(Palingénésie du 25/11/25)
« Lex » est une chronique phare et factuelle du FT en matière d’investissements. Dans des articles courts, ses rédacteurs posent des analyses claires et pertinentes. Dans celle du week-end dernier, ils revenaient sur les propos de Jim Ratcliffe, le président d’Ineos, qui avertit que l’Europe est en train de sombrer dans la désindustrialisation, mais, ajoutaient-ils aussitôt, « il est difficile d’imaginer un changement de cap ». Un homme prévenu en vaut deux et le groupe chimique britannique dirigé par Ratcliffe, dont les investisseurs frileux se débarrassent des obligations, ne sera pas le dernier à subir le contrecoup de cette désindustrialisation à marche forcée dans une Europe sous l’emprise de l’idéologie de la décarbonation et de la décroissance de la Commission européenne.
Cela va de mal en pis pour la chimie européenne. Les entreprises de produits chimiques de base comme Ineos, sa filiale Ineos Quattro, BASF, Syensqo, Arkema, Evonik, Lanxess, etc., explique Lex, font face à des coûts de production prohibitifs. Le gaz naturel, qui représente 85 % du coût de fabrication des engrais et de l’ammoniac, coûte à l’industrie européenne environ quatre fois plus qu’aux États-Unis au troisième trimestre de cette année, d’après Oxford Economics, un leader indépendant dans les prévisions économiques, cité par le FT. Les normes environnementales strictes et les coûts liés au carbone alourdissent encore la charge des entreprises.
Il est urgent que ses responsables politiques s’inquiètent pour l’Europe. La part des entreprises européennes sur le marché mondial des produits chimiques est passée de 28 % en 2003 à 13 % en 2023, selon une étude de Barclays, également citée par le FT, et la tendance à la baisse se poursuit. Les actions du secteur ont fait moins bien que l’indice Euro Stoxx 600 de plus de 30 % au cours des deux dernières années, fait remarquer Lex.
Le problème est plus sévère pour les fabricants de produits pétrochimiques et chimiques de base, parmi lesquels les entreprises de Ratcliffe et d’autres comme Venator et Kem One, signale Lex. Les fabricants de produits chimiques spécialisés comme Synthomer, Arkema, ASK Chemicals, Seqens, ont l’avantage d’être moins directement exposés à la concurrence, mais ils restent vulnérables aux innovations de leurs rivaux.
Le protectionnisme peut-il être une solution ? Le groupe Ineos, indique Lex, a l’intention de déposer plainte auprès de l’UE pour concurrence déloyale contre les importations de produits de substitution bon marché. Les produits chimiques sont essentiels à d’autres industries telles que la défense, l’agriculture et les produits pharmaceutiques. La chimie n’est donc pas seule concernée. Des restrictions commerciales risquent toutefois de se répercuter sur les consommateurs et d’entraîner des mesures de rétorsion de la part des Etats étrangers.
Les petites entreprises endettées du secteur chimique ont été les premières à faire les frais de la situation. L’obligation de 450 millions d’euros de Kem One, propriété d’Apollo, arrivant à échéance en 2028, est tombée à 14 centimes d’euro, rapporte Lex. Les prêts accordés à Seqens ont changé de mains à environ la moitié de leur valeur nominale.
Les analystes de Barclays, cités par Lex, affirment que, dans le pire des cas, les groupes chimiques pourraient se retrouver avec une « valeur terminale » (la somme de leurs flux de trésorerie à long terme à partir de quelques années) nulle et devraient réduire considérablement leur endettement. Cela représente, ironise Lex, une quantité considérable de déchets toxiques à traiter.