Sans le nucléaire, la transition énergétique de l’Allemagne s’avère désastreuse

(The Epoch Times : par MICHEL PHAM 31 août 2023)

Quatre mois après la fermeture totale des centrales nucléaires en Allemagne, la transition énergétique allemande offre un bilan calamiteux : un retour massif au charbon se profile tandis que la filière éolienne d’outre-Rhin est en « panne ».

Le 15 avril 2023 marque l’arrêt définitif des trois derniers réacteurs nucléaires encore en activité outre-Rhin jusqu’alors. Quatre mois après la fermeture totale des centrales nucléaires allemandes – programmée par le gouvernement d’Angela Merkel à la suite de l’incident de Fukushima du 11 mars 2011–, l’Allemagne examine actuellement la possibilité de réactiver sa réserve de lignite de 1,9 GW pour se chauffer pendant l’hiver 2023-2024.

La nouvelle est relayée par Argus Media, citant une source du ministère fédéral de l’Économie et du Climat. RWE, le deuxième producteur d’électricité en Allemagne, a déclaré sur le même média qu’il serait techniquement possible de remettre sur le marché les trois unités au lignite qu’il exploite – à savoir Niederaussem Block E (295 MW), Niederaussem Block F (299 MW) et Neurath C (292 MW) – si le gouvernement allemand le demandait.

Le lignite est un charbon composé de 65 à 75 % de carbone, dont la combustion génère plusieurs polluants, notamment des particules fines, du dioxyde de carbone, du dioxyde de soufre et de l’oxyde d’azote – responsables des pluies acides. Ainsi, la réouverture de centrales au lignite « est un échec colossal » pour la transition énergétique allemande, selon Damien Ernst, professeur à l’université de Liège.

« (Des) conséquences désastreuses pour le climat »

Interviewé par Atlantico, le lauréat 2018 de la médaille Blondel critique la « décision complètement irrationnelle » de l’Allemagne, « influencée par des pressions de groupes tels que Greenpeace », de s’engager dans « une sortie du nucléaire beaucoup trop rapide ». Ce qui entraîne « malheureusement, (des) conséquences (…) désastreuses pour le climat », d’après lui. Et d’ajouter :
« Maintenant, ils se trouvent dans une impasse et ils réalisent que les mensonges qui ont été propagés, comme celui prétendant que le nucléaire entravait le développement des énergies renouvelables, étaient en réalité des fausses informations. La réalité les frappe de plein fouet et le réveil est extrêmement difficile pour les Allemands. »

En effet, depuis cette décision, trois tendances se développent simultanément en Allemagne : la fermeture successive des centrales nucléaires, le retour au charbon, et la flambée du prix de l’énergie.

Huit des dix-sept réacteurs nucléaires ont été fermées immédiatement après l’incident de Fukushima suite à une décision du gouvernement d’Angela Merkel. Pour les neufs restants, « un réacteur (a été) fermé en 2015, un autre en 2017, un troisième en 2019. Fin décembre 2021, trois autres réacteurs ont été mis à l’arrêt ; il n’en restait donc plus que trois, dont la fermeture vient d’intervenir avec seulement trois mois et demi de retard, » selon le journaliste Gérard Horny. Il constate également que « si la consommation de gaz a reculé de presque 15%, celle de toutes les autres énergies fossiles a augmenté : 3% pour le pétrole, 4,8% pour la houille et 5,1% pour le lignite ».

Pour Damien Ernst, le retour du charbon s’explique d’une part par « une hausse de deux à trois fois pour le prix du gaz » par rapport aux « tarifs observés avant la crise énergétique avec la Russie ». D’autre part, « le charbon redevient peu cher ». « Alors que le prix du charbon avait atteint environ 400 $ la tonne, il est revenu à un niveau d’environ 150 $ la tonne (…) Cette situation conduit l’Allemagne à réactiver l’exploitation du charbon, en raison de son coût abordable et de sa disponibilité, » souligne le directeur du laboratoire « Smart Grids » de l’université de Liège.

Répercussion sur l’Europe

Dans sa tribune sur Slate, Gérard Horny dénonce l’attitude d’Angela Merkel qui « n’a pas pris la peine de consulter ses partenaires européens » avant de prendre « la décision d’un retrait total du nucléaire, alors que la fermeture programmée d’une capacité de production de plus de 20.000 mégawatts (MW) dans la première puissance industrielle de l’Europe n’était pas sans conséquences au niveau du continent ».

