Sortie du nucléaire en Allemagne : le chancelier reconnaît une « erreur stratégique »

Le débat sur le nucléaire en Allemagne rebondit après les déclarations de Friedrich Merz, qui qualifie désormais la politique de sortie de l’atome de « grave erreur stratégique ». En remettant en cause un choix engagé depuis plus de vingt ans, le chancelier ravive les interrogations sur les coûts de la transition, la sécurité d’approvisionnement et l’avenir industriel du pays.

Dans un discours prononcé lors d’une conférence économique, Friedrich Merz pose un diagnostic inhabituellement dur pour un dirigeant allemand. La Société française d’énergie nucléaire (SFEN) rapporte qu’il voit dans la politique de sortie du nucléaire en Allemagne, menée « depuis plus de deux décennies », une « grave erreur stratégique ». Sa prise de position rompt avec la ligne suivie par plusieurs gouvernements successifs et relance un débat de fond sur la planification énergétique de long terme.

Une rupture dans le discours officiel

« Cela a été une erreur stratégique de sortir du nucléaire »,

explique le chancelier, cité par la SFEN, en regrettant que les derniers réacteurs, fermés il y a trois ans, n’aient pas été maintenus en service. Il ajoute que

« le pays mène la transition énergétique la plus coûteuse du monde » et reconnaît : « Nous n’avons pas assez de capacités de production d’énergie. »

Friedrich Merz reprend a également insisté sur la perte de capacités.

« Il aurait au moins fallu laisser en service les dernières centrales nucléaires restantes en Allemagne il y a trois ans, afin d’avoir au moins les capacités de production électrique que nous avions à l’époque », rapporte Valeurs actuelles à partir de Bild.

Une trajectoire antinucléaire déjà ancienne

La SFEN rappelle que l’Allemagne a décidé dès 2000 d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire. La catastrophe de Fukushima, en 2011, a fortement accéléré cette orientation antinucléaire. Le pays a alors confirmé le principe d’une sortie complète, inscrite au cœur de sa politique énergétique.

En avril 2023,

« les trois dernières centrales encore en fonctionnement (Isar 2, Emsland et Neckarwestheim 2) ont été définitivement déconnectées, marquant la fin de plus de soixante ans de production nucléaire »,

souligne la SFEN. Atlantico note que l’Allemagne, longtemps érigée en modèle de transition énergétique, se retrouve désormais confrontée aux conséquences lourdes de ce choix.

Une transition jugée coûteuse et déstabilisatrice

Pour Atlantico, la transition menée au nom de « l’idéologie antinucléaire » a « profondément déséquilibré le système énergétique allemand ». Le site évoque une hausse spectaculaire des coûts, une fragilisation du tissu industriel, une dépendance accrue aux importations d’énergie et une vulnérabilité stratégique renforcée.

« Ainsi, nous réalisons maintenant la transition énergétique la plus coûteuse au monde. Je ne connais aucun autre pays qui se complique la vie et dépense autant d’argent que l’Allemagne »,

déplore le chancelier, selon Valeurs actuelles. Il met en cause le précédent gouvernement mené par Angela Merkel et la coalition « feu tricolore », qu’il juge responsables des prix élevés de l’énergie.

Il appelle à retrouver « des prix de marché acceptables dans la production d’énergie et ne pas devoir subventionner continuellement les prix de l’énergie à partir du budget fédéral ».

Quelles capacités de production adopter ?

La sortie du nucléaire en Allemagne soulève aussi la question des marges de manœuvre techniques. Friedrich Merz ne plaide pas pour une remise en service des réacteurs arrêtés, même si cela serait encore techniquement envisageable alors qu’une partie du démantèlement est déjà engagée. En revanche, il n’exclut pas que l’Allemagne puisse, à moyen ou long terme, se tourner vers les petits réacteurs modulaires (SMR) pour couvrir des besoins en électricité et en chaleur.

Le chancelier milite pour la mise en place rapide de nouveaux projets de centrales électriques, ainsi que pour la réutilisation d’anciens sites de centrales. La question n’est plus seulement celle du constat d’échec, mais celle des possibilités de corriger une trajectoire engagée depuis plus de vingt ans, dans un contexte de besoins électriques croissants et de tensions géopolitiques durables, souligne Atlantico.

Une inflexion sur le nucléaire au niveau européen

La position de l’Allemagne sur le nucléaire a « considérablement évolué » dans le cadre européen, d’après la SFEN. En août, lors du 25ᵉ Conseil des ministres franco-allemand, le ministère français de l’Énergie a indiqué que Paris et Berlin s’étaient accordés pour défendre le principe de neutralité technologique dans la réglementation européenne.

« Nous avons besoin de sortir de cette approche conflictuelle de la stratégie énergétique et, au fond, de reconnaître la légitimité de nos orientations énergétiques respectives »,

précisait alors Marc Ferracci, ministre de l’Industrie et de l’Énergie, cité par la SFEN.

Autrement dit, l’Allemagne ne devrait plus faire obstacle au développement du nucléaire sur le Vieux Continent.

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