Macron et le nucléaire : visionnaire ou cynique opportuniste

Voici une Synthèse des points saillants pour dégager les orientations, les idées maîtresses et les principales annonces des 3 discours (38 pages) centrés sur l’énergie et le nucléaire que le président Macron a prononcés :

le 8 décembre 2020 au Creusot (l’avenir du nucléaire, 5 pages),
le 12 octobre 2021 à l’Élysée (présentation du plan France 2030, 23 pages),
le 10 février 2022 à Belfort (reprendre en main notre destin énergétique, 10 pages).

Quelques commentaires ont été insérés (entre parenthèses et en italique et en gras) pour les distinguer du discours.

Cette synthèse sera suivie  de Un discours fiction d’Emmanuel Macron.

L’avenir du nucléaire

Le Creusot le 8 décembre 2020

Cet avenir de la filière nucléaire, il repose pour moi sur, au fond, trois lignes de force, trois convictions.

  • La première, c’est que notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire.Oui, l’énergie nucléaire, quand il s’agit de produire de l’électricité non-intermittente tout en respectant et en protégeant le climat, est pertinente, pourvu que l’on progresse sur la gestion des déchets, sur la sûreté.L’énergie nucléaire est une énergie décarbonée, une énergie sûre.
  • La deuxième conviction, la deuxième ligne de force c’est que notre avenir économique et industriel passe également par le nucléaire.Quand je dis que le nucléaire fait aussi partie de notre ambition économique et écologique, je veux ici souligner combien la filière nucléaire est essentielle au développement de l’ambition en matière d’hydrogène qui est portée par le Gouvernement.Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique. 
  • (Troisième conviction ? Elle n’est pas clairement indiquée dans le discours).Le Charles De Gaulle arrivera à la fin de sa vie en 2038. C’est pourquoi j’ai décidé que le futur porte-avions qui dotera notre pays et notre marine sera, comme le Charles De Gaulle à propulsion nucléaire.Par ces choix, nous confirmons la volonté de la France de préserver son autonomie stratégique, sa conviction profonde qu’on peut continuer à investir dans l’industrie en ayant une ambition écologique forte et continuer de conjuguer notre ambition industrielle civile comme notre nucléaire militaire.Enfin, les investissements de France Relance permettront également le projet de SMR français.

Présentation du Plan France 2030

Élysée le 12 octobre 2021

La planète est confrontée à quelques grands défis inédits dans leur concentration et leur convergence.

Un premier grand défi, c’est évidemment le défi climatique, environnemental, c’est-à-dire le problème à la fois des dérèglements climatiques et de la raréfaction de la biodiversité.

Nous nous sommes engagés dans une réduction de la part du nucléaire dans la production du mix énergétique et en particulier électrique dès les lois prises sous le mandat de François Hollande, puis réactualisées en 2018. Mais cette ambition ne doit pas aller sans une ambition renouvelée pour venir compléter notre ambition nucléaire par de la production d’énergies renouvelables absolument indispensables.

(Seulement à condition d’en extirper l’éolien et le photovoltaïque car seules l’hydraulique, la biomasse et la géothermie sont économiquement utiles. Amalgame dangereux.)

Développer les énergies renouvelables, l’éolien à terre comme sur mer, le solaire, l’hydraulique, la biomasse, la géothermie et plusieurs autres, et nous le faisons ardemment dans le respect de la programmation pluriannuelle de l’énergie que nous avons publiée en avril 2020.

  • La première leçon, c’est que nous sommes éminemment vulnérables.
  • La deuxième chose, c’est notre dépendance vis-à-vis de l’étranger.
  • Troisième leçon de la crise, c’est quand même la force du modèle éducatif et social français.
  • La quatrième leçon de cette pandémie c’est que nous avons assisté à une extraordinaire accélération de l’innovation.
  • La cinquième leçon de la crise, c’est qu’on a su recréer de la coopération internationale et européenne 

C’est cela les 5 leçons de la crise, il ne faut pas les perdre de vue quand on veut se projeter.

Nous vivons une extraordinaire accélération du monde de l’innovation et des ruptures. Et cette accélération me conduit à établir quelques convictions fortes que je vais ici exprimer et qui vont présider à cette stratégie.

