Les tensions autour du détroit d’Ormuz et le conflit avec l’Iran rappellent brutalement la dépendance du système alimentaire mondial aux énergies fossiles. Certains experts, comme le statisticien Bjorn Lomborg, estiment que le véritable risque à court terme repose sur l’accès au pétrole, au gaz et aux engrais qui en dépendent. Entre vulnérabilité géopolitique, dépendance industrielle et angles morts des politiques climatiques, la crise actuelle relance le débat sur les priorités énergétiques et alimentaires des États.
Atlantico : Selon le statisticien danois Bjorn Lomborg, les militants écologistes affirment depuis des années que le changement climatique causé par les combustibles fossiles met notre approvisionnement alimentaire en danger. La guerre en Iran n’a-t-elle pas au contraire révélé que le manque d’accès aux combustibles fossiles pose un défi bien plus grand pour l’alimentation mondiale ?
Samuel Furfari : S’il n’y a pas d’énergies fossiles, tout s’effondre. Les énergies fossiles représentent près de 75 % de la consommation énergétique en Europe, et près de 87 % dans le monde. Dire que l’on va arrêter les énergies fossiles est tout simplement un mensonge. Il faut faire preuve d’une grande naïveté pour penser le contraire. Il n’est pas possible de faire autrement. Sans énergies fossiles, les boulangers ne seraient pas là. L’artisan a besoin de farine. Or, la farine n’arrive pas chez lui grâce aux éoliennes. Elle est transportée par des camions fonctionnant au diesel. Cette farine est produite dans des moulins, stockée dans des silos et manipulée avec des engins mécaniques fonctionnant également au diesel. Et la farine provient du blé, cultivé dans de grands champs à l’aide de tracteurs qui fonctionnent eux aussi au diesel, et non à l’énergie solaire. Pour produire ce blé, il faut des engrais, et ces engrais ne sont pas produits avec de l’électricité nucléaire. Ainsi, tout dépend des énergies fossiles.