Le mirage de l’hydrogène vert : malgré une demande qui n’existe pas, des coûts trop élevés et d’importants obstacles techniques, la Commission européenne y croit toujours

Malgré les critiques de la Cour des comptes européenne sur le manque de résultats concrets en 2025 (20 milliards d’euros investis, peu de production), la Commission continue de viser 10 millions de tonnes de production locale d’ici à 2030.

Atlantico : Au vu des abandons de projets, des coûts très supérieurs au vaporeformage et de l’absence de demande industrielle réelle, peut‑on dire que l’hydrogène vert repose davantage sur une croyance politique que sur une réalité technico‑économique solide ?

Jean-Pierre Schaeken Willemaers : L’obsession du renouvelable intermittent et plus récemment de l’hydrogène vert sont deux étapes de la politique du tout renouvelable de la Commission européenne sous la présidence d’Ursula von der Leyen (soutenue à l’époque par son Vice-président Eric Timmerman). Elle était en partie inspirée par l’approche énergétique de l’Allemagne, le plus grand promoteur de la décarbonation associée à l’impératif écologique.

Rappelons à ce propos que le parti Ecolo belge a été créé en 1980 en réaction au développement de l’énergie nucléaire en Belgique durant les années 1970 et au début de la décennie suivante. L’approche écologique et anti-nucléaire a également profondément façonné les programmes énergétiques de l’Allemagne et a eu une influence significative sur les orientations de l’UE dès les années 1980 et 1990, propulsant ledéveloppement des énergies renouvelables et le débat sur la sortie du nucléaire. 

 
Récemment, tant l’Union que l’Allemagne ont enfin reconnu que le nucléaire est indispensable à la stabilité du réseau et à la continuité de l’approvisionnement électrique. Ils ont simultanément réalisé que l’éolien et le photovoltaïque ne sont pas en mesure d’assurer une production continue et abondante d’énergie requise pour répondre à une demande d’électricité en croissance forte, voire explosive (notamment en raison du développement accéléré du numérique). 
D’où le recours à l’hydrogène, vecteur énergétique censé corriger les lacunes du renouvelable intermittent, ce qui, en réalité, ne se vérifie pas, comme expliqué dans la réponse suivante. 

Bien entendu, cette décision s’inscrit dans le déroulement de la politique zéro carbone d’ici à 2050 et ne relève pas d’une analyse technico-économique.

Les obstacles techniques – faible densité, risques de fuite, matériaux spécifiques, infrastructures à reconstruire – rendent son déploiement massif extrêmement coûteux. L’hydrogène vert est‑il, en l’état, un vecteur énergétique incapable de tenir les promesses que l’UE lui attribue ?

C’est un fait que les biais de l’hydrogène tels que l’adaptation des réseaux et des stations  de ravitaillement requérant de lourds investissements, lecoût de fabrication de l’hydrogène (il n’est, en effet, pas présent dans la croûte terrestre), son inflammabilité élevée, sa faible densité  énergétique (en volume), la contrainte de devoir utiliser des matériaux spécifiques, un système de sécurité nettement plus stricte que celui lié aux combustibles fossiles et le risque de fuite, rendent son utilisation extrêmement onéreuse et incertaine, voire dangereuse  et partant peu à même d’assurer les performances que l’UE lui attribue.

Entre dépendance accrue aux électrolyseurs chinois, rentabilité introuvable et absence de coordination européenne, l’UE ne s’est‑elle pas engagée dans une impasse stratégique en misant sur l’hydrogène vert comme pilier de sa souveraineté énergétique ?

Il est, en effet, piquant de constater que c’est au nom du principe d’autonomie que l’Union européenne promeut le recours à l’hydrogène vert et l’abandon total des combustibles fossiles d’ici à 2035. Ce faisant, elle n’augmente pas son autonomie énergétique vu qu’elle remplace cette dépendance par celle vis-à-vis de la Chine qui produit les équipements nécessaires à la décarbonation à un coût nettement inférieur à celui du marché occidental. A titre d’exemple, les électrolyseurs alcalins chinois coûtent environ un tiers du prix des modèles occidentaux.

Bref, l’UE et certains Etats membres se sont précipités dans le développement de l’hydrogène comme vecteur d’énergie sans avoir évalué au préalable les conséquences délétères de cette décision. Ce manque de réalisme et de coordination entre Etats membres ne peut que conduire à l’échec du projet d’hydrogène vert.

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