Dans un rapport publié le 5 juin, la Cour des comptes souligne qu’en dépit des remaniements de la stratégie nationale, les nouveaux objectifs de production d’hydrogène vert ou bas carbone sont « hors de portée ». L’hydrogène vert se trouve face à un problème insoluble de poule et d’œuf. Pour que les coûts baissent et deviennent acceptables pour les industriels, il faut que de nombreux projets soient déployés. Mais tant qu’ils ne sont pas déployés, les coûts sont trop élevés pour convaincre des acheteurs… ce qui ne permet pas de lancer les projets.
L’hydrogène vert ou bas carbone est à la fois indispensable et presque impossible aujourd’hui à produire en grande quantité dans des conditions financièrement réalistes. L’hydrogène vert reste le seul substitut décarboné aux combustibles fossiles dans certaines activités essentielles dans l’industrie lourde (sidérurgie, chimie, cimenteries, engrais…) et les transports sur longue distance, notamment aérien et maritime. Mais cela ne suffit pas à créer un écosystème, une filière industrielle compétitive et des besoins même en apportant des milliards d’euros d’aides… que l’Etat français ne peut plus financer
L’hydrogène vert se trouve face à un problème insoluble de poule et d’œuf. Il n’y a pas de demande sans la création d’un vrai marché et pas de vrai marché sans demande. Pour que les coûts baissent et deviennent acceptables pour les industriels, il faut que de nombreux projets soient déployés. Mais tant qu’ils ne sont pas déployés, les coûts sont trop élevés pour convaincre des acheteurs… ce qui ne permet pas de lancer les projets. En outre, les producteurs veulent des contrats de vente à long terme pour rentabiliser leurs investissements et les acheteurs industriels veulent des contrats plus courts en prévision de la baisse du coût de l’hydrogène à mesure que la production va augmenter et la technologie s’améliorer.
Des ambitions « irréalistes »
Voilà pourquoi la Cour des comptes juge « irréalistes » les ambitions de l’Etat en matière de production et de consommation d’hydrogène décarboné. Les trajectoires de consommation d’hydrogène de la stratégie nationale bas carbone projettent une demande de 1 million de tonnes par an en 2035 et de 4,4 millions de tonnes par an d’ici à 2050, dont 2 millions de tonnes pour l’industrie et 1,5 millions de tonnes pour les électro-carburants. La Cour des comptes n’y croit pas une seconde et observe malicieusement que même l’Agence internationale de l’énergie vient de revoir ces prévisions de consommation d’hydrogène à la baisse de 30%.
Elle conseille à l’Etat de mieux cibler son soutien à …