(par Philbert Carbon dans IREF du
Au début des années 2000, la coalition gouvernementale des sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et du parti des Verts acte l’interdiction de construire toute nouvelle centrale nucléaire à partir de mi-2005, sans toutefois préciser à quel moment les unités en fonctionnement arrêteraient de produire. L’accident de Fukushima en 2011 accéléra les choses et le gouvernement d’Angela Merkel décida d’une sortie accélérée du nucléaire d´ici la fin 2022 (cela fut finalement fait à la mi-avril 2023). C’est ce qu’on a appelé le « Energiewende », c’est-à-dire le « tournant énergétique ».
Depuis le début de la guerre en Ukraine, sevrée du gaz russe, confrontée à une envolée des prix de l’énergie générant un problème de compétitivité globale de son industrie, l’Allemagne se mord les doigts d’avoir fait un tel choix.
C’est sans doute pourquoi le pays revient dans le jeu nucléaire. D’abord à bas bruit, en lançant en septembre 2023 un programme de soutien à la recherche sur la fusion nucléaire d’un milliard d’euros d’ici 2028 au bénéfice de l’Institut physique des plasmas Max Planck (IPP) à Garching et Greifswald, du Karlsruhe Institute of Technology (KIT) et du Centre de recherche de Jülich (FZJ). Puis, avec fracas en mars 2025 lors de la présentation du document commun rédigé par les conservateurs et les sociaux-démocrates en vue de former le gouvernement de coalition aujourd’hui au pouvoir. Il y est, en effet, écrit noir sur blanc, que l’Allemagne veut être « le premier pays au monde à construire un réacteur à fusion » à l’horizon 2040.
Bien sûr, la fission, à l’origine de l’énergie nucléaire actuelle, et la fusion sont des procédés très différents, avec l’avantage pour le dernier de pouvoir produire de l’énergie en grande quantité, de manière quasi-continue, sans générer beaucoup de déchets (également nettement moins radioactifs). Bref, ce serait l’énergie idéale.
Et la France ? Elle n’est pas mauvaise sur ce créneau de la fusion, pas seulement parce qu’elle abrite sur son sol l’« International thermonuclear experimental reactor » (ITER). Dernièrement, les chercheurs du CEA de Cadarache ont réussi à maintenir un plasma pendant 22 minutes. C’est un exploit, mais à ce jour la fusion nucléaire n’a pas encore atteint le « seuil d’ignition », c’est-à-dire le moment où la réaction produit autant ou plus d’énergie qu’elle n’en a consommé.
En attendant ce moment, il est raisonnable de continuer à miser sur la fission classique. Malheureusement, comme l’IREF l’a montré il y a quelques mois, l’État ne fait pas le nécessaire pour que le succès économique du programme EPR soit au rendez-vous. Comme l’a écrit notre expert Vincent Bénard, « Au vu des sommes engagées et des enjeux pour l’avenir du pays, c’est une faute grave ».
Une faute d’autant plus grave que le reste du monde redécouvre tout l’intérêt de l’énergie nucléaire. Le commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, n’a-t-il pas déclaré il y a quelques jours que « « L’Europe n’atteindra pas ses objectifs climatiques sans le nucléaire » ? Et la Banque mondiale ne vient-elle pas de signer un partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans l’objectif de financer des centrales nucléaires dans les pays en développement ?