Nucléaire : la relance ?

Comme disait un célèbre savant (Albert Einstein) : « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ».

En avant l’équipe de France !

La relance actuelle du parc nucléaire français, bien que tardive, est une bonne nouvelle pour l’industrie et pour les Français. Mais sera-t-elle suffisante pour rattraper le retard pris pour une production d’électricité décarbonée, abondante et bon marché ?

Aligner les planètes

Si tous les acteurs marchent dorénavant dans la même direction, comme il y a 50 ans lors du grand lancement du nucléaire en France, pour constituer une équipe cohérente, alors oui la France sortira de l’ornière où l’ont conduit 20 ans d’incohérenced’imprévoyance et de joutes politiques à courte vue pour cajoler un électorat vert minoritaire.

Cette relance du nucléaire français par la commande annoncée à Belfort, début 2022, par le président de la République, de 6 réacteurs EPR, puis ensuite de 8 autres, est-elle trop molle dans sa mise en application ?

Le ministère de la Transition énergétique infiltré par les antinucléaires et dont dépend le secteur énergétique en France semble trainer des pieds. Il donne l’impression d’œuvrer plus activement pour ériger des éoliennes et pour fermer la centrale nucléaire de Fessenheim que pour soutenir la relance du nucléaire.

L’Agence pour la maîtrise de l’énergie (ADEME), notoirement antinucléaire, ne s’agite guère pour produire une étude théorique « 100 % d’énergie nucléaire » au même titre que son document idéologique, « Un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 » aux hypothèses fantaisistes.

Le Réseau de transport d’électricité (RTE), ayant eu à sa tête de 2015 à 2020 un ancien député (François Brottes) promoteur de la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) de 2015 qui envisageait la fermeture de 14 réacteurs en 2035, ne semble pas non plus pressé de lancer ses forces dans la nouvelle bataille pour promouvoir le nucléaire.

Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), bien qu’incluant le mot « atomique » dans son intitulé, semble davantage s’intéresser aux « énergies alternatives » qu’au nucléaire depuis plusieurs années. Son actuel administrateur général (François Jacq) ne semble pas vouloir modifier cette orientation.

Les 36 pages de papier glacé du journal du CEA vers ses personnels « Les défis du CEA » de septembre/octobre 2022 (bien après le discours du président de la République à Belfort…) parle de tout : réchauffement climatique, communication quantique, imagerie cérébrale, photovoltaïque, réalité virtuelle, astrophysique, matériaux en couche ultra-mince, nanoélectronique, imagerie d’un crâne de mammouth, recherche sur les lasers, réseau électrique du futur, gaz et chaleur, anticorps monoclonaux thérapeutiques… Mais pas un mot sur le nucléaire !

Depuis plusieurs années, c’est la tendance, mais il y avait au moins un entrefilet de nouvelles nucléaires. Comment le personnel du nucléaire perçoit-il cette absence d’intérêt ?

Constituer l’équipe de France

Des consignes claires ont-elles été données aux grands corps de l’État avec vérifications de leur prise en compte ou le gouvernement se paye-t-il de mots ?

Qui pilote ce grand programme annoncé de construction de 14 réacteurs nucléaires ?

Cette relance annoncée du nucléaire repose-t-elle sur une volonté molle ? Auquel cas rien ne suivra derrière les effets de manches et les déclarations ne seront pas suivies d’effets !

Le renouveau efficace du nucléaire passe par un réalignement des planètes pour orienter tous les acteurs dans le sens de la nouvelle volonté présidentielle favorable au nucléaire. Il s’agit d’aligner durablement la limaille (les grands responsables de la production et de la distribution d’énergie) dans le sens du champ magnétique (la volonté politique).

La production énergétique devrait être intégrée dans un grand ministère de l’Industrie plein d’allant et ne plus dépendre d’un ministère « antinucléaire » qui s’ingéniera au mieux à absorber les efforts comme une éponge et au pire à les saborder.

