homme, et il faut donc s’y adapter.
C’est une très bonne chose que l’on réfléchisse enfin à l’adaptation de l’homme aux aléas du climat.
Que faut-il penser de l’Objectif mondial d’adaptation (Global Goal on Adaptation – GGA) fixé cette année à la COP 30 ? Il s’agit de la première tentative pour quantifier les niveaux d’adaptation aux changements climatiques des pays les plus pauvres, avec pour objectif de mieux cibler les actions qui méritent un financement d’urgence. Le GGA est censé s’appuyer sur une centaine d’indicateurs, depuis les risques d’inondations jusqu’à l’insécurité alimentaire. Est-ce également un signe positif de cette COP 30, ce grand objectif mondial d’adaptation ?
Ce critère fait partie de la stratégie traditionnelle des conférences internationales. Le but est d’instaurer et de définir des indicateurs afin de pouvoir les suivre et de voir leur évolution dans le temps. Tout a déjà été dit et fait à Johannesburg avec les indicateurs du XXᵉ siècle. Jacques Chirac était présent à l’époque.
Les indicateurs à mettre en œuvre pour éradiquer la pauvreté avaient été définis. Aujourd’hui, cela ressemble presque à une formule recyclée afin de montrer que les dirigeants et les pays se mobilisent.
Mais tout cela a un faible impact. Cela revient à cacher la réalité. Eliminrer la pauvreté c’est-à-dire augmenter la résilience dépend de la consommation d’énergie. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Tout le reste consiste à essayer de masquer cette réalité.
Et 86,7 % de l’énergie utilisée est issue de l’énergie fossile. Il ne sera pas possible de l’éliminer avant très longtemps. L’objectif est donc de trouver des idées innovantes afin d’apporter des réponses à des enjeux spécifiques.
Le programme Tropical Forests Forever Facility (TFFF) doit permettre de développer un modèle de financement innovant pour les forêts. Cette mesure doit permettre d’indemniser les pays pour la préservation des forêts tropicales. Ce mécanisme doit être lancé lors de la COP 30. Lula souhaite créer ce fonds pour distribuer de l’argent aux pays tropicaux qui parviennent à ne pas détruire les forêts humides avec des arbres à grandes feuilles.
Il est toujours question de la déforestation, et le Brésil continue de déforester – un peu moins cette année. Les pays équatoriaux comme le Ghana, le Congo ou l’Indonésie font partie de cette stratégie.
L’idée est de créer un fonds de 25 milliards d’argent public apporté par les États, et 100 milliards apportés par des banques et des fonds d’investissement. L’objectif est d’obtenir 125 milliards dans un fonds géré en « bon père de famille » pour atteindre un rendement de 4 à 5 %. Ceux qui auront investi seront rémunérés, ce qui est normal, et les bénéfices seront distribués aux pays tropicaux qui stoppent ou limitent la déforestation.
Le pays-hôte de la COP 30, le Brésil, veut mettre en avant un « mécanisme pour une juste transition » (Belém Action Mechanism for a Just Transition). L’idée serait de recadrer le discours sur la transition vers les énergies vertes mais en insistant sur le potentiel de la création d’emplois plutôt que sur les coûts économiques. Il s’agirait donc de financer et d’encourager les projets qui permettent la transformation de secteurs comme l’agriculture, l’énergie ou les mines. Ce mécanisme peut-il être efficace ?
Cette stratégie consiste à prendre de l’argent dans les pays développés pour le distribuer dans les pays du Sud, en changeant le vocabulaire. Mais c’est toujours le même principe. Les pays du Sud qui vont recevoir cet argent ne vont pas simplement se contenter d’installer des éoliennes et des panneaux solaires. Le pays ne va pas se développer avec cela.
Donc, si le pays se développe, il se développera avec de l’énergie fossile, et dans le futur avec de l’énergie nucléaire. Ces initiatives ne changent donc rien. Tout cela constitue des tentatives pour sauver les meubles car il ne se passe pas grand chose.
Il a été décidé de prolonger la COP de trois jours car, en l’état, il n’y aura pas d’accords significatifs. Le fonds pour les forêts tropicales est très bien présenté et mis en avant, avec des photos de chimpanzés.
Cela fait rêver les naïfs, mais l’argent n’arrivera pas. Il n’y aura pas 25 milliards de financement provenant des États, qui n’ont plus d’argent. Même l’Allemagne, qui était au départ l’un des pays les plus intéressés, voit désormais son ministre des Finances expliquer qu’il n’est pas enthousiaste. Friedrich Merz voulait mettre 1 milliard d’euros mais le ministre des Finances a exprimé ses réticences.
