Nous republions ici un article totalement utopique de la RTBF qu’un de nos lecteurs nous a aimablement signalé.
Pour réduire les émissions de CO2, le « compte carbone individuel » est une piste dont on parle depuis longtemps. Le chercheur et professeur Hugues Bersini, propose de mettre ce compte en place grâce aux outils numériques et de confier la gestion de la transition écologique aux algorithmes. Une proposition simple mais radicale qu’il développe dans son dernier essai détonant « Pour un compte carbone individuel : des algorithmes au chevet de la Planète ». Il explique son point de vue au micro de Julie Morelle et Pascal Claude dans Le Monde en direct.
Par Fabienne Cullus
Le compte carbone individuel : une ancienne piste réactivée grâce à l’IA
Le compte carbone n’est pas une idée neuve. En revanche, Hugues Bersini estime qu’actuellement, les smartphones et les algorithmes rendent cette idée tout à fait applicable et même assez facilement applicable. Cela signifie que chacune et chacun d’entre nous disposerait d’un compte carbone avec un montant d’unités allouées en début d’année qui diminuerait en fonction de l’empreinte carbone de chaque consommation ou action. Ce compte individuel serait rendu possible par l’existence de dispositifs numériques liés au smartphone.
Concrètement, si on fait le plein d’essence, si on achète un billet d’avion, etc., cela diminuerait à chaque fois le montant du compte carbone, exactement comme le compte en banque.
« À un certain moment, vous arrivez à la limite et vous ne pouvez plus polluer. D’une certaine manière, vos systèmes, vos pollutions sont totalement interdites » explique Hugues Bersini.
Une idée simple, mais radicale…
Une solution à mi-chemin entre prise de conscience et contrainte technologique ?
Si on veut respecter les impératifs de la COP21 qui nous oblige à ne plus émettre de CO2 d’ici 2050, ou du moins de diminuer de 4/5 notre empreinte carbone, il est nécessaire de trouver des solutions.
« Aujourd’hui, nous envoyons chacun à titre individuel dix tonnes de CO2 dans l’atmosphère. On est obligé de ramener ces dix tonnes à deux tonnes. Alors, il y a énormément de leviers qu’on peut imaginer, mais je pense que le consommateur est un levier absolument déterminant et que le smartphone est notre meilleur allié. On voit bien que les gens passent la moitié de leur temps devant leur smartphone » précise le spécialiste de l’intelligence artificielle.
« Je pense que le consommateur aura le dernier mot en matière de transition climatique, parce qu’on sait bien que dans tous les scénarios de transition, la sobriété est de mise. Il n’y a pas le choix : il va falloir qu’on réduise, quels que soient les impacts technologiques, et quelles que soient les infrastructures qu’on développe. » affirme Hugues Bersini.
Mais c’est une chose de le décider consciemment et une autre d’y être contraint.
Actuellement, on sent que l’écologie n’est plus vraiment au goût du jour alors que tous les signaux sont au rouge.
« Si on veut que 2050 reste encore habitable pour nos enfants, je pense qu’il va falloir absolument se contraindre. Et donc, souvent, la conscience suffit. On a beaucoup de jeunes aujourd’hui qui ne conduisent pas et qui ne prennent plus l’avion, qui ne mangent plus de viande. Mais malheureusement, ils ne sont pas suffisamment nombreux. Pour ceux qui sont un tout petit peu plus récalcitrants, l’algorithme sera de mise » explique le chercheur.
La surveillance algorithmique au nom du climat : une avancée ou un recul des libertés ?
Le pouvoir des algorithmes fait peur quand il est aux mains de personnes qui, a priori, ne visent pas nécessairement la protection de l’environnement, mais plutôt le gain d’argent.
Pour Hugues Bersini, le dérèglement climatique et l’épuisement des ressources auront des conséquences qui vont entraver nos libertés, autant donc s’y prendre à l’avance et décider de notre propre chef. Mais cela nécessite des formes de légitimation du pouvoir des algorithmes différentes de celles d’aujourd’hui.
« Il faut que les citoyens soient informés, comprennent et éventuellement même participent de l’écriture de ces algorithmes » estime-t-il.
Selon Hugues Bersini,
« gouvernementalité algorithmique » et participation citoyenne vont naturellement de pair. « À partir du moment où ce pouvoir de contrainte est assez implacable, il faut le légitimer de manière différente. Mais surtout, je pense qu’il faut repenser l’implication citoyenne« .
Aux yeux du chercheur, l’intelligence artificielle doit servir la collectivité et les algorithmes représentent la meilleure manière de faire face aux crises.
Une réponse
1984 😟