La bulle hydrogène a éclaté et… c’est finalement une bonne chose

L’hydrogène décarboné a été victime d’une bulle spéculative au même titre que l’internet à la fin du siècle dernier ou l’AI aujourd’hui. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’un vecteur d’énergie qui présente des avantages considérables pour décarboner de nombreuses activités, mais qu’en faire un écosystème compétitif nécessite des années et surtout des projets réalistes. Le tri est en train d’être fait entre les rêves éveillés et des investissements sérieux adossés à des processus industriels existants, à des coûts acceptables et avec un vrai marché. Pour devenir crédible, l’écosystème de l’hydrogène bas carbone n’a pas besoin d’un millier de projets grandioses mais de quelques dizaines qui réussissent.

La transition énergétique comme toutes les ruptures économiques et technologiques est marquée par des périodes d’engouement et d’euphorie irrationnelles et de la même façon de rejets tout aussi excessifs. Tout cela est la conséquence de la recherche absurde de solutions miracles. Elles n’existent pas. L’hydrogène apporte une parfaite illustration de ce travers. Dans sa version décarbonée, hydrogène vert, il a été considéré il y a quelques années comme une réponse à tous nos problèmes ou presque : le stockage de l’électricité, la décarbonation des transports lourds sur longue distance, le substitut aux combustibles fossiles dans l’industrie lourde et le moyen de produire en masse des carburants synthétiques décarbonés.

Toutes ces possibilités pourront éventuellement se concrétiser un jour. Mais il faudra entretemps construire de toutes pièces une filière industrielle planétaire compétitive avec des technologies matures. Rien de cela n’existe et n’est pas près d’exister demain. L’hydrogène vert reste pour un grand nombre d’usage le seul substitut possible aujourd’hui aux combustibles fossiles, mais il est fabriqué en très petites quantités et à des coûts exorbitants. Faute de marchés et de clients, de nombreux projets annoncés en fanfare il y a quelques années ont été abandonnés. Et c’est finalement une bonne nouvelle. Car ne subsistent et ne subsisteront que les projets économiquement et techniquement réalistes. Si l’économie de l’hydrogène se construit un jour, ce sera comme cela. Pas avec des rêves éveillés et des impulsions de technocrates et de politiques totalement étrangers aux réalités de la production.

La demande n’existe pas

Premier constat, entre 2021, quand la fièvre de l’hydrogène s’est emparée des gouvernements et des médias (y compris de Transitions & Energies), et aujourd’hui, la demande en hydrogène bas carbone n’a pas vraiment décollé. Elle représentait un peu moins d’un million de tonnes en 2023 sur une demande mondiale totale de 97 millions de tonnes produite en écrasante majorité avec du gaz et du charbon. Le rapport Hydrogen Insights 2024 souligne que la capacité mondiale de production d’hydrogène vert ayant franchi le stade de la décision finale d’investissement a bien été multipliée par sept en quatre ans. C’est vrai. Mais cela reste très modeste : environ 20 GW d’électrolyseurs à l’échelle mondiale.

En Europe, 3 GW de capacité d’électrolyse ont franchi le cap de la décision finale ce qui devrait permettre de produire environ 415.000 tonnes d’hydrogène renouvelable par an. L’hydrogène bleu, technologie plus compétitive passant par la capture du carbone après production de l’hydrogène avec du gaz, n’a vu qu’environ 400.000 tonnes par an atteindre le stade de la décision finale tandis que plus de 1,4 million de tonnes par an de projets ont été annulés. De grandes idées qui n’ont pas survécu à la feuille de calcul et aux réalités économiques.

Des projets plus ancrés dans la réalité

Mais ce n’est pas une raison pour tirer un trait sur l’hydrogène bas carbone, qu’il soit vert ou bleu. Car les projets qui vont de l’avant sont mieux pensés, plus ancrés dans la réalité et contribuent véritablement à la décarbonation.

Prenons l’exemple du projet Yuri d’Engie à Pilbara, en Australie occidentale, qui a obtenu la décision finale d’investissement en septembre 2022. La première phase comprend un électrolyseur de 10 MW alimenté par 18 MW d’énergie solaire et soutenu par une batterie …

 

 

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2 réponses

  1. L’avenir de l’hydrogène est lié à sa production bon marché par dissociation directe de la vapeur d’eau dans des réacteurs nucléaires de nouvelle génération Très Haute Température. Tant que ceci ne sera pas compris son développement sera nul. Sa meilleure utilisation sera alors dans des véhicules à moteur à explosion traditionnels à peine modifié et peu coûteux.

    1. Decarboner est une ânerie sans nom. Ce ne sert à rien.
      Quant à l’hydrogène, même produit bon marché – ce qui est loin d’être le cas – c’est un vecteur d’énergie qui manque de praticité. Il faut le comprimer à 350 bars et garantir l’étanchéité. Rien que le travail de compression coûte le tiers de l’énergie stockée.
      Il n’y a oas d’avenir dans les transports à hydrogène, il restera un gadget à la mode pour des activistes écolos mais un outil indispensable pour l’industrie spatiale.

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