Où va le journalisme ? La prédication de l’« urgence climatique »

De nouvelles « chartes » pointent vers une dérive militante que s’imposent des titulaires de cartes de presse ou que leur imposent les rédactions.

De nouvelles « chartes » pointent vers une dérive militante que s’imposent des titulaires de cartes de presse ou que leur imposent les rédactions. Cela va au-delà des lignes éditoriales traditionnelles.

La Charte de Munich

Les journalistes – enfin ceux qui ont une haute opinion de leur métier – ont une charte, la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, signée le 24 novembre 1971 à Munich et adoptée par la Fédération européenne des journalistes.

Titre intéressant en ce qu’il met les devoirs en tête. Voici les quatre premiers :

  1. « Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce en raison du droit que le public a de connaître la vérité.
  2. Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique.
  3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.
  4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents. »

 

Une Charte pour « un journalisme à la hauteur de l’urgence climatique »

Le 14 septembre 2022 – la date a été un peu dure à trouver… c’est le fruit d’une certaine forme de journalisme – a été présentée une « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique ».

Cette charte a/aurait été signée par 1500 journalistes en leur nom propre et « des dizaines de rédactions et organisations ». Pour savoir ce que cela signifie, le mieux est encore de voir la liste des signataires. Cela comprend aussi des syndicats ou sections syndicales, des écoles de journalisme et la Conférence des Écoles de Journalisme…

Sommes-nous encore dans le cadre de l’information ?

Voici cinq éléments de la charte :

  • « Traiter le climat, le vivant et la justice sociale de manière transversale. Ces sujets sont indissociables. L’écologie ne doit plus être cantonnée à une simple rubrique ; elle doit devenir un prisme au travers duquel considérer l’ensemble des sujets.[…]
  • Élargir le traitement des enjeux. Ne pas renvoyer uniquement les personnes à leur responsabilité individuelle, car l’essentiel des bouleversements est produit à un niveau systémique et appelle des réponses politiques.
  • Enquêter sur les origines des bouleversements en cours. Questionner le modèle de croissance et ses acteurs économiques, financiers et politiques, et leur rôle décisif dans la crise écologique. Rappeler que les considérations de court terme peuvent être contraires aux intérêts de l’humanité et de la nature.
  • Assurer la transparence. La défiance à l’égard des médias et la propagation de fausses informations qui relativisent les faits, nous obligent à identifier avec précaution les informations et les experts cités, à faire apparaître clairement les sources et à révéler les potentiels conflits d’intérêts.
  • Révéler les stratégies produites pour semer le doute dans l’esprit du public. Certains intérêts économiques et politiques œuvrent activement à la construction de propos qui trompent la compréhension des sujets et retardent l’action nécessaire pour affronter les bouleversements en cours. »

Rien que le mot « prisme »… Et l’inclusion de la « justice sociale » dans l’écologie…

Il semble aller de soi que ces principes sont d’application différenciée – selon l’économie générale du texte.

Ainsi, les « potentiels conflits d’intérêts » ne seront sans doute pas révélés lorsque l’intéressé est dans le camp du Bien.

De même, on ne dénoncera pas les « stratégies produites pour semer le doute » lorsqu’elles font progresser « l’action nécessaire »… Une action sans doute définie a priori, non susceptible de critique, de mise en cause ou de contestation.

Il y a aussi des « soutiens », avec une rubrique « expert.es et scientifiques » et une rubrique « membres de la société civile ». Quatre occurrences de « GIEC »… La revendication de l’appartenance ou de la contribution à un organisme censé être impartial et factuel, dans la manifestation d’un militantisme, fait à mon sens désordre.

Est ainsi illustrée la dérive grandissante de cette institution vers le militantisme au détriment de la recherche et de l’établissement de faits scientifiques et de la formulation de prédictions aussi objectives que possible. Mais cette dérive s’est même infiltrée, et comment !, dans la contribution du groupe de travail II au sixième rapport avec des propos au mieux ambigus sur les « mouvements sociaux et protestations climatiques ».

