Hydrogène, la France redescend sur terre

Après deux ans d’attente, le gouvernement a enfin annoncé la révision de sa stratégie nationale pour l’hydrogène. Au grand soulagement de la filière, elle revoit nettement à la baisse les objectifs de production et de consommation d’hydrogène vert ou décarboné d’ici 2030-2035. On ne crée pas une filière industrielle compétitive et des besoins en le décrétant, même en apportant des milliards d’euros. L’hydrogène vert se trouve aujourd’hui face à un problème de poule et d’œuf. Pour que les coûts baissent, il faut que des projets nombreux soient déployés. Mais tant qu’ils ne sont pas déployés, les coûts sont trop élevés pour convaincre des acheteurs… ce qui ne permet pas de lancer les projets.

La création ex-nihilo d’une économie de l’hydrogène était la grande ambition soudain mise en avant par Emmanuel Macron en septembre 2020. Emboitant le pas à l’Allemagne, la France avait alors décidé d’apporter 7 milliards d’euros puis rapidement 9 milliards d’argent public pour développer la production d’hydrogène et ses usages dans l’industrie, les transports, le stockage de l’électricité et la production de carburants synthétiques. Six mois auparavant, les pouvoirs publics étaient encore hostiles ou au mieux indifférents au développement de l’hydrogène vert ou décarboné. La fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) y faisait à peine allusion.

Mais les politiques suivent irrésistiblement les modes et ont pris alors, une fois de plus, leurs désirs pour la réalité. Construire de toutes pièces une économie mondiale de l’hydrogène est une tâche dont l’ampleur a été totalement sous-estimée. Voilà pourquoi de nombreux projets de développement sont aujourd’hui gelés ou abandonnés faute de compétitivité et de financements. On ne crée pas une filière industrielle compétitive et des besoins en le décrétant même en apportant massivement des aides et des subventions.

Un problème fondamental de demande

Les entreprises françaises qui se sont lancées avec enthousiasme dans l’aventure souffrent à l’image de la start-up McPhy qui après avoir été donnée en exemple est aujourd’hui au bord de la faillite et pourrait voir son activité de fabrication d’électrolyseurs reprise par le groupe belge John Cockerill. Autre illustration de cet excès d’enthousiasme, le projet d’Airbus d’avion à hydrogène a été repoussé… aux calendes grecques. Les rodomontades il y a cinq ans de Bruno Lemaire, alors ministre de l’Economie, qui annonçait un avion à hydrogène français en 2035 n’y ont rien changé. L’Etat avait alors apporté généreusement 1,5 milliard d’euros.

Le gouvernement vient enfin d’admettre cette réalité en rendant publique sa nouvelle stratégie hydrogène qui réduit nettement les grandes ambitions de la précédente feuille de route annoncée en 2020. Elle tient compte du fait que la demande d’hydrogène vert, dans l’industrie comme dans les transports, est bien plus faible qu’attendu parce qu’elle nécessite des investissements massifs dans des équipements et des systèmes

 

 

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Une réponse

  1. La France redescend sur terre !!!
    J’en doute … tant que des choix stratégiques seront confiés à des politiques sans aucune compétence technologique, on sera très loin de pouvoir prétendre avoir les pieds sur terre !
    Le développement d’une filière technologique, ce n’est pas seulement distribuer quelques milliards à des « amis » mêmes très motivés et beaux parleurs.

    Il faut d’abord définir les grandes lignes du projet, vérifier la faisabilité technique de l’ensemble de la chaîne auprès de gens compétents, établir un chiffrage aussi précis que possible, éliminer les « variantes » non compétitives, et ensuite seulement, passer à la distribution éventuelle des milliards, si possible auprès de sociétés capables de délivrer des garanties techniques et financières solides !

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