  • La première conviction, c’est au fond qu’innovations de rupture, innovation technologique et industrialisation sont beaucoup plus liées qu’on ne l’avait intuité jusqu’alors.
  • La deuxième conviction, c’est que nous avons un besoin impérieux d’accélérer les investissements publics.

Cette bataille qui est une bataille pour l’indépendance et une meilleure qualité de vie.

Bâtir cet humanisme du XXIe siècle. Il s’agit de mieux comprendre, mieux vivre, mieux produire. 

Pour y arriver, il y a dix objectifs, qu’on va se donner.

  • Le premier objectif, c’est faire émerger en France, d’ici à 2030, des réacteurs nucléaires de petite taille innovants, avec une meilleure gestion des déchets
  • Le deuxième objectif : devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030. (Attention : l’hydrogène est une illusion entretenue par de puissants intérêts financiers étrangers à l’intérêt général)
  • Troisième objectif : décarboner notre industrie. 
  • Le quatrième objectif est de pouvoir produire en France, à l’horizon 2030, près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides. 
  • (…)

Mais on ne réussira pas tout cela si dans le même temps, nous n’arrivons pas à sécuriser 5 grandes conditions.

  • La première, ce sont les matières. 
  • Deuxième élément qui est à sécuriser, ce sont les composants. 
  • La troisième condition, c’est évidemment de maîtriser les technologies numériques souveraines et sûres.
  • Quatrième condition pour y arriver, ce sont les talents.
  • Puis le cinquième point, c’est le capital.

Voilà les 5 conditions clés si on veut tenir nos 10 objectifs.

Alors, pour conclure, un mot de méthode pour arriver à tout ça. L’ambition est là, 30 milliards d’euros pour 2030, auxquels s’ajoutent des fonds propres. 

Quelques principes simples.

  • Le premier, la simplicité.
  • Deuxième point qui va avec, c’est la rapidité. 
  • Troisième élément clé, faire confiance à l’émergence.
  • Dernier élément, c’est la prise de risque.

Reprendre en main notre destin énergétique

Belfort le 10 février 2022

Il est des choix qui engagent la nation sur le temps long, plusieurs décennies, parfois un siècle et les choix qui concernent l’énergie, l’investissement dans les infrastructures énergétiques qui permettent à nos compatriotes de vivre, se chauffer, se déplacer, produire sont de cela.

Il n’y a pas de production industrielle stable s’il n’y a pas une énergie stable aux prix les plus compétitifs. Il n’y a pas de transition énergétique et climatique s’il n’y a pas une décarbonation de l’énergie produite, en particulier notre électricité.

Et il est difficile de préserver le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises quand on ne maîtrise plus cela. Nous voyons la fragilité de modèles économiques lorsque l’on est dépendant des autres pour produire son énergie.

Mais si l’on veut prévenir ces chocs conjoncturels, alors il nous faut bâtir une stratégie au long cours, moins dépendante des cours mondiaux.

Et si nous voulons enfin maîtriser la facture d’énergie des Français, nous avons l’obligation d’engager sans attendre des chantiers structurants et historiques pour préparer l’avenir.

Ces chantiers cultivent une ambition forte : faire en 30 ans de la France le premier grand pays du monde à sortir de la dépendance aux énergies fossiles, et renforcer notre indépendance énergétique industrielle dans l’exemplarité climatique. En quelque sorte, reprendre en main notre destin énergétique et donc industriel.

Le premier grand chantier est de consommer moins d’énergie. En d’autres termes, gagner en sobriété.

En effet, le défi est connu. Nous devons en 30 années être capables de baisser de 40 % nos consommations d’énergie.

Nous bâtirons enfin la filière industrielle indispensable, en particulier dans les batteries électriques qui manquait à la France.

Nous croyons et nous développons, par des projets annoncés dès avant la crise, consolidés par France Relance et au cœur de France 2030, la filière hydrogène.

(L’hydrogène sera une réussite technique mais un échec économique et un gouffre financier dont l’argent pris dans les poches de tous les Français ne sera pas perdu pour tout le monde…)

Nous devrons être en mesure de produire jusqu’à 60 % d’électricité en plus qu’aujourd’hui.