Une charte pour Ouest-France

C’est annoncé dans « Ouest-France se dote d’une charte pour un journalisme au niveau de l’enjeu écologique ».

En chapô :

« Le climat se réchauffe du fait de l’activité humaine et les scientifiques sont clairs : il faut agir sans attendre. En se dotant d’une charte pour un journalisme au niveau de l’enjeu écologique et en donnant à ses lecteurs une boîte à outils de contenus sur le sujet, Ouest-France s’engage à faire du défi climatique et de la biodiversité, un pilier de son projet éditorial. »

Extrait :

« Lancée officiellement jeudi 2 février 2023, en présence de scientifiques du Giec, la charte s’applique aux 650 journalistes de la rédaction qui bénéficieront, en parallèle, d’un vaste programme de formation. Il permettra à toutes et tous de s’approprier les enjeux climatiques et de la biodiversité, afin de traiter ces sujets à la hauteur qu’ils méritent et de donner aux lecteurs les clés pour mieux comprendre, débattre et agir.

Il n’est ni question d’être moraliste, ni catastrophiste : nous traiterons du problème mais apporterons aussi des éléments de réponse, en donnant la parole aux scientifiques, à celles et ceux qui agissent et en mettant en avant les solutions. »

Certes ! Mais que conclure du point 1 : « se placer du côté du consensus scientifique : les activités humaines sont responsables du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité ; »

Faut-il comprendre que le journal ne traitera pas comme il convient un sujet qui ne correspondrait pas au « consensus scientifique », ou à une opinion présentée comme un consensus ? Par exemple dans le cas des « bassines » ?

Que penser du point 3  :

« continuer de traiter tout événement et information, y compris ceux qui ont un impact négatif sur l’environnement, à la dimension qu’ils méritent et avec discernement, sans faire l’impasse sur leurs conséquences environnementales ; »

Pourquoi seulement « négatif » ?

Il y a aussi :

« 9. choisir un vocabulaire et une iconographie pertinents, qui n’induisent pas en erreur ni ne minorent la réalité ; »

On se place ici délibérément dans une vision négative, dans une ambition de diffuser une vision angoissante de la réalité. À la lumière du point 1, il ne faut pas minorer le « dérèglement climatique et […] l’effondrement de la biodiversité ». Dans une rédaction neutre, conforme à la Charte de Munich, on aurait substitué, par exemple, « déforment » à « minorent ».

Militantisme à tout crin ?

Grâce à « la liberté de l’information, du commentaire et de la critique », nous avons des médias qui affichent des lignes éditoriales diverses, certaines très tranchées, sur le plan politique, économique et sociétal. On ne peut qu’en être ravi. Il en va de même pour les rubriques et les émissions « orientées » de médias plus neutres, à la même condition de l’affichage, c’est-à dire pour autant que les choses soient claires.

Deux signatures dérangeantes…

Les problèmes surgissent quand elles ne le sont plus, quand par exemple on prétend ou se targue de faire de l’information en prenant des libertés avec la vérité.

Le message qui est diffusé par ces nouvelles « chartes » est que l’information risque de faire place à la prédication et au prosélytisme revêtus des oripeaux de l’information.

Ce qui est dérangeant ici, c’est que l’« urgence climatique » est en partie un camouflage pour un projet socio-politique qui ne nous promet pas un avenir radieux, ou même un avenir tout court. Ce projet rencontrera certes beaucoup de résistances… mais cela se traduira par une société de confrontation plutôt que de coopération. On en voit déjà les prémices avec des mouvements qui se revendiquent de la « rébellion ».

Ce qui est aussi dérangeant, c’est l’engouement individuel pour une démarche militante susceptible d’oblitérer les devoirs du journalisme, la conversion de rédactions qui continuent à s’afficher comme des médias d’information « sans étiquette » et la pénétration de cette philosophie dans des écoles de journalisme.

En fait, quand on voit les dérives, notamment, des chaînes de l’audiovisuel public, il y a de quoi vraiment s’inquiéter.

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