En France, quand on parle de renouvelable, il s’agit essentiellement d’éolien, et c’est sur cette source d’énergie que l’article se concentre.
L’électricité française présente la caractéristique unique (dans le monde) d’être presque entièrement produite par nos centrales nucléaires : cette source d’électricité est quasiment toujours suffisante pour couvrir nos besoins, sauf lors de quelques pics annuels de consommation, où nous importons ; mais, globalement, nous sommes exportateurs vers les pays voisins qui ont fait le choix du renouvelable, et où il n’y a pas toujours du vent ou du soleil.
Nous n’avons pas besoin d’électricité supplémentaire avant plusieurs années, et, notre électricité étant déjà totalement décarbonée, la seule justification d’investissements supplémentaires à court terme ne peut être qu’économique : qu’en est-il ?
Le coût de production du MWh nucléaire (EPR) est estimé à environ 60 €.
Le coût de production du MWh éolien est estimé à environ 60 € pour l’éolien terrestre, 80 € (en moyenne) pour l’éolien marin.
Si on arrêtait notre raisonnement maintenant (et c’est peut-être ce que font nos politiques), on pourrait conclure qu’il y a équivalence, et que donc, il n’y a pas de raison de privilégier le nucléaire ; mais ce n’est pas aussi simple.
En effet, l’électricité éolienne présente 2 caractéristiques fondamentales :
- elle est aléatoire (intermittente et non pilotable), et donc, comme on ne sait pas stocker l’électricité en quantité, on ne peut pas compter sur elle quand on en a besoin ;
- pour qu’elle puisse être rentabilisée, elle est contractuellement prioritaire : quand il y a du vent, elle est produite, et doit être achetée, et on baisse donc la production d’électricité nucléaire pour lui laisser la place.
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Mais quand on baisse la production d’une centrale nucléaire, on n’économise que son combustible, mais pas ses autres frais de fonctionnement, d’amortissement, et d’entretien.
Or, le prix du combustible n’intervient que pour environ 3% dans le coût du MWh nucléaire, soit donc environ 2 €/MWh : les 58 €/MWh restants continuent de courir, même si les MWh sont produits par des éoliennes.
… Et il n’est même pas sûr que nous gagnions ces 2€/MWh, car une centrale nucléaire qui ne tourne pas à sa production nominale voit son rendement baisser.
Et donc le MWh produit par une éolienne ne coûte pas 60 ou 80 €/MWh (selon source terrestre ou marine), mais entre 118 et 138 €/MWh.
… et cela fait baisser d’autant la rentabilité de nos centrales nucléaires.
Etonnons-nous ensuite d’avoir :
- une électricité chère ;
- une balance commerciale déficitaire : nous ne fabriquons pas nous-mêmes les éoliennes ;
- un déficit budgétaire : les investissement éoliens sont largement subventionnés par l’argent de nos enfants.
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Tout cela n’est qu’un pur choix politique (pour ne pas dire politicien), destiné à satisfaire essentiellement notre « partenaire » allemand, qui a bien compris l’intérêt pour lui que personne ne lui fasse concurrence sur le prix de l’énergie ; car le CO2 n’est pas un argument : l’électricité nucléaire est au moins aussi décarbonée que l’électricité éolienne.
La preuve : l’Europe ne nous donne pas une obligation de résultat (notre électricité est déjà la plus décarbonée d’Europe), mais une obligation de moyens : nous sommes à l’amende si nous n’implantons pas assez d’éoliennes.
2 réponses
Sauf erreur, la plupart des contrats relatifs à la vente d’ électricité eolienne en France sont basés sur un prix fixé de 82 € le MWh.
Avec obligation d’achat quand le vent souffle et indemnisation quand le prix spot est en dessous de cette valeur.
Dans une situation normale ce contrat serait cassé par la justice du fait de ces clauses léonines qui avantagent considérablement un des partis au détriment de l’autre.
« L’autre », c’est nous, les consommateurs.
@Murps
« … basés sur un prix fixé de 82 € le MWh. »
C’est beaucoup plus tordu que ça !
Les fournisseurs vendent au prix du marché, puis reçoivent un complément de rémunération basé sur une valeur qu’ils ont défini lors de l’appel d’offre et complété par divers ajustements.
Par exemple, vous avez ici le dernier appel d’offre de la CRE pour des éoliennes on-shore: https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Appels_d_offres/2025/250107_CDC_PPE2_Eolien_P9.pdf
L’ensemble des documents d’appel d’offres de la CRE se trouve ici: https://www.cre.fr/documents/appels-doffres.html