(Ajouter 60 % aux 500 TWh, produits aujourd’hui à 70 % avec 62 GW de puissance nucléaire installée, aboutit à 800 TWh en 2050 ! 

Ces 300 TWh supplémentaires seront produits avec quoi si seulement 14 réacteurs nucléaires EPR2 ont été construits (23 GW) et que tous les autres réacteurs (62 GW) ont été fermés après 50 ans ou 60 ans de fonctionnement ?…).

Et la clé pour produire cette électricité de manière la plus décarbonée, la plus sûre, la plus souveraine est justement d’avoir une stratégie plurielle, celle que nous avons choisi sur la base de ces travaux et de développer tout à la fois les énergies renouvelables et le nucléaire. 

Nous n’avons d’autre choix que de miser en même temps sur ces deux piliers. C’est le choix le plus pertinent d’un point de vue écologique et le plus opportun d’un point de vue économique et enfin le moins coûteux d’un point de vue financier. 

(C’est absolument faux ! Parmi ces deux piliers, aucun ne serait capable de répondre seul au besoin électrique. L’un qui est aléatoire et intermittent (l’éolien et le soleil) nécessite un coûteux renforcement du réseau d’électricité et de ruineux stockages d’électricité), l’autre (le nucléaire) ne sera pas disponible en quantité suffisante (peut-être seulement 25 GW en 2050) pour assurer la production les nuits sans vents).

Comment atteindre ensuite l’objectif de doublement de la production issue des énergies renouvelables électriques d’ici 2030 et comment l’augmenter encore d’ici 2050 ? C’est le défi posé par RTE. D’abord, en partant là aussi d’un constat ; c’est que ces énergies renouvelables sont devenues rentables et compétitives. 

(C’est faux en prenant en compte les coûteux moyens nécessaires pour pallier la production erratique : centrale à gaz d’appoint, stockages dans des batteries ou autres moyens, renforcement des réseaux d’électricité, nécessité d’un double parc pour assurer une production correspondant en permanence besoin les nuits sans vent).

En priorité, le solaire – parce qu’il est moins cher et qu’il s’intègre plus facilement dans le paysage – fera l’objet d’un effort particulier. 

(Faux. Le solaire photovoltaïque est la plus chère des énergies renouvelables et aussi la plus subventionnée).

D’ici 2050, nous multiplierons par près de 10 la puissance installée pour dépasser 100 gigawatts, en veillant à un juste équilibre entre les installations en toiture et celles au sol.

L’éolien en mer sera développé pour viser de l’ordre de 40 gigawatts en service en 2050, soit une cinquantaine de parcs éoliens en mer. Dès cette année, nous mettrons en activité le premier parc éolien en mer au large de Saint-Nazaire.

Nous ne pouvons, enfin, dans cette trajectoire, nous passer d’éoliennes terrestres.

Continuer à avoir là aussi une filière qui se développe et la puissance installée, qui est de 18,5 gigawatts à fin 2021, sera doublée d’ici à 2050.

(Donc, 37 GW en 2050 qui seront toujours aléatoirement variable, et qui parfois ne produiront presque rien les jours sans vent de forte demande d’électricité).

Pour augmenter la production électrique nationale d’ici 2050, il nous faut reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France. 

Notre niveau inégalé de sûreté de contrôle garantit une production d’électricité bas carbone en toute sûreté. C’est ce qui justifie notre confiance dans cette énergie. 

Ce que nous avons à bâtir aujourd’hui, parce que c’est le bon moment, parce que c’est ce qu’il faut pour notre nation et parce que les conditions sont maintenant réunies, c’est la renaissance du nucléaire français. Sur la base des travaux de RTE et de l’Agence internationale de l’énergie, j’ai pris deux décisions fortes.

La première est de prolonger tous les réacteurs nucléaires qui peuvent l’être sans rien céder sur la sûreté.

La seconde décision : compte tenu des besoins en électricité, de la nécessité d’anticiper aussi, la transition, la fin du parc existant qui ne pourra être prolongé indéfiniment, nous allons lancer dès aujourd’hui un programme de nouveaux réacteurs nucléaires. 

