Éolien en mer : de quoi Ker-Oman est-il le nom ?

(Par ÉRIC SARTORI dans Factuel de 

Keroman est d’abord le nom du port de pêche de Lorient, rien moins que le premier port de pêche de Bretagne, le premier français en ventes sous criée, et le premier port de débarquement de langoustines vivantes. Le port de Keroman génère plus de trois mille emplois directs et est géré par une société d’économie mixte Keroman, détenue très majoritairement par l’agglomération de Lorient.

Mais il faut maintenant parler de la société mixte Keroman, qui gère le port de Lorient, entend participer, via la création d’une société par action simplifiée dénommée Ker-Oman et un investissement d’environ 200 millions d’euros au développement d’un gigantesque port de pêche industriel… au sultanat d’Oman (Duqm, cinq fois plus important que Lorient).

Et le projet Ker-Oman devrait permettre de soutenir l’activité de pêche de Lorient par… apport de poissons frais par avion-cargo. L’un des responsables explique benoîtement :

« L’avion, c’est un transport normal pour du poisson aujourd’hui. » 

Alors de quoi Ker-Oman est-il le nom ? Tout simplement de la programmation de la disparition de la pêche artisanale bretonne chassée des zones de pêche par les parcs éolien en mer et du remplacement des pêcheurs bretons par des pêcheurs du golfe d’Oman.

À 19 km des côtes de Belle-ïle et 30 km de celles de Groix et Quiberon doit en effet surgir le parc éolien Bretagne-Sud, gigantesque zone industrielle d’une soixantaine d’éoliennes de plus de 250 mètres de haut, soit environ 3,7 fois la hauteur du point culminant de Belle-Île en Mer et une fois et demie sa surface. Une première tranche de 20 éoliennes est en voie d’attribution.

David le Quintrec, responsable du collectif « Pêcheurs en Colère du Morbihan », avait notamment rappelé que le choix de la zone n’a fait l’objet d’aucun accord parmi les pêcheurs, que les fileyeurs de Lorient, du Finistère et de l’Île d’Yeu y pêchent la langouste, la lotte, le lieu jaune et le merlu sur des fonds rocheux qui ne seront plus accessibles, et seront obligés de se reporter sur des zones plus restreintes avec d’autres bateaux, avec forcément un impact négatif pour la flotte des fileyeurs. La question même du maintien de leur activité se pose.

Et ce n‘est pas tout. La stratégie française pour l’énergie et le climat prévoit 45 GW d’éolien en mer, soit plus d’une cinquantaine de parcs équivalent à Bretagne Sud le long des côtes françaises, dont une trentaine pour la Bretagne. Il ne resterait plus rien des paysages bretons, ni de la pêche artisanale côtière, la plus respectueuse de la ressource ! Car, particularité française due à la nature de nos côtes pentues et rocheuses, la quasi-totalité de ces zones industrielles éoliennes sont prévues à moins de 20 km des côtes contre plus de 40 pour la moyenne européenne, impactant encore plus fortement les activités littorales.

D’où Ker-Oman !

Les avertissements pourtant ne manquent pas. Ainsi, dans son rapport de septembre 2023 sur les énergies marines, la Cour des comptes européenne reproche fortement à la Commission Européenne de n’avoir 

« jamais quantifié les principaux effets économiques qu’aurait le développement de l’éolien en mer sur la pêche »,

constate qu’il existe 

« un risque de perte d’emplois dans le secteur de la pêche » et que « nulle part n’a été réussie la conciliation de la pêche et de l’éolien en mer ».

De son côté, la Commission pêche du Parlement européen dans un rapport de février 2021 insiste sur le fait que 

« toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles a des répercussions directes sur les moyens de subsistance des pêcheurs de l’Union et les emplois connexes à terre »,

et que 

« l’approvisionnement responsable et durable en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire s’en trouvent compromis. » 

Les parcs éoliens modifient la répartition spatiale et l’abondance des espèces marines pêchées, la courantologie et sont généralement fermés pour des raisons de sécurité. Ce sont les pêcheries artisanales qui sont particulièrement touchées car elles ne sont pas toujours en mesure de se rendre dans d’autres zones de pêche plus éloignées.

La Commission pêche a conclu que 

« les parcs éoliens en mer ne devraient être construits qu’en l’absence d’incidences négatives sur les plans environnemental et écologique ainsi que sur les plans économique et socioculturel, conformément aux objectifs de l’économie bleue et du pacte vert pour l’Europe ».

Elle fait amèrement remarquer 

« que les études empiriques récentes ne comportent pas d’évaluations des effets économiques et socioculturels des énergies renouvelables en mer sur la pêche » 

et, en l’absence de données fiables, 

« appelle au principe de précaution quant à la construction de parc éoliens offshore. »

Ces recommandations sont délibérément ignorées par les très puissants intérêts du lobby éolien et les Etats. Comme le sont ces témoignages poignants de pêcheurs déjà confrontés aux parcs éoliens que la Commission a entendu :

Job Shot aux Pays-Bas : 

« Ils prétendent que la zone autour des éoliennes crée une sorte de paradis de la biodiversité. C’est exactement le contraire. Ce sont des zones mortes… Avec ce qui est construit ou décidé en Mer du Nord, 25% des zones traditionnelles de pêches sont déjà occupées…Il faut comprendre que nous sommes chassés de la mer. »

Steve Ramsgate en Angleterre : 

« Pour une raison quelconque, je ne sais pas ce que c’est, mais il n’y a pas de poissons dans le parc éolien. Cette zone est pratiquement stérile. (…) La région était autrefois un lieu de pêche privilégié. »

Jaap Stellendam aux Pays-Bas  : 

« Nous sommes en train de nous faire exclure de la mer. Le domaine dans lequel nous pouvons travailler devient de plus en plus petit. »

C’est donc l’ensemble de la pêche française côtière qui est menacé de disparition pour un programme éolien en mer d’intérêt climatique nul dans le contexte français, dangereux pour la sécurité d‘alimentation électrique, économiquement insoutenable, avec des promesses fallacieuses d’emploi et de fortes dépendances étrangères et ravageur pour nos paysages littoraux et leur riche biodiversité.

D’où viendra le poisson que nous mangerons dans 20 ans ? Ker-Oman est aussi le nom d’un bien triste futur !

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2 réponses

  1. Pour remplacer les éoliennes s’il n’y a pas de vent, ou s’il y a trop de vent (>90 km/h), il faut prévoir une puissance installée équivalente en turbines à gaz ou centrales nucléaire. Qui plus est dans ce cas de figure les centrales ne travaillant pas en base produiront un Kwh plus cher. Il n’est pas nécessaire d’avoir le certificat d’études pour comprendre cela et donc qu’on peut très bien faire l’économie des dites éoliennes! Sauf si on est polytechnicien ou énarque, mais ça c’est un autre problème… 

    1. C’est encore pire que cela : les centrales nucléaires n’ont aucune souplesse pour s’adapter au vent ; pour s’adapter au vent, il faut des compléments souples : l’hydraulique en est un, quasiment saturé en France ; et ne parlons pas de l’utopique hydrogène. Les centrales thermiques aux fossiles sont incontournables si on fait de l’éolien en quantité.
      En fait, cela allait beaucoup mieux quand les polytechniciens (du corps des mines) étaient écoutés ; mais le pouvoir actuel s’en est débarrassé au profit de gens qui ne savent même pas additionner 2 et 2.

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