Dans une conférence internationale, il est facile de déclarer que l’on va donner de l’argent mais généralement celui-ci ne suit pas.
Depuis le début de la COP 30, quels sont les premiers enseignements de la conférence de Belem ? Quels sont les premiers échos depuis le début de la COP 30 en matière d’adaptabilité depuis le 10 novembre ?
Comme ce fut le cas pour les précédentes COP, les premiers jours de la conférence n’ont pas permis de déboucher sur de grandes avancées pour le moment. Mais ce n’est pas une surprise. C’est toujours ainsi la première semaine. Cette période sert toujours de tour de chauffe où les participants discutent des détails dans les textes et les futures résolutions. Certains mots sont ajoutés ou retirés. D’autres mettent des parenthèses carrées. Cela correspond à une technique dans les négociations internationales lorsque certains demandent quelque chose et que d’autres ne le souhaitent pas. Il n’est donc pas surprenant que la première semaine de COP 30 n’ait pas pu déboucher sur des avancées concrètes.
Comment expliquez-vous que l’adaptation, longtemps jugée “secondaire” face à la décarbonation, devienne aujourd’hui un pilier officiel de la politique climatique mondiale ? Est-ce une bonne chose pour cette COP ?
Le fait que l’adaptation ne soit pas une priorité par le passé était lié à un critère particulier. Cela était dû au fait que la COP ait été phagocytée par les décroissantistes et ceux qui voulaient absolument réduire les consommations d’énergie. Les efforts ont donc été concentrés sur la réduction des émissions de CO₂, la baisse des consommations d’énergie.
Maintenant, après 30 ans d’une telle politique, il est possible de constater que tout cela a été un fiasco.
Il est temps de réfléchir à une autre stratégie, notamment à l’adaptation, pour permettre aux populations de résister aux tempêtes ou aux océans qui se déchaînent. C’est une bonne chose.
Si les COP pouvaient réorienter les financements qui ont été gaspillés dans la lutte pour la décarbonation afin de les réorienter et de les consacrer à l’adaptation aux aléas climatiques, ce serait une excellente nouvelle et un choix judicieux. Ce cadre précis était d’ailleurs prévu dans la convention de 1992.
L’adaptation pourrait-elle, selon vous, être une voie plus rationnelle économiquement que la “neutralité carbone” ?
Effectivement, cela pourrait être envisageable car la neutralité carbone ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, puisque la notion de travail est liée à la notion d’énergie. Les individus doivent travailler et ont besoin d’énergie.
Or, 87 % de l’énergie mondiale provient des énergies fossiles, qui produisent des émissions de CO₂. Il faut donc reconnaître que les COP ou la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique ne permettront pas de réduire ces émissions.
En revanche, il faudrait parvenir à utiliser les ressources de manière intelligente pour éradiquer la pauvreté. Cela serait une révolution extrêmement bénéfique.
Dans mon livre « La vérité sur les COP », j’explique ce qui s’est passé lors de la COP de Varsovie. Quelques jours avant, le typhon Haiyan a dévasté les Philippines. Les dirigeants politiques du monde entier ont immédiatement affirmé, et le président François Hollande en était très fier, que cette catastrophe naturelle était une conséquence du changement climatique. Or, à Varsovie, il ne s’est rien passé, évidemment.
Rien n’indiquait un lien avec les émissions humaines pour le typhon Haiyan. C’est un exemple parmi d’autres.
Le monde est confronté à des problèmes sérieux, notamment la lutte contre la pauvreté. Pourquoi la catastrophe liée à l’ouragan Haiyan a-t-elle eu une telle ampleur ? Parce que les habitations étaient en tôle et se sont envolées. Les gens sur les sites les plus particulièrement touchés vivaient dans des bidonvilles. Lorsqu’une tempête arrive, les toits s’envolent, les maisons sont détruites et les habitants sont totalement démunis.
Comment est-il possible de permettre aux populations de résister face aux tempêtes ou aux ouragans qui surviennent à travers le monde ? Il est vital de construire des maisons et des habitations solides. Cela est lié aux enjeux de développement.
Il faut promouvoir le développement dans tous les pays. Le fait de se lancer dans la course au développement et à la prospérité permet de limiter les dégâts causés par les changements climatiques, naturels ou liés à l’homme. C’est ainsi qu’il sera possible d’éviter les catastrophes.
Pensez-vous que la mise en avant de l’adaptation pourrait réhabiliter le rôle de l’ingénierie, de la technologie et des infrastructures dans la gestion du climat, plutôt que de miser sur la restriction énergétique ?
