La date du pic pétrolier, le maximum de la consommation mondiale de pétrole, et ensuite de son reflux plus ou moins rapide et dramatique agite les experts, les prévisionnistes et les prophètes de l’apocalypse depuis 70 ans. Ils se sont toujours trompés…
Pour preuve, l’Agence internationale de l’énergie et plus récemment encore TotalEnergies et le cabinet Wood Mackenzie viennent de le retarder à nouveau autour de 2040, voire 2050. Le déclin de la consommation d’hydrocarbures en volume, pas en pourcentage de la demande mondiale d’énergie, n’est pas pour demain, mais pour après-demain. La faute à une électrification des usages, notamment dans les transports lourds sur longue distance et dans l’industrie, qui tarde à se matérialiser. Illustration supplémentaire, le pays hôte de la COP30, qui se tiendra du 10 au 21 novembre au Brésil, investit massivement dans l’exploitation pétrolière.
TotalEnergies a publié le 4 novembre la 7ème édition de ses propres scénarios sur l’évolution de la demande mondiale d’énergie. De Rystad à McKinsey en passant par Wood Mackenzie, BP, Shell, ExxonMobil, l’OPEP et évidemment l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il y a pléthore de ses scénarios. La compagnie pétrolière française présente elle aussi trois hypothèses qui finalement n’ont rien de très originales.
La première baptisée Trends, prolonge les tendances actuelles. Elle prévoit un réchauffement mondial compris entre 2,6 et 2,8 °C d’ici la fin du siècle. Une autre appelée Momentum s’appuie sur une accélération des politiques de transition énergétique. Dans ce cas, le réchauffement climatique serait de 2,2 à 2,4 °C en 2100. Enfin, Rupture qui s’incrirait dans la perspective de l’accord de Paris, verrait une augmentation des températures comprise entre 1,7 et 1,9 °C, toujours à la fin du siècle.
Mais ce n’est pas l’hypothèse qui semble la plus probable. Elle « supposerait une énorme coordination au niveau mondial », selon les propres mots de Patrick Pouyanné, le Pdg de TotalEnergies. Et
« vu la fracturation géopolitique, la probabilité de succès diminue en ce moment. La coordination mondiale n’est pas la planète sur laquelle nous vivons depuis quelque temps».

Source: TotalEnergies Energy outlook 2025.
Coincidence, le cabinet Wood Mackenzie a rendu public le 5 novembre une mise à jour de son étude Energy Transition Outlook (Perspective de la transition énergétique). Il parvient à la même conclusion, le rythme de la transition énergétique est bien plus lent que celui espéré et même attendu par la plupart des organisations internationales impliquées.
« Les combustibles fossiles sont largement disponibles, compétitifs en termes de coûts et profondément ancrés dans le système énergétique », souligne le cabinet américain.
Il rappel que des milliers de milliards de dollars ont été investis dans la transition, mais que le pétrole, le charbon et le gaz naturel continuent de satisfaire 80% des besoins mondiaux en énergie primaire. Et ce sera le cas tant qu’il n’y aura pas une accélération des investissements dans la transition que Wood Mackenzie chiffre pour parvenir à une décarbonation de l’économie mondiale à pas moins de 4.300 milliards de dollars par an d’ici 2060. Wood Mackenzie considère aussi que la demande mondiale de pétrole devrait continuer à augmenter au moins jusