(Par Samuel Martin
Déjà connus des vendeurs et des bailleurs, les défauts du DPE sont désormais reconnus officiellement.
Avec la rigueur qu’on lui connaît, la Cour des comptes s’est penchée sur le diagnostic de performance énergétique, ce fameux DPE payant et obligatoire dès lors que vous voulez acheter ou mettre en location un bien immobilier. Il en définit la « valeur verte », de A (logis vertueux) à G (passoire thermique).
Une usine à gaz technocratique qui complique la vie des Français.
Une fois de plus, merci l’Union européenne
Sans surprise, on doit le DPE à l’Union européenne. Précisément à la « directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments » de 2002 qui vise à rendre vertueux le maximum de logements en 2050.
La France y a ajouté sa touche, avec la loi Climat et Résilience qui prévoit une « interdiction de louer » pour les logements G dès cette année, les logements F à partir de 2028, les logements E à compter de 2034. En fait d’interdiction, un « ensemble de contraintes et risques juridiques et financiers pesant sur les bailleurs » qui équivaut à un découragement de louer.
Dans un contexte immobilier déjà pas fameux – « chute des programmes de constructions neuves, hausse des taux des crédits immobiliers, attrition de l’offre locative dans les métropoles, encadrement des loyers », énumère la Cour -, le DPE a pour les particuliers « des conséquences majeures sur leur situation patrimoniale et le marché immobilier ».
Quand le volume de biens à louer classés A-D baisse de 22 %, celui des biens classés F-G baisse de 33 % (p. 33). Les locataires sont les premiers pénalisés, les propriétaires de « passoires thermiques » aussi, poussés à revendre leurs biens avec une forte décote.
Mauvais calculs et petits arrangements
Concrètement, un DPE s’établit en sondant les reins et les cœurs de l’habitation. Cloisons, vitres, plafonds, planchers, isolation, gaz, électricité : tout est mis dans le calculateur…
La méthode, dite 3CL-DPE 2021, « s’appuie sur la description des caractéristiques physiques du logement pour en déduire les consommations annuelles d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre associées ».
Mais le système n’est pas parfait. Le bâti ancien se laisse difficilement ausculter (il est plus aisé d’évaluer une cloison en Placo™ qu’un mur pluricentenaire d’un mètre d’épaisseur). L’interprétation peut donner, pour une même habitation, des diagnostics aux résultats fort différents.
Le DPE étant une manne pour les entreprises de diagnostics (150 à 250 euros, en moyenne, le DPE), celles-ci fleurissent. Il faut former à la chaîne des intervenants et les certifier.
Premier souci : « Des organismes de formation et de certification auraient des liens structurels ou financiers. »
Deuxième souci : rapidement formés et donc mal formés parfois, les diagnostiqueurs font des erreurs. Voire s’arrangent avec le propriétaire pour classer le logement dans la catégorie supérieure à celle qu’il devrait avoir.
Une étude de 2024 « évalue à 1,7 % la part totale des DPE « anormaux », voire « de complaisance », que l’on pourrait soupçonner d’être manipulés » – soit environ 68.000 DPE.
Les écolos pour nous compliquer la vie
Les améliorations que propose la Cour des comptes consistent essentiellement en davantage de contrôle de l’État et de normatif. Une amélioration décisive ne serait-elle pas plutôt de rendre le DPE informatif (ce qu’il était à l’origine) ? L’acheteur ou le locataire disposerait d’informations susceptibles d’éclairer son choix et de négocier avec le vendeur ou le propriétaire sur des éléments factuels, en toute liberté.
On est loin d’une telle solution. La pression écologiste punitive continue de peser lourd dans nos vies quotidiennes.
Les défauts du DPE, on les connaissait déjà, mais le rapport de la Cour des comptes a cet avantage d’être le constat officiel d’un problème. Les avancées en faveur de l’environnement et du confort paraissent dérisoires par rapport à la somme d’emm…, de contraintes et d’effets pervers qui les accompagne, en plus de l’appauvrissement qu’elles suscitent. Une pierre de plus dans le jardin des écolos, après la suppression des ZFE et la reprise du chantier de l’A69… À ces Verts prompts à alerter sur la qualité de l’air, le peuple rétorque : laissez-nous respirer !