Compteurs Linky : la sobriété imposée à l’horizon ?

Un projet de décret envisage d’utiliser les compteurs Linky pour limiter la consommation d’énergie des ménages. Pour Michel Negynas, cela met en lumière les dérives potentielles d’un tel outil de surveillance et de régulation de la consommation d’énergie.

Actuellement, 90 % des usagers du réseau de distribution sont équipés d’un compteur Linky. Les réfractaires seront sans doute pénalisés financièrement. Ils sont en outre régulièrement accusés de complotisme. Il est vrai que ce compteur a été acccusé de provoquer des problèmes de santé liés au rayonnement, et qui sont de pures bêtises.

Mais la raison essentielle pour refuser Linky est ailleurs, et on commence à la voir plus nettement.

Un projet de décret qui en dit long

Le journal La Tribune a transmis des informations relatives à un projet de décret qui devait être examiné le 26 septembre par le Conseil supérieur de l’énergie (point 7). Devant certaines interrogations, l’examen est reporté, un texte modifié sera présenté, qui modifie des points d’organisation, mais pas sa finalité.

La présentation du décret : (référence ENER2324392D) fait l’objet d’un rapport dont voici quelques extraits :

« Le projet de décret définit les modalités d’une expérimentation relative à la limitation du soutirage des clients résidentiels raccordés en basse tension. L’objectif de cette expérimentation est de déterminer s’il est possible techniquement de mettre en œuvre une nouvelle mesure hors marché en cas de déséquilibre anticipé entre l’offre et la demande d’électricité. Une telle mesure permettrait ainsi de réduire ou d’éviter le recours au délestage qui reste la mesure ultime pour assurer l’équilibrage du réseau électrique.

Cette réduction est techniquement possible avec les compteurs communicants Linky. Ces derniers permettent, grâce à des ordres envoyés en avance, d’abaisser temporairement le seuil de puissance maximale pouvant être soutirée par le client. Par rapport au délestage programmé, cette réduction permettrait en outre d’élargir l’assiette des usagers résidentiels concernés dans la mesure où, s’agissant d’une intervention au niveau du compteur, l’ensemble des usagers résidentiels peuvent être ciblés. Elle présente également l’avantage de ne pas interrompre l’alimentation d’un client, le seuil de puissance minimal permettant de faire fonctionner les équipements courants peu énergivores. »

Tout est dit !

Le décret porte seulement sur une expérimentation limitée.

En effet, de nombreux points techniques sont encore à éclaircir. Sur un plan commercial et juridique, les choses sont loin d’être limpides également. Mais l’intention est là, et les fonctionnalités de Linky ont été dès le départ prévues pour cela.

Un rouage essentiel de la « transition »

Il peut (moyennant parfois quelques modifications de logiciels centraux) renvoyer des informations précises et quasi continues sur la consommation des entités raccordées.

L’analyse de ces données par des algorithmes adaptés permet de tirer une foule d’enseignements sur les habitudes, comportements, et même appareils utilisés (via leur signature d’appels de puissance) chez le consommateur. On peut, si besoin, transformer Linky en un véritable espion du foyer. Évidemment, on en est loin actuellement, mais qui peut prédire les évolutions sociétales, alors qu’on parle déjà de censurer le climatoscepticisme dans l’espace médiatique ?

D’ailleurs, ce danger n’est pas propre à Linky, il peut provenir de tout objet connecté.

Il contient un contacteur télécommandable en centralisé, probablement peu connu du public. Et c’est cette fonctionnalité qui permettrait l’application du décret. On abaisserait temporairement (pendant 4 heures) le réglage de coupure du contacteur, obligeant le consommateur à ne mettre en route que certains appareils.

Des discussions existent déjà sur les coupures pour impayés : elles seront beaucoup plus faciles et « anonymes », car télécommandées, et plus « morales » si on laisse un minimum vital de puissance, réglable aussi à distance, aux foyers concernés.

Éviter un black out 

À court et moyen terme, malgré des prises de position rassurantes, certains membres de l’administration et du gouvernement sont bien conscients des risques de black out à venir pour de nombreuses années encore.

Or, couper des zones entières n’est guère possible compte tenu de certaines applications à domicile à caractère vital (respirateurs, dialyse…). Linky permettrait une maille plus fine. Au lieu de s’interroger sur l’offre (pourquoi, malgré l’installation de 36 GW d’énergie renouvelable, on risque toujours de manquer de capacités ?) on préfère contraindre la demande.

À long terme, Linky pourrait participer à une « sobriété heureuse » pas tout à fait consentie.

Linky, un petit nom sympathique pour un mignon petit objet vert présent dans chaque foyer. Dormez bien, braves gens, son œil clignotant veille sur vous.

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