Comme disait un célèbre savant (Albert Einstein) : « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ».

Alors, en avant la nouvelle équipe de France des bâtisseurs qui, pendant au moins 30 ans, devra construire une quarantaine de nouveaux réacteurs de type EPR pour succéder au parc des 56 réacteurs nucléaires existants !

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8 réponses

  1. Comme l’auteur, je suis dubitatif. A la liste des organismes infiltrés, on pourrait même ajouter l’ASN. Exemple de la corrosion sous tension : le principe de sûreté qui consiste à tirer avantage des défauts à caractère générique sur les tranches de même génération est un bon principe en soi. Mais pourquoi arrêter tous les réacteurs concernés alors que l’on savait très bien que les équipes manquent pour les réparer en même temps. Il existe d’autres moyens qui respectent les principes de sûreté et qui auraient peut-être pu s’appliquer : contrôles non destructifs, principe du précurseur, etc. et qui auraient permis plus de flexibilité calendaire. Mais je suppose que mes collègues successeurs à l’Autorité de sûreté avaient de bonnes raisons…

  2. Je suis moi plutôt dubitatif sur les trois dernières lignes, et j’approuve tout le reste. En effet, dans son dernier livre sur la voiture électrique et autres folies, Christian Gérondeau aborde le sujet du retour au nucléaire. Il préconise plutôt la maintenance et la prolongation de la durée de vie du parc existant (même au delà de 100 ans en suivant l’exemple américain), en estimant que la demande en électricité n’a aucune raison d’exploser, et qu’il n’est donc pas nécessaire de lancer la construction de très nombreux nouveaux EPR. Je suis assez d’accord avec son analyse.
    Qu’en pensez-vous ?

    1. La relance de notre parc nucléaire pourrait, et même devra, tenir compte des considérations suivantes.
      La prolongation de la durée de vie des centrales est possible, mais elle a ses limites. La conception des bâtiments réacteurs des REP ne permet pas de remplacer les gros composants. Les sas prévus sont insuffisants. On a pu jusqu’ici remplacer les GV et les couvercles de cuves mais pour la cuve elle-même il faudrait prévoir une brèche, donc de gros travaux. A partir d’un certain point il sera économiquement plus rentable de construire une tranche neuve. On pourra pousser la durée de vie au maximum via des moyens de contrôle en service non destructifs (contrôles US) et la méthode du précurseur. Dans ce dernier cas il faudra aménager quelque peu les tranches pour améliorer la protection radiologique des intervenants.
      Il est probable donc que la première tranche en arrêt définitif se situe dans dix ans environ. A ce moment la première tranche EPR pourrait être mise service. On voit bien un échelonnement dans le temps des mises en service des tranches EPR et des arrêts définitifs en parallèle des tranches REP.
      Intercalées dans les tranches EPR il conviendra d’introduire progressivement des surgénérateurs, pour fermer le cycle du combustible et réduire les déchets à vie longue à stocker en couche géologique profonde.
      Et n’oublions pas qu’il est possible de redémarrer Fessenheim (deux ans).
      Espérons que le projet de loi d’accélération du nucléaire actuellement au sénat permettra de réaliser ce programme, sans oublier les surgénérateurs et leur étape intermédiaire, ASTRID, complétée par un labo de fabrication de combustible intégrant les transuraniens.
      On peut relire:
      https://climatetverite.net/2022/11/16/nucleaire-il-nest-pas-trop-tard/

      1. J’ai cru entendre ou lire que le circuit primaire de Fessenheim avais subi un nettoyage ou une sorte de passivation, qui l’avait corrodé, et qu’on ne pouvait plus rien faire.

  3. Sûrement une décontamination pour baisser l’activité avant intervention de démantèlement.
    Mais en principe une passivation diminue la vitesse de corrosion…
    On a déjà fait moultes fois des décontaminations, par exemple pour changer un GV.
    Sujet à creuser. Qui a une info?

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