Le champion français et même européen de l’électricité et du nucléaire est face à un mur d’investissements. Il est évalué par la Cour des comptes à 460 milliards d’euros d’ici 2040.
Sans une augmentation durable de sa rentabilité, affaiblie depuis des années par les injonctions contradictoires de l’Etat et les politiques énergétiques irresponsables des gouvernements successifs, EDF sera incapable de financer de tels investissements. Seul l’Etat peut remettre l’entreprise publique sur les rails. Il dispose de deux leviers : celui des prix de l’électricité et celui du dividende représentant 50% de ses profits que lui verse chaque année l’énergéticien. Mais il faut être capable de prendre des décisions courageuses et responsables…
Le modèle économique d’EDF est devenu intenable. Tel est en substance la thèse d’un rapport de la Cour des comptes commandé par la commission des finances de l’Assemblée nationale et rendu public le 24 septembre. Affaibli par deux décennies d’injonctions contradictoires de l’Etat, de sous investissements et d’une politique énergétique incohérente et irresponsable, le champion français et même européen de l’électricité et du nucléaire est en danger.
La Cour appelle enfin à « une répartition claire de l’effort financier» entre l’Etat, EDF et les consommateurs d’électricité.
Utilisée par les gouvernements comme un outil d’exécution de leurs décisions politiques au jour le jour, une entreprise ne peut pas être gérée comme cela.
- Elle ne peut pas changer de perspective du jour au lendemain et passer de la fermeture programmée de 14 réacteurs nucléaires à la construction de six et même quatorze nouveaux réacteurs.
- Elle ne peut pas être utilisée pour financer le bouclier tarifaire sur l’énergie en lieu et place de l’État…
Aujourd’hui, sa rentabilité est trop diminuée pour lui permettre de financer à la fois la prolongation de vie de son parc nucléaire, la construction d’une série de nouveaux réacteurs EPR2, la modernisation d’une partie des équipements hydroélectriques et de son réseau de distribution (Enedis), une présence sur les marchés internationaux, des investissements dans les renouvelables et le développement des petits réacteurs modulables (SMR).
Et tout cela en fournissant en France, aux ménages comme aux entreprises, une électricité abondante, sûre, décarbonée et surtout bon marché.
Recentrer la stratégie
Pour la Cour des comptes, il est impératif qu’EDF clarifie et recentre rapidement sa stratégie, maîtrise ses coûts, sécurise les chantiers en cours et renforce l’évaluation économique des projets.
Il s’agit justement des transformations que cherche à imposer le nouveau Pdg d’EDF, Bernard Fontana. Entré en fonction en avril, il s’est donné comme priorité de mettre enfin la relance du nucléaire sur les rails, de réorganiser la gouvernance de l’entreprise, de faire des économies de fonctionnement et d’avoir une approche plus sélective des investissements à l’international, notamment dans les renouvelables.

Source: Cour des comptes d’après données EDF. * Hors production EnR sous obligation d’achat.
Une rentabilité des capitaux investis qui s’est effondrée
Il y a urgence. Car « lesté » de 54 milliards d’euros de dettes à fin 2024,
« EDF fait face à la perspective d’un programme d’investissement dont le montant pourrait atteindre, sous toutes réserves, jusqu’à 460 milliards d’euros sur les années 2025 à 2040 ».
Un mur d’investissements que le groupe public est …