Pour l’Europe, le choix allemand de sortir rapidement du nucléaire « a eu un double effet : prolonger et aggraver les émissions de gaz à effets de serre, et installer une dépendance accrue à l’égard de la Russie », à en croire Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. En particulier, « l’abandon du nucléaire par l’Allemagne s’est mué en franche hostilité à l’égard du modèle énergétique français, alors même que le mix français était plus adapté à une stratégie de décarbonation, » souligne l’économiste.

En 2022, « l’Allemagne a exporté 38% de plus d’électricité vers la France que l’année précédente », principalement « en raison de la baisse d’environ un tiers de la production nucléaire française » depuis avril 2022 et « de l’augmentation en Allemagne de la production d’électricité au charbon, comparativement de nouveau moins coûteuse que celle au gaz fossile ».
 

Les énergies renouvelables : une fausse promesse ?

« Le retour du charbon est clairement en contradiction avec les objectifs climatiques », constate Simon Müller, dirigeant une équipe de chercheurs d’Agora Energiewende et auteurs de l’étude « La transition énergétique en Allemagne : état des lieux en 2022 ». « Nous avons besoin d’une accélération du déploiement des énergies renouvelables pour réduire les émissions et nous devons assurer la sortie du charbon en 2030 en Allemagne, » souligne-t-il.

Accélérer, mais à quelle vitesse ? Pour le chancelier Olaf Scholz, il faudra installer « quatre à cinq éoliennes par jour sur terre ». Or, « pour remplacer un seul réacteur nucléaire, il faut beaucoup d’éoliennes, » alerte Gérard Horny. Ce dernier a estimé que la puissance installée moyenne des trois réacteurs fermés en avril dernier représentait plus le 4000 MW, alors que « la puissance moyenne des éoliennes terrestres en fonctionnement l’an dernier était de 4,36 MW, celle des éoliennes en mer de 5,28 MW ».

De plus, les perspectives de la filière éolienne allemande sont plus que moroses en ce moment, à l’image de l’éolienne qui s’est effondrée lundi 7 août « sous les effets combinés d’une défaillance technique et de fortes rafales de vent », dans le district de Rostock, au nord de l’Allemagne. Ou encore, à l’instar des mauvaises nouvelles concernant Siemens Energy, le premier employeur privé d’Allemagne et la plus grande société d’ingénierie (en termes d’effectifs) d’Europe : Début août, l’énergéticien allemand a réévalué de 1,6 milliard d’euros le coût des charges dévoilées en juin, en raison des défaillances des composants d’éolienne produits par sa filiale Siemens Gamesa.

Selon l’AFP, Siemens Energy a en effet fait état en juin d’un « taux de défaillance significativement accru » pour les éoliennes Siemens Gamesa, nécessitant une remise en l’état massive dans les prochaines années. Au cœur des problèmes rencontrés, des composants défectueux, principalement liés aux roulements et aux pales de rotor des turbines sur des installations terrestres. Le conseil de surveillance de Siemens Energy a par ailleurs « mis en place un comité spécial pour réaliser une enquête détaillée » sur ces défaillances, a déclaré le groupe lundi 7 août.

Cette information avait fait chuter le cours de bourse de l’entreprise de plus de 30%. Également plombée par les « coûts de production plus élevés » dans l’éolien, Siemens Energy a ainsi enregistré une perte nette record de « 2,9 milliards » pour le troisième trimestre. Pour l’ensemble de l’année, le groupe de Munich table désormais sur une perte massive de 4,5 milliards d’euros, contre « plus de 712 millions » précédemment.

Le quotidien suisse de référence en langue allemande Neue Zürcher Zeitung a évalué fin 2022 les facteurs de charge de 18.000 éoliennes allemandes et constaté que beaucoup d’entre eux s’avéraient « inefficaces ». En citant ce résultat, l’hebdomadaire français l’Express s’est étonné : « Malgré plus de 500 milliards d’euros de fonds public et une accélération indubitable vers les énergies renouvelables, l’Allemagne dépend encore très largement d’un charbon délétère pour le climat. »

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