Microplastiques : l’agence européenne de sécurité alimentaire dynamite une décennie d’études scientifiques douteuses

(Par Etienne Fauchaire

NDLR : l’article sort de notre ligne éditoriale consacrée avant tout au climat, mais elle est exemplaire des méfaits de la propagande écologiste, qui s’applique en particulier au climat.

Depuis des années, études et reportages anxiogènes se succèdent pour alerter le public sur les microplastiques qui contamineraient nos aliments et mettraient notre santé en danger. Dans un rapport choc, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) révèle que la plupart de ces travaux reposent sur des biais méthodologiques criants. À ce jour, aucun risque avéré pour la santé humaine n’a été scientifiquement démontré.
C’est un séisme scientifique passé sous les radars médiatiques. Depuis des années, une littérature foisonnante et des manchettes toujours plus anxiogènes, appuyées par une constellation d’ONG écologistes, ont véhiculé l’idée que le plastique serait un tueur silencieux, s’insinuant dans nos organismes via les emballages alimentaires du quotidien.
 
Les études se sont accumulées. Les chiffres ont enflé. L’inquiétude s’est installée. Le récit semblait verrouillé. Jusqu’à ce que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) décide d’ouvrir le capot.
 
Ce qu’elle y découvre tient moins de la machine infernale annoncée que d’un moteur grippé par l’approximation et les biais méthodologiques. Le verdict tombe le 21 octobre 2025, sous la forme d’une revue de littérature couvrant dix années de recherche.
 
L’EFSA a analysé 1711 publications publiées entre 2015 et 2025 sur le relargage de micro- et nanoplastiques par les matériaux au contact des aliments. 122 ont été retenues pour l’extraction de données. Le constat est sans appel :
« Malgré le grand nombre de publications étudiant le relargage de micro- et nanoplastiques par les matériaux au contact des aliments, les preuves disponibles concernant les caractéristiques et les quantités de particules libérées restent limitées. De nombreuses publications souffrent de lacunes méthodologiques […] entraînant des erreurs fréquentes d’identification et de comptage. »

Le mirage des milliards de particules

L’affaire des biberons en polypropylène illustre ce naufrage méthodologique. En 2020, une étude avait fait grand bruit en annonçant que la préparation d’un biberon libérait plusieurs millions de microplastiques par litre. De quoi affoler tous les parents du monde. Problème : les chercheurs filtraient l’eau à température ambiante après l’avoir chauffée au contact du plastique. Or, comme le démontre l’étude citée par l’EFSA, cette technique de « filtration à froid » provoque la précipitation d’additifs et d’oligomères, des substances inoffensives qui, sous le microscope, ressemblent trait pour trait à des microplastiques.
 
Lorsque l’expérience est reproduite correctement, avec une filtration à chaud (70 °C), les résultats s’effondrent : 2800 particules par litre au maximum, contre 15 millions annoncés. Mieux encore : aucune particule de polypropylène ou de polyamide, les matériaux constitutifs des biberons, n’a été détectée. Les « microplastiques » incriminés étaient en réalité des contaminants de laboratoire (polyéthersulfone provenant de lingettes de nettoyage) et du silicone issu des tétines.
« Les acides gras et les esters libérés par des biberons peuvent précipiter lors du refroidissement et imiter les signatures spectrales des microplastiques, conduisant ainsi à des résultats faussement positifs », résume le rapport de l’EFSA.
Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, syndicat de la plasturgie, et auteur de Plastique Bashing : L’intox ? (Cherche Midi), ne cache pas sa satisfaction auprès d’Epoch Times :
« L’EFSA, rappelons-le, est l’équivalent européen de l’Anses, une autorité publique, indépendante à la fois de l’industrie et des ONG écologistes. Or, alors que j’étais pourtant accusé de faire de la « science-bashing », ce qu’elle conclut rejoint exactement ce que je dis depuis longtemps : la grande majorité des études portant sur les micro- et nanoplastiques souffrent de biais méthodologiques majeurs. »

