Pour que l’Europe généralise enfin l’air conditionné, il suffit de l’appeler pompe à chaleur réversible

Quand on compare rationnellement l’impact de la  climatisation sur les émissions de gaz à effet de serre et sur la formation d’ilots de chaleur dans les villes avec le nombre de vies sauvées, la polémique sur la climatisation n’a pas lieu d’être. Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la santé qui remontent à mai 2026, la chaleur a tué plus de 200.000 Européens en quatre ans…
L’opposition à la climatisation, qui se niche au cœur même de l’Etat, est une illustration caricaturale des errements de l’écologie punitive. Un nouvel obscurantisme qui exige que l’humanité expie le réchauffement climatique, se repente, en souffre… et en meure.
Pour faire face à l’accélération du réchauffement climatique, et circonvenir les idéologues dogmatiques, il faut jouer sur les mots. L’Europe peut généraliser la climatisation en l’appelant uniquement…  pompe à chaleur réversible. Rappelons qu’une pompe à chaleur permet de produire, chez soi, une énergie durable.

La canicule de la fin du mois de juin a été l’occasion d’une polémique ridicule et affligeante dont l’Europe en général et la France en particulier ont le secret. Elle a été une nouvelle occasion d’étaler l’incompétence et plus encore l’incompréhension crasse par une grande majorité des politiques et des militants des réalités scientifiques et techniques. On a même vu des ignares expliquer sur les plateaux de télévision qu’ils étaient contre la climatisation mais favorables aux pompes à chaleur réversibles (chaud et froid)… qui fonctionnent selon exactement le même principe.

L’air conditionné rejette à l’extérieur des bâtiments et des pièces rafraichies des calories, elle contribue dans les villes à la formation d’ilots de chaleur. C’est indéniable. C’est la première loi de la thermodynamique.

« Au cours d’une transformation quelconque d’un système fermé, la variation de son énergie est égale à la quantité d’énergie échangée avec le milieu extérieur, par transfert thermique (chaleur) et transfert mécanique (travail) ».

On ne crée pas du froid, on déplace de la chaleur. Pour autant, l’impact sur les températures est relativement limité et dans le même temps, l’air conditionné sauve un nombre considérable de vies…

Une étude menée en 2020 par Vincent Viguié, chercheur de l’École Nationale des Ponts et Chaussées et directeur adjoint du CIRED (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement), estimait que la généralisation de la climatisation à Paris, on en est très très loin, pourrait augmenter la température de l’air de 0,25 à 0,75°C dans le centre de la capitale lors d’un épisode de canicule. Le même Vincent Viguié reconnaissait aussi l’an dernier que 

« les rejets de chaleur d’origine humaine » restent « faibles comparés à d’autres causes du réchauffement des villes par rapport à leur milieu environnant ».

L’Europe, championne du monde des décès liés à la chaleur

Mais comme l’écologie punitive est une véritable religion avec ses dogmes et son inquisition, il faut que l’humanité expie le réchauffement climatique, se repente en souffre et en meure.

Certains médias anglo-saxons s’en donnent à cœur joie et vont jusqu’à expliquer que l’Europe est devenue la championne du monde des décès liés à la chaleur. Une étude universitaire publiée par Nature Medicine chiffrait les morts en Europe résultant de la chaleur lors de l’été 2022 à 61.000 personnes. Selon les dernières statistiques de l’Organisation mondiale de la santé qui remontent à mai 2026, la chaleur a tué plus de 200.000 Européens en quatre ans…

« Sur l’ensemble du continent, seul un cinquième environ des foyers dispose de la climatisation, contre près de 90% aux États-Unis et plus de 90% au Japon ».

Des médias aussi « progressistes » que le New York Times, le Washington Post et le Guardian soulignent que l’Europe est loin derrière les Etats-Unis ou la Chine dans l’équipement en climatisation… pour des raisons avant tout culturelles. Comme le résume le New York Times :

« La climatisation n’est que le révélateur d’un débat bien plus vaste… Celui d’un continent qui découvre, un peu tard, que le climat pour lequel il avait été conçu appartient désormais au passé ».

La principale difficulté pour l’Europe est de sortir de polémiques sur le sexe des anges est de hiérarchiser rationnellement les problèmes à surmonter. C’est-à-dire de mesurer à leur juste valeur les inconvénients de la  climatisation et ses avantages pour les populations.

