QuotaClimat : entre lutte contre la désinformation et accusation de censure de l’information climatique

À l’origine, QuotaClimat a pour objectif « d’interpeller sur la faible place de la crise écologique dans l’agenda médiatique » et de mettre en place un quota d’informations environnementales , à hauteur de 20 % de temps d’antenne.

Lutter contre la « désinformation environnementale » dans les médias

Mais son action s’est également orientée vers la lutte contre ce que l’association qualifie de « désinformation environnementale » dans les médias, relève Transitions & Énergies. Pour cela, l’association a contribué à la création de l’Observatoire des médias sur l’écologie qui s’appuie sur un algorithme d’intelligence artificielle chargé d’analyser les contenus médiatiques et de détecter des cas de « désinformation climatique » et de « discours d’inaction ».

Sa montée en puissance lui a permis de participer à la rédaction d’un texte de loi visant à inciter les journalistes à « promouvoir » et « accompagner » les changements de comportements inscrits dans la Stratégie nationale bas-carbone, affirme Géraldine Woessner, rédactrice en chef au Point, sur X.

Subventions et conflits d’intérêts

Le financement de QuotaClimat repose en grande partie sur des fonds publics et sur des acteurs liés à la transition énergétique. Selon une enquête de Transitions & Énergies, recoupée avec celle du Point, l’association aurait perçu plus de 800.000 euros de subventions en deux ans, en plus de financements d’acteurs industriels et financiers engagés dans les énergies renouvelables.

Parmi les contributeurs publics cités figurent l’Arcom, « autorité publique de la communication » (28.000 euros en 2024), l’Ademe (125.000 euros via un appel à projets) et le ministère de la Culture et de la Communication (350.000 euros dans le cadre du plan France 2030).

Certains soutiens viennent aussi du secteur privé lié aux renouvelables. Fabien Bouglé, expert en politique énergétique et directeur de publication de Transitions & Énergies affirme ainsi :

« QuotaClimat est financé par l’ADEME, par le groupe Valorem – un des premiers exploitants éoliens français –, par la Banque Populaire via Mirova, qui est un fonds d’investissement dans les éoliennes. »

Pour Le Point, QuotaClimat est une « machine d’influence » qui veut « dicter l’information climatique », avec « une structure moins ‘cool’ qu’il n’y paraît, dont l’influence (et les évidents conflits d’intérêts) inquiète », ajoute sa rédactrice en chef.
 
L’Observatoire des médias dans l’écologie est notamment financé par l’ADEME et par l’Arcom, le régulateur de la communication audiovisuelle et numérique. Depuis 2023, l’association a saisi le régulateur à vingt-deux reprises. Trois démarches ont abouti : une amende de 20 000 euros infligée à CNews en août 2023, une mise en demeure partielle visant Sud Radio en décembre 2023, puis une réprimande adressée à Radio Classique en février 2025, selon Transitions & Énergies.
« Je comprends que QuotaClimat est financé par l’Arcom pour saisir l’Arcom. Et donc évidemment, on voit bien là que l’on arrive dans une dérive totalitaire », dénonce Fabien Bouglé.

Une « vision biaisée » ?

QuotaClimat a produit une infographie qui

« présente comme des ‘narratifs de désinformation’ plusieurs affirmations critiques à l’égard des énergies renouvelables intermittentes (EnRi), en particulier l’éolien et le solaire, sur la base d’une analyse de contenus médiatiques diffusés en France entre janvier et août 2025 », d’après Kaplan cité par Fabien Bouglé sur X.

EXCELLENT FACT CHECKING DE @KaplanBen_Fr concernant les fake-news diffusées par @quotaclimat qui présente des réalités documentées et sourcées comme de la désinformation ceci pour justifier la censure de l’@Arcom_fr .
Incroyable inversion des valeurs ⤵️https://t.co/iWn2dI1FmM

— Fabien Bouglé (@FabienBougle) December 25, 2025

Une analyse « des rapports institutionnels de référence, notamment ceux de RTE, de la Cour des comptes, du Sénat, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de la Commission européenne, montre toutefois que nombre de ces affirmations reposent sur des constats techniques et économiques objectivement documentés », affirme Kaplan.

Prenant en exemple plusieurs narratifs, il montre que « leur disqualification globale comme ‘désinformation’ apparaît donc discutable sur le plan scientifique », car ils « reposent sur la physique des systèmes électriques, l’économie énergétique et l’analyse industrielle ».

La composition du comité d’experts de QuotaClimat alimente les interrogations.
Selon Transitions & Énergies, ce comité censé garantir une approche « scientifique, neutre et objective » « ne compte aucun spécialiste de l’énergie ou du climat. Il comprend un sociologue, une analyste du discours, deux informaticiens, un expert en lacs et un spécialiste des transitions diplômé en littérature chinoise. »

Les risques pour le débat légitime

Les principaux reproches portent sur la frontière entre lutte contre la désinformation et restriction du débat légitime sur les politiques énergétiques.

Transitions & Énergies estime que QuotaClimat « fait sciemment l’amalgame entre le climato-scepticisme et le débat nécessaire et légitime sur la politique énergétique du pays » et « entend imposer une véritable censure sur les questions énergétiques afin que sa vérité devienne une vérité d’État imposée par les institutions de la République ».

Des responsables politiques expriment aussi leurs réserves. Lors d’un colloque à l’Assemblée nationale organisé par QuotaClimat sur « l’essor de la désinformation climatique », Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la Transition écologique, a pris ses distances avec le ton général des échanges, en affirmant qu’elle était « contre toutes les formes d’atteintes à la liberté de la presse ». « On ne peut pas définir une forme de bien-pensance », avait-elle ajouté.

Plus récemment, l’ancien ministre de la Transition écologique François de Rugy s’est élevé contre la volonté de QuotaClimat d’encadrer le traitement médiatique, parlant d’une « forme de police de la pensée ».

« Les prises de position de l’association QuotaClimat pourtant reconnue par l’Arcom, font davantage penser à une opération d’influence et de lobbying qu’à une démarche scientifique argumentée fondée sur les faits », a déclaré Yves d’Amécourt, conseiller général et porte-voix de Nouvelle Énergie, sur X.

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Une réponse

  1. Rien que la phrase « interpeller sur la faible place de la crise écologique dans l’agenda médiatique » me fait rêver…
    Je ne dois pas vivre sur la même planête que ces illuminés, à moins que cela soit ouvertement du foutage de gueule doublé d’un culot carabiné…

    Ce qui me fait moins rire et me met franchement mal à l’aise, ce sont les amendes infligées à des médias pour climatoscepticisme.
    Il est urgent qu’un pouvoir politique nous débarrasse de ces excités de la paire de ciseaux et du tiroir caisse, c’est une question de liberté d’expression.

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