C’est une révolution à bas bruit de la politique énergétique européenne et au passage une nouvelle dose d’hypocrisie sur les engagements climatiques. Pour retrouver de la sécurité d’approvisionnement énergétique et pour tenter d’abaisser les prix des hydrocarbures qu’ils importent, notamment du gaz, plusieurs pays européens ont décidé de relancer les recherches de pétrole et surtout de gaz dans leurs eaux territoriales.
C’est le cas de la Grèce, de l’Italie et, en-dehors de l’Union Européenne, du Royaume-Uni. Par ailleurs, la Pologne a fait une découverte majeure en mer Baltique d’un gisement de pétrole et de gaz et la Norvège, déjà grand producteur de gaz et grand bénéficiaire de la guerre en Ukraine, a pris la décision de forer 250 puits d’exploration au cours de la prochaine décennie en mer du Nord.
Sans sécurité d’approvisionnement énergétique, il n’y a pas de souveraineté. Cela est vrai pour le pétrole, le gaz et d’ailleurs tout autant pour les éoliennes, les panneaux solaires, les pompes à chaleur, les batteries, les véhicules électriques et les minéraux critiques. Une réalité que les pays de l’Union Européenne (UE) ont longtemps ignorée avant de mesurer leur dépendance au gaz russe puis maintenant américain et qatari et aux équipements de la transition énergétique produits massivement dans les usines chinoises.
Les grands discours sur la réindustrialisation, la souveraineté économique et même le réarmement ont peu de chances de se traduire dans les faits si la question de l’approvisionnement énergétique continue à être traitée avec légèreté.
Voilà pourquoi plusieurs pays européens sont en train, sans trop le clamer, de changer radicalement de politique sur les hydrocarbures. Plutôt que de les importer à prix élevés, ils vont essayer d’en produire plus eux-mêmes. Si l’Europe veut avoir un avenir industriel, elle ne peut pas continuer à payer son énergie trois fois plus cher que les Etats-Unis et la Chine.
La question est particulièrement problématique pour le gaz et plus particulièrement le GNL (Gaz naturel liquéfié) que l’Europe importe maintenant massivement des Etats-Unis pour remplacer le gaz que lui fournissait la Russie par gazoducs jusqu’en février 2022 et l’invasion de l’Ukraine.
Le gaz, épine dorsale des systèmes énergétiques
Tout cela tient au fait que le gaz naturel est devenu aujourd’hui l’épine dorsale des systèmes énergétiques dans le monde. Il est indispensable dans l’industrie et le chauffage des bâtiments et permet de remplacer les centrales électriques au charbon en émettant environ deux fois moins de gaz à effet de serre et au passage de stabiliser et sécuriser les réseaux électriques fragilisés par le caractère intermittent et aléatoire des productions éoliennes et solaires. L’an dernier la demande mondiale de gaz a battu un nouveau record à 4.124 milliards de mètres cubes. Nul doute qu’elle atteindra un nouveau sommet en 2025.
Voilà pourquoi la semaine dernière deux pays membres de l’Union Européenne (UE), la Grèce et l’Italie, et le Royaume-Uni ont changé radicalement de politique et annoncé de nouveaux forages d’exploration pétroliers et gaziers.
Grèce, Italie, Royaume-Uni, Pologne, Norvège
La Grèce a délivré sa première licence d’exploration pétrolière et gazière marine depuis plus de 40 ans à un trio d’entreprises, dont Exxon Mobil. La licence du bloc 2 en mer Ionienne pourrait contenir jusqu’à 200 milliards de mètres cubes de gaz. Le forage devrait commencer fin 2026 ou 2027. Le pays a également accordé à Chevron et à Helleniq Energy des droits d’exploration dans les blocs situés au sud de la péninsule du Péloponnèse.
Le gouvernement italien envisage également de relancer l’exploration pétrolière et gazière marine, qu’il avait suspendue en 2019.
Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique a assoupli la semaine dernière son interdiction des nouvelles activités d’exploration en mer du Nord. Les compagnies seront …