En misant sur la technologie électrique, l’industrie automobile chinoise est devenue la première exportatrice au monde. Mais à quel prix ? Surcapacités de production massives, subventions publiques à jets continus depuis 15 ans, guerre des prix à outrance sur le marché intérieur et en réponse envolée des droits de douane aux Etats-Unis et même en Europe… Les constructeurs automobiles chinois dominent le monde électrique et sont dans le même temps incapables de construire un modèle économique pérenne et engagés dans une véritable fuite en avant.
Vue d’Europe, l’industrie automobile chinoise semble irrésistible. Elle est devenue la première exportatrice au monde depuis deux ans, devant le Japon et l’Allemagne, et possède aujourd’hui des avantages compétitifs qui semblent presque impossibles à rattraper dans la fabrication et la conception des véhicules électriques. Non seulement l’industrie chinoise domine de la tête et des épaules la technologie et la production des voitures électriques mais aussi celles des batteries et des minéraux stratégiques indispensables pour fabriquer lesdites batteries.
Mais derrière ce succès impressionnant, la réalité est moins reluisante. Les constructeurs automobiles chinois sont confrontés à des surcapacités de production massives et des investissements tout aussi massifs qu’ils sont incapables de rentabiliser. Ils sont engagés sur leur marché automobile intérieur, le premier au monde, dans une guerre commerciale à mort pour survivre. Pour contourner la censure gouvernementale impitoyable pour faire disparaître les mauvaises nouvelles économiques, les spécialistes chinois de l’automobile utilisent un terme apparemment anodin pour décrire la situation dans laquelle se trouve l’industrie automobile du pays : ils parlent d’involution… un synonyme de dégénérescence.
Crise financière majeure
Lestée par des investissements excessifs, dopée à outrance par le gouvernement central et les gouvernements régionaux et minée par de lourdes pertes, l’industrie automobile chinoise des véhicules électriques est menacée d’effondrement. Un constat fait notamment par un article retentissant du magazine The Atlantic titré « China’s EV market is imploding», le marché chinois des véhicules électriques au bord de l’implosion. Wei Jianjun, président du groupe automobile chinois Great Wall Motor, avertissait déjà il y a déjà quelques mois que l’industrie automobile chinoise pourrait sombrer dans une crise financière.
Illustration, il est possible aujourd’hui d’acheter en Chine des véhicules électriques d’occasion à prix cassés… neufs. Pour atteindre leurs objectifs de vente dans un marché ultra concurrentiel, les constructeurs chinois vendent des voitures à des concessionnaires qui les enregistrent comme « vendues » même si aucun client ne les a réellement achetées. Les concessionnaires les revendent ensuite comme étant « d’occasion », souvent à bas prix. Cette pratique est devenue si courante que le Parti communiste chinois tente de la faire cesser. Son principal journal, le Quotidien du Peuple, s’est plaint au début de l’année que cette tactique visant à gonfler les ventes « perturbe l’ordre normal du marché ».
Plus de 230 milliards de dollars d’aides publiques
Le Center for Strategic and International Studies américain (Centre des études stratégiques et internationales) estime que le gouvernement central et les régions ont apporté plus de 230 milliards de dollars d’aides financières à la filière des véhicules électriques entre 2009 et 2023. Cette estimation prend en compte cinq types de soutiens : les subventions nationales à l’achat, l’exemption de la tva de 10%, le financement par le gouvernement des …