
T&E – Les renouvelables intermittents, éolien et solaire, présentent des avantages certains et également des inconvénients comme toutes les sources d’énergie. Les évolutions erratiques des prix de l’électricité en apportent la démonstration tout comme la fragilisation des réseaux. Comment se fait-il qu’il y ait eu pendant autant d’années un déni de réalité sur les renouvelables intermittents, en France et en Europe, et qu’on commence seulement à reconnaître les problèmes qu’ils posent?
P.C. – Je voudrais insister sur l’évolution de l’opinion sur ces sujets même si elle n’est pas forcément partagée par le gouvernement. C’est tout particulièrement le cas sur les énergies renouvelables intermittentes. Il y a une évolution d’abord des tribunaux et de la jurisprudence. Ils sont préoccupés maintenant par la saturation des zones géographiques du fait du grand nombre d’éoliennes et la protection de la biodiversité.
Il y a aussi une prise de conscience du public, même si elle est difficile à quantifier, et des médias. Cela est notamment lié à mon sens à la compréhension de l’impact des intermittents sur le prix de l’électricité qui est considéré à juste raison comme trop élevé. Plus il y a d’éoliennes et de capteurs solaires, plus l’État est obligé de payer des indemnités différentielles, la différence entre les prix garantis qui sont élevés et les prix de marché, et cela se répercute sur le consommateur.De la même façon, les réseaux reliés à l’éolien et au solaire sont extrêmement ramifiés parce que les équipements sont dispersés dans toute la France et cela coûte très cher. C’est à la charge de RTE, le Réseau de transport d’électricité, et le consommateur paye à la fin.
Il y a un vrai problème. Il est d’autant plus grave que l’avenir de l’industrie française et européenne est en jeu. Entre la France, l’Europe et les États-Unis, la différence de prix de l’énergie pour les industriels est de 1 à 3 en notre défaveur. On n’en était pas très conscient il y a trois ans, mais la fraction éclairée de l’opinion commence à le comprendre.
T&E – C’est d’autant plus incompréhensible que la France n’a pas besoin d’une production électrique massive provenant de nouveaux équipements renouvelables intermittents puisqu’elle a une consommation stagnante et une production très largement excédentaire avec des records d’exportation. Et cette production est décarbonée à 95 % !
P.C. – Juste une remarque sur les exportations, il y a peut-être des naïfs pour imaginer que cela est une bonne chose pour notre balance commerciale. Mais pas du tout. Les exportations se font à des prix de braderie et quand les éoliennes tournent à plein. Nous nous retrouvons avec une production qui dépasse largement les besoins français et vendons notre production excédentaire à n’importe quel prix. Ce système revient à subventionner …