Le plastique ne « migre » pas

C’est l’un des apports majeurs du rapport qui souligne que, contrairement à l’imaginaire collectif, le plastique ne se désagrège pas spontanément au contact de l’eau ou des aliments. La diffusion moléculaire, ce phénomène par lequel des substances chimiques traversent une paroi, ne concerne pas les particules :
« Il est généralement admis que les additifs sous forme nanométrique sont trop volumineux pour être libérés par des processus de diffusion depuis l’intérieur d’une matrice plastique », rappellent les experts de l’EFSA.
Les seuls mécanismes de libération avérés sont mécaniques : friction lors de l’ouverture et de la fermeture des bouchons, abrasion des joints de sachets zip, effilochage des tissus fibreux comme les sachets de thé. Autrement dit, pas de « relargage spontané » du PET des bouteilles vers l’eau qu’elles contiennent.
 
L’étude de Winkler (2019), considérée comme l’une des plus robustes, a soumis des bouteilles PET à cent cycles d’ouverture-fermeture. Résultat : des particules de HDPE (le plastique du bouchon) se sont effectivement accumulées sur les surfaces internes des capsules, jusqu’à 1,2 million sur certains modèles. Mais ces débris restent majoritairement piégés dans les rainures du pas de vis, loin de la zone de contact alimentaire. Dans l’eau elle-même, la concentration mesurée plafonne à 148 ± 253 particules par litre, sans corrélation significative avec le nombre d’ouvertures.
« D’un point de vue scientifique, il n’existe pas de mécanisme de diffusion spontanée du plastique vers les aliments ou les boissons. Le plastique ne « migre » pas tout seul dans l’eau : cela ne fonctionne pas ainsi », insiste Joseph Tayefeh.

Le verre, faux ami écologique ?

Par ailleurs les bouteilles en verre, longtemps considérée comme une alternative vertueuse, ne font pas mieux. L’étude de Gambino (2023), citée par l’EFSA, a comparé les teneurs en microplastiques de bouteilles PET, rPET (plastique recyclé) et verre. Contre toute attente, le verre affiche la concentration moyenne la plus élevée : 8,7 ± 5,4 particules par litre, contre 5,1 ± 3,3 pour le PET vierge et 3,3 ± 1,3 pour le PET recyclé. Explication probable : les bouchons métalliques des bouteilles en verre, équipés de joints plastiques, génèrent eux aussi des débris par friction.
 
Autre découverte contre-intuitive : les contenants réutilisables, qu’ils soient en verre ou en plastique, présentent des niveaux de microplastiques supérieurs aux emballages à usage unique. Les cycles de lavage industriel, avec leur cortège de frottements et de chocs thermiques, favorisent l’usure des matériaux et le décollement de particules.
« Contrairement à l’idée reçue selon laquelle le verre serait une alternative « sans particules », les données montrent que les bouteilles en verre présentent des niveaux de microplastiques comparables, voire supérieurs, à ceux des bouteilles plastiques. Cela avait déjà été observé par l’Anses en France ; l’Efsa le confirme à l’échelle européenne », observe Joseph Tayefeh. « Le réemploi, souvent promu par les ONG, n’est donc pas nécessairement synonyme de moindre exposition aux particules. »