La France : moins de 1% des émissions de CO2 !

La climatisation, qu’elle soit par des  climatiseurs et des pompes à chaleur, émet des gaz à effet de serre, mais là encore en quantités limitées. D’abord, parce qu’elle consomme de l’électricité. Mais en France elle est décarbonée à plus de 95% et surabondante.

Il y a enfin la question des gaz frigorigènes qui sont compressés pour dégager du froid, et de la chaleur dans le cas de la… pompe à chaleur. Normalement, ces gaz sont dans un circuit fermé et ne s’échappent pas dans l’atmosphère. Mais il y a des fuites et ils ne sont pas toujours bien recyclés. La bonne nouvelle est qu’une nouvelle réglementation européenne (F-Gaz III) doit permettre de réduire par cinq d’ici 2030 les émissions provenant des gaz d’ici 2030. Et il faut savoir de quoi on parle, l’équivalent de 3 à 4 millions de tonnes de CO2 par an en France. Soit 1% des 370 millions de tonnes par an émises par le pays…

Rejeter par principe la climatisation n’a donc aucune justification si ce n’est de vouloir punir ses frères humains au nom d’une idéologie construite sur des dogmes qui n’ont rien de scientifiques et même de rationnels. Cela ne serait pas la première fois, loin de là, dans l’histoire de l’humanité. Le plus incroyable est que l’appareil d’Etat est complice de tout cela !

Le jeu pervers du ministère de la Transition écologique

Les technocrates du ministère de la Transition écologique ont concocté une réglementation environnementale délirante… de 1.890 pages dite RE2020, entrée en vigueur en 2022, qui est de fait un obstacle à l’installation de la climatisation. Ce que démontre en détail un excellent article du Point qui parle de « réglementation diabolique ».

Pour résumer, les règles de calcul de la RE2020, édictées sciemment par une administration perverse, ont consisté à détourner subtilement l’intention politique qui avait pour ambition d’améliorer le « confort d’été » des bâtiments.

L’installation d’une climatisation revient avec la RE2020 à revoir totalement le système de ventilation naturelle d’un bâtiment ce qui fait exploser les coûts ainsi que la complexité et la durée des chantiers…

Fort heureusement, le réchauffement climatique étant ce qu’il est et les vagues de chaleur devenant plus fréquentes et plus intenses, à un moment donné l’Europe ne peut plus s’enfermer dans un nouvel obscurantisme. Elle a commencé à généraliser la climatisation sans le dire vraiment et en l’appelant la révolution de la pompe à chaleur. Rappelons qu’une pompe à chaleur permet de produire chez soi une énergie durable.

Le gouvernement français veut faire installer un million de pompes à chaleur par an d’ici 2030

Dans toute l’Union européenne, les gouvernements encouragent depuis plusieurs années les ménages à remplacer leurs chaudières au gaz et au fioul par des pompes à chaleur. La grande majorité d’entre elles sont aujourd’hui réversibles. Le même cycle qui extrait la chaleur de l’air extérieur en hiver fonctionne en sens inverse en été, évacuant la chaleur de l’intérieur du bâtiment et assurant une climatisation efficace.  En présentant en avril dernier son plan d’électrification du pays, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé son intention de faire installer un million de pompes à chaleur par an en France d’ici à 2030.

Cela ne signifie pas que l’Europe a maintenant résolu son problème de climatisation, mais qu’elle a une méthode pour le faire sans trop le dire. Même si cette méthode a ses limites, notamment dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics anciens qui continuent d’utiliser des systèmes de chauffage central au gaz. La rénovation de ces bâtiments nécessite souvent l’installation d’une infrastructure de climatisation dédiée en parallèle des systèmes de chauffage existants, ce qui rend les travaux complexes sur le plan technique et coûteux.

On peut tout de même souligner l’aspect ironique de la généralisation des pompes à chaleur en Europe. Elle n’a jamais été conçue comme une stratégie pour faire face au réchauffement et aux canicules. Les gouvernements favorisent l’adoption de ces équipements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et diminuer la dépendance aux combustibles fossiles importés, notamment au gaz. Ce faisant, ils ont jeté sans vraiment le vouloir les bases d’un parc immobilier plus résilient face au  changement climatique, capable de faire face à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.

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