Je souhaite que six EPR2 soient construits et que nous lancions les études sur la construction de 8 EPR2 additionnels. Nous avancerons ainsi par pallier.

(C’est un bon début mais ce louable effort tardif qui aurait dû être commencé 10 ans plus tôt ne suffira pas à assurer l’avenir de la production française d’électricité en 2050 comme indiqué précédemment, car il manquera plusieurs dizaines de GW de puissance pour répondre au besoin de 800 TWh annoncés par le Président lui-même).

À côté de ces EPR, un appel à projets sera soutenu à hauteur d’un milliard d’euros par France 2030 et sera lancé pour faire émerger des petits réacteurs modulaires (les fameux SMR) mais aussi des réacteurs innovants permettant de fermer le cycle du combustible et de produire moins de déchets. Pour 500 millions d’euros, ce seront des projets portés par EDF NUWARD et il y aura aussi 500 millions d’euros pour des projets ouverts sur les réacteurs innovants que j’évoquais à l’instant.

Je suis convaincu que la France a les moyens de porter une telle révolution dans le nucléaire, avec des réacteurs en rupture. Je fixe un objectif ambitieux mais à la mesure de l’intensité de la compétition dans le secteur : construire en France un premier prototype d’ici 2030.

Ce nouveau programme pourrait conduire à la mise en service de 25 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires d’ici 2050.

(En plus des 23 GW des 14 EPR 2 annoncés pour 2050, ou au global ?)

Au sein de l’État, une direction de programme interministérielle dédiée au nouveau nucléaire sera créée pour en assurer le pilotage, coordonner les procédures administratives, s’assurer du respect des coûts et des délais des chantiers.

EDF construira et exploitera les nouveaux EPR.

La France fait le choix du climat en se donnant les moyens d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’être l’une des plus grandes nations à sortir de sa dépendance aux énergies fossiles. La France fait le choix de l’industrie et de l’emploi : car nous parlons là, uniquement au sujet de l’EPR2, de 220 000 emplois préservés, poursuivis, renouvelés et de plusieurs dizaines de milliers d’emplois créés. La France fait le choix aussi du pouvoir d’achat mais avec une vraie stratégie, car à terme, le nucléaire et les énergies renouvelables fourniront une énergie moins chère et à l’abri des turbulences des marchés. La France, Mesdames et Messieurs, fait le choix résolu de son indépendance et de sa liberté.

Un discours fiction d’Emmanuel Macron

Les mesures annoncées pour la production d’énergie en France par le Président sont importantes mais cependant encore insuffisantes, car la France aura en 2050 moins de 50 % de production nucléaire pilotable. 

Si le Président-candidat Macron avait vraiment voulu relancer le nucléaire en France, il aurait pu annoncer simplement les mesures suivantes déclinées dans ce discours fiction :

« J’arrête de développer les énergies renouvelables éoliennes et photovoltaïques qui sont chères et inutiles.

En 2050 / 2060, je veux trois quarts de nucléaire et un quart d’énergies renouvelables, couplées à un peu de gaz décarboné. Je demande donc à EDF de construire et de mettre en service deux EPR par an dès 2035, soit 50 d’ici à 2060. La France a déjà lancé un programme industriel d’une telle ampleur dans le passé, le plan Messmer. Cela peut paraître colossal, mais j’assume : c’est nécessaire (comme le souhaite André Merlin, fondateur et premier président du gestionnaire du réseau national de transport d’électricité (RTE)). 

Je finalise le stockage géologique des déchets nucléaire CIGEO à Bure.

Je lance le développement d’un premier prototype de SMR, et je relance la filière surgénérateur qui permettra d’utiliser 100 fois mieux l’uranium dont nous avons plusieurs milliers d’années de stock sur notre sol pour cette dernière filière.

Dans le domaine militaire, je fais le choix d’une propulsion nucléaire pour le successeur du porte-avions Charles de Gaulle ».

Ça aurait eu le mérite d’être simple et sobre, mais certainement pas politiquement correct pour cajoler une nécessaire majorité politique au gouvernement incluant au moins un parti antinucléaire…

Mais ça, c’est de la politique, non de la physique… dont la réalité s’imposera dans les prochaines années.

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