Nanoplastiques : le grand vide

Si les microplastiques font l’objet d’une abondante littérature, quoique méthodologiquement fragile, leurs cousins nanométriques demeurent terra incognita, en dépit d’un discours désormais très répandu leur prêtant des effets avérés sur la santé. L’EFSA est formelle :
« Les données sur les nanoplastiques sont presque totalement absentes. Les méthodes analytiques actuelles ne permettent pas de conclure à une libération de nanoplastiques en conditions d’usage courant. »
La spectroscopie Raman et l’infrarouge à transformée de Fourier (FTIR), techniques de référence pour identifier les polymères, butent sur une limite physique : en dessous de 1 micromètre, la résolution devient insuffisante. Quant à la microscopie électronique, capable de visualiser des particules de quelques nanomètres, elle ne permet qu’une caractérisation chimique sommaire (présence de carbone, d’hydrogène, d’oxygène), insuffisante pour distinguer un nanoplastique d’un résidu organique quelconque.
« Dire que l’on trouve des nanoplastiques « partout » relève davantage de l’affirmation que du constat scientifique », tranche Joseph Tayefeh. « À ce stade, nous sommes dans une situation d’incertitude. Et lorsque l’on ne sait pas, il est surprenant d’entendre toutes ces associations écologistes affirmer avec certitude que les bouteilles en plastique relarguent spontanément des microplastiques dans l’eau…»
À ses yeux, l’emballement des dernières années autour des nanoplastiques lui rappelle l’histoire de l’étude financée en 2019 par le WWF, qui affirmait que nous ingérions chaque semaine l’équivalent d’une carte bancaire en plastique. Une information choc, abondamment reprise médiatiquement, mais depuis scientifiquement démontée : pour absorber 5 grammes de microplastiques, un être humain n’y parviendrait pas en une semaine, mais en près de 23.000 ans. L’information était erronée ; l’idée, elle, demeure toutefois solidement ancrée.
 
Le secrétaire général de Plastalliance dresse un constat sévère. Selon lui, le même scénario se répète inlassablement : une étude « complètement bidon » est présentée comme une révélation scientifique, les médias s’emballent, puis, une fois ses failles méthodologiques mises au jour, le démenti passe sous silence.
« Regardez l’étude de l’EFSA : aucun média n’en parle », déplore-t-il. « L’information circule à sens unique, et cela révèle un manque criant d’impartialité. Ils font d’ailleurs complètement l’impasse sur les autres micro et nano particules qui nous entourent comme les silicates, la poussière de bois, pour ne citer que ceux-là. »
Mais au-delà du traitement médiatique, c’est la crédibilité même de la science qui serait en jeu, selon lui.
« La grande victime de cette histoire, in fine, c’est la science », poursuit-il. « À force de voir des études servant d’appui au discours politique et médiatique se révéler biaisées, parce qu’elles sont financées par des intérêts partisans, qu’ils soient ceux des industriels, des ONG ou même d’États étrangers, le public finit par décrocher. »

Du visible à l’invisible, nouvelle stratégie des lobbyistes anti-plastique ?