L’avenir du monde dépend effectivement directement de la science et de la technologie. La qualité de vie dont nous bénéficions aujourd’hui, nous la devons à la science et à la technologie. Ce sont elles qui nous ont permis d’obtenir tout ce que nous avons aujourd’hui.
Les pays de l’OCDE sont bien dotés. Mais trop de pays en Asie et en Afrique restent encore éloignés de cette prospérité. Il faut des infrastructures et des investissements pour assurer une bonne résilience face aux difficultés qui peuvent se présenter. La résilience provient des infrastructures et de la volonté de trouver des solutions concrètes, et non de l’idéologie.
Craignez-vous que la course à l’adaptation renforce les inégalités, comme le souligne le président désigné de la COP 30, avec des pays qui se protègent derrière des murs climatiques tandis que d’autres restent exposés aux menaces climatiques ?
Les menaces climatiques touchent surtout, hélas, les pays les plus démunis. En Europe, il n’y a pas beaucoup de tsunamis ni d’ouragans aussi destructeurs que ceux qui ont frappé l’Asie du Sud-Est ou certains pays africains situés en bordure d’océans. Ce sont ces pays qui nécessitent des transformations.
Cela tombe bien, car ce sont des nations qui doivent se développer. En mettant en place des infrastructures résilientes, cela permet de créer de l’emploi, de générer une dynamique, et tout cela sera positif pour ces pays. Il faut évidemment aller dans cette direction.
Si la lutte contre le changement climatique conduit à permettre d’accomplir des efforts pour le développement des pays les plus exposés aux aléas climatiques, ce sera une bonne chose. Il n’est pas négatif de se focaliser sur les projets d’adaptation. Je ne vois pas en quoi cela créerait des divisions entre les pays.
A l’occasion de cette COP 30, quelles mesures d’adaptabilité pourraient être utiles à l’échelle internationale ? Y aurait-il une ou des mesures faciles à appliquer ?
Cela dépend des pays. Chaque pays a ses faiblesses. Cependant, les problèmes tournent souvent autour des océans qui se déchaînent ou des tempêtes sur les continents. Tout cela renvoie à la nécessité d’améliorer les constructions et les infrastructures. Lorsqu’il y a une tempête à Mayotte, ce sont les personnes les plus démunies qui en subissent les conséquences, et non celles qui habitent dans des maisons en dur.
Il faut donc supprimer les habitations précaires et construire en dur pour tous, en développant des infrastructures qui créent de l’emploi. Il est évident que c’est par là qu’il faut commencer, et qu’il faut cesser de gaspiller l’argent dans des subsides pour les éoliennes.
Ce ne sont pas les éoliennes qui permettront aux habitants de Mayotte de résister aux tempêtes.
2 réponses
Et pour nos contrées, poursuivre dans la voie de l’isolation thermique des logements pourra s’avérer utile en cas de vagues de froid.
Stop aux subventions avec nos impôts des propriétaires ou locataires privés pour l’isolation de leurs logements. Si quelqu’un veut isoler son logement, il doit se financer soi-même.
Un rapport de l’INSEE en date du 10 juillet 2025 « effets de l’isolation thermique des logements sur la consommation réelle d’énergie résidentielle » est plus que dubitatif sur les bienfaits de l’isolation… les économies d’énergie ne seraient pas au rendez-vous, le retour sur investissement serait d’une centaine d’années… 🙂 tout le monde peut isoler ses combles , ou agir simplement pour économiser l’énergie, (et vivre intelligemment— autant de solutions que de cas de figure— s’adapter doit être le maitre-mot ), mais se lancer dans les projets pharaoniques comme de prétendre obliger—à coup de subventions (carotte) et d’interdictions diverses(bâton) tous les propriétaires et copropriétaires à doubler (entre autres) les murs de toutes les maisons et copropriétés de France (en gros, c’est ça…), pour économiser l’énergie et favoriser la « transition climatique », avec le levier contraignant des « notes thermiques » (DPE, DPE global et autres DTG et PPPT) est une grosse trufferie ruineuse etd ‘une bêtise absolue . Directement issue du « Pacte vert européen », et de la Loi « Climat et Résilience » française … « résilience » … mot utilisé à toutes les sauces, et qui n’a plus rien à voir avec le concept développé à l’origine par le sociologue varois qui l’a inventé . Il faudrait bâtir autrement les logements de maintenant, notamment les bâtiments administratifs, bibliothèques, piscines, et aussi les immeubles sociaux … mais même cela, on en est très loin… même cela, ils ne sont pas capable de le faire, les décideurs divers, parce que ça coûte un peu plus au départ … c’est là qu’on devrait mettre l’argent de nos impôts, et non dans le tonneau des danaïdes évoqué plus haut.