Il y a donc des limites à la toute-puissance du lobby des énergies renouvelables intermittentes en France. Elles sont physiques. Le réseau électrique français ne peut pas accompagner le développement anarchique sur le territoire de parcs éoliens et solaires.
RTE, le réseau de transport d’électricité à haute tension, et surtout Enedis, le réseau de distribution, viennent de publier une carte de France dans laquelle figure des zones rouges qui sont incapables de raccorder tout nouveau parc éolien et solaire pendant au moins cinq ans.
Le gouvernement Lecornu peut bien annoncer tous les objectifs de puissance installée qu’il veut dans sa PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), la capacité du réseau est une réalité physique incontournable.
On ne peut pas dire qu’Enedis soit un adversaire des renouvelables intermittents en dépit des multiples perturbations qu’ils provoquent sur les réseaux et les marchés électriques. Au contraire. Le réseau de distribution de l’électricité en France y a trouvé une source de développement inespérée. Il va devoir investir près de 100 milliards d’euros d’ici 2040 notamment pour faire face à leur développement. Il change de dimension et même de mission. Avec la multiplication sur le territoire de petits parcs éoliens et solaires, Enedis ne gère plus seulement un réseau de distribution mais un réseau de collecte de production électrique. Les flux circulent désormais dans les deux sens sur un réseau qui n’a pas du tout été conçu pour cela… Ce qui n’est pas sans poser de problèmes.
Enedis aujourd’hui sert de réseau de transport de l’électricité produite par la plupart des équipements éoliens et photovoltaïques vers les lignes à haute tension de RTE (Réseau de transport d’électricité). RTE devra aussi investir environ 100 milliards d’euros d’ici 2040, notamment pour raccorder les parcs éoliens marins qui sont un non-sens économique. Son réseau a été conçu pour amener sur tout le territoire la production centralisée des grandes centrales nucléaires, hydrauliques et thermiques.
Payé dans les factures d’électricité via le TURPE (Tarif d’utilisation du réseau public d’électricité)
Et comme cela n’a aucun sens technique, économique et environnemental de construire des lignes à haute tension sur tout le territoire, Enedis sert en quelque sorte de relais. On assiste ainsi à une unification des réseaux électriques pour le plus grand bénéfice de Enedis.
Rappelons au passage que les investissements dans les réseaux sont payés directement par les consommateurs d’électricité dans leur facture sous la rubrique dite TURPE (Tarif d’utilisation du réseau public d’électricité). Le TURPE représente déjà près d’un tiers de cette facture et va donc fortement augmenter au cours des prochaines années. Quand on mesure le coût des renouvelables intermittents, il faut impérativement le prendre en compte…
Saturation des postes-sources
Le raccordement de capacités de production renouvelables au réseau d’Enedis n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années : 6,6 GW en 2025 après 5,5 GW en 2024 et 4,2 GW en 2023. Et Enedis fait face à des difficultés croissantes avec le développement anarchique de parcs éoliens et solaires, sans plan d’ensemble, au gré des décisions des préfectures et des procédures juridiques, indépendamment des besoins locaux et parfois même des situations géographiques et météorologiques plus ou moins favorables (vent, ensoleillement) et surtout indépendamment des capacités du réseau.
Le problème principal est celui de la saturation des postes-sources, qui permettent de relier le réseau RTE en haute et très haute tension au réseau Enedis en basse et moyenne tension. Enedis compte actuellement 2.300 postes-sources sur l’ensemble du territoire et prévoit d’en construire une centaine de nouveaux d’ici 2030, « dont les deux tiers » seront dédiés aux énergies renouvelables.
Inciter les développeurs à choisir des zones favorables…
Enedis et RTE, mais en l’occurrence c’est surtout Enedis qui est à la manœuvre, ont donc annoncé qu’ils ne pourront plus raccorder des parcs de renouvelables intermittents dans les cinq prochaines années sur certaines parties du territoire. Marianne Laigneau, la présidente du directoire d’Enedis a pour une fois été très explicite.
« Quand un logisticien construit un entrepôt, il ne le fait pas dans une zone complètement isolée, pour demander ensuite la construction d’une liaison autoroutière. Il se met directement à proximité d’un grand axe de circulation. Nous demandons la même logique pour les parcs solaires et éoliens », a-t-elle expliqué.
Enedis a toutefois prudemment ajouté qu’il ne s’agissait pas d’interdire de nouvelles implantations mais d’inciter les développeurs à le faire dans des zones favorables, techniquement et économiquement. Le lobby des renouvelables intermittents a un poids politique en France qu’il ne faut surtout pas sous-estimer…
Des limites physiques et même économiques
La carte rendue publique par Enedis et RTE est très claire. On peut la voir ci-dessous. Les zones en rouge sont les zones saturées. Elles représentent un peu plus de 10% du maillage. Cela concerne environ 2.500 producteurs qui sont dans l’attente de solutions de raccordements et vont le rester longtemps. Aucune capacité de raccordement ne devrait être disponible dans les zones rouges avant au moins 5 ans.
Et à juste raison. Chaque MW éolien ou solaire en zone rouge non seulement, comme tous les autres, est donc subventionné à un prix garanti pendant 20 ans par le contribuable, est prioritaire sur les réseaux électriques mais coûterait encore bien plus cher pour être raccordé. Rappelons que la France produit aujourd’hui en surabondance, elle exporte 20% de sa production, une électricité décarbonée à 95%.
Ce qui n’empêche pas la multiplication via la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’ énergie version 3), promulguée par décret en février dernier pas le gouvernement Lecornu, des projets de parcs éoliens et solaires sur tout le territoire. Ils sont à la fois inutiles et extrêmement coûteux. A fortiori pour un pays surendetté.
Mais il existe donc des limites, physiques et même économiques, à la toute-puissance en France du lobby renouvelables. Enedis et RTE ont annoncé qu’ils réviseront leur carte des zones saturées trois fois par an. Le gouvernement Lecornu peut bien annoncer tous les objectifs de puissance installée qu’il veut dans sa PPE3, la capacité du réseau est une réalité physique incontournable.

Légende :
- En rouge, zones saturées. « Aucune capacité disponible avant au moins 5 ans. Sous réserve que les projets ayant réservé leur capacité soient réalisés dans les délais annoncés. »
- En gris, zones non saturées ou partiellement saturées. « Capacité disponible sur le réseau public de distribution à vérifier sur l’outil « Cartographie des Capacités », sous réserve de confirmation pour le réseau public de transport.»
- En blanc, zones non opérées par Enedis.
Source : Enedis. Données du 28/04/2026 publiées le 15/07/2026.
Il faut préciser enfin que le zonage ne s’applique qu’aux équipements industriels et professionnels. Les particuliers qui posent des panneaux solaires sur leur toit ne sont pas concernés. Leurs raccordements devraient pouvoir être effectués.