Comment expliquer qu’une littérature scientifique aussi approximative ait pu prospérer pendant une décennie et alimenter un discours public alarmiste ? Pour Joseph Tayefeh, la réponse tient en un mot : stratégie.
« Pendant très longtemps, la lutte contre le plastique s’est appuyée sur des images choc : la baleine au ventre rempli de déchets, l’oiseau étouffé, la tortue prisonnière d’un sac. D’un point de vue médiatique, la stratégie a fonctionné. D’un point de vue comportemental, beaucoup moins. »
De fait, la consommation de produits emballés dans du plastique n’a pas fléchi. Cristaline reste encore la marque la plus vendue en France, tous produits confondus. Face à ce constat, le secrétaire général de Plastalliance décèle un glissement tactique :
« Après avoir cherché à faire peur avec ce que l’on voit, on cherche désormais à faire peur avec ce que l’on ne voit pas. Le registre n’est plus environnemental, il devient sanitaire. On mobilise la santé, les enfants, les parents, avec l’idée que même en l’absence de déchets visibles, le danger resterait omniprésent. »
Il tient également à rappeler un point souvent éludé : « Lorsque l’argument des microplastiques peine à convaincre, un autre est mobilisé : celui des additifs ».
Cependant, rappelle-t-il, la fabrication des plastiques en Europe ne saurait être assimilée à celle pratiquée dans d’autres régions du monde, le cadre réglementaire européen interdisant l’usage de nombreux additifs encore autorisés ailleurs.
« Les études ayant mis en évidence la présence de substances inhabituelles ou problématiques dans des plastiques ne portent pas sur des produits fabriqués en Europe », souligne-t-il. « Elles concernent le plus souvent des matériaux provenant des États-Unis ou de Chine, qui ne sont pas soumis au cadre réglementaire européen. »
Cette distinction n’est pas anodine, car à ce stade, insiste-t-il, aucune preuve scientifique ne permet d’établir que les microplastiques issus de matériaux plastiques conformes aux normes européennes aient un impact sur la santé humaine, dans des conditions normales d’exposition.
« Bien évidemment, si vous exposez en laboratoire des souris ou des poissons à des doses massives et totalement irréalistes, des effets délétères peuvent apparaitre. Mais ce raisonnement vaut pour n’importe quelle substance. Poussé à l’extrême, il conduirait par exemple à interdire le riz, qui contient naturellement de l’arsenic, un poison officiellement reconnu. Or, personne ne songe à bannir le riz. À l’inverse, les microplastiques ne sont aujourd’hui classés ni comme cancérigènes, ni comme toxiques pour l’homme. »
S’agissant des corrélations statistiques mises parfois en évidence dans la recherche, Joseph Tayefeh fait valoir que corrélation ne signifie pas causalité.
« On peut observer, par exemple, que le taux de mortalité est plus élevé à l’hôpital qu’ailleurs. Cela ne signifie évidemment pas que l’hôpital est dangereux en soi, mais simplement qu’il accueille des personnes déjà gravement malades. »

De la nécessité d’études indépendantes

Si l’EFSA démontre l’existence d’erreurs méthodologiques dans la littérature scientifique de la dernière décennie, elle n’affirme pas non plus l’absence certaine de danger lié aux microplastiques. Dans son rapport, l’Autorité formule donc une série de recommandations méthodologiques pour les recherches futures : validation des protocoles d’analyse, développement de standards de référence, études menées sur des aliments réels et harmonisation des méthodes de quantification.
« Il n’existe pas, à ce stade, de base scientifique suffisante pour estimer l’exposition aux micro- et nanoplastiques issus des matériaux au contact des aliments », conclut l’EFSA, qui annonce une nouvelle revue de la littérature d’ici cinq ans.
Autrement dit, on ne sait pas.
« Il faut laisser le temps à la science de faire son travail », plaide Joseph Tayefeh. « Cela suppose de s’appuyer sur des études réellement indépendantes, indépendantes de l’industrie plastique, bien sûr, mais aussi de toute autre forme d’influence. Pour l’instant, nous restons dans une situation d’incertitude. Et lorsque l’on ne sait pas, la moindre des choses est de ne pas prétendre le contraire. »

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3 réponses

  1. Les études bidon visent le capitalisme lequel passe par le pétrole (d’où la lutte contre les fossiles) et la chimie (d’où la lutte contre les plastiques). Bien sûr qu’il faut être attentif à la santé et à l’environnement (on n’a pas attendu les écolos pour cela), mais la vraie question est : comment peut-on avoir un esprit à ce point masochiste et décliniste pour décrier ainsi notre civilisation ? Est-ce un signe suicidaire d’une sous-société dérivante comme il y en a toujours eu dans l’histoire de l’humanité ? Espérons qu’une fois de plus on se débarrassera de cette boue qui colle à nos basques.

    1. Non ca n’est pas bizarre, c’est parfaitement cohérent avec leur ligne éditoriale.
      Et comme le dit Zagros, derrière ces études bidons contre le plastique c’est la société de consommation et le capitalisme pratiqué par les sociétés pétrolières qui est attaqué.
      Jamais dans l’histoire de l’Humanité la science n’aura été à ce point instrumentalisée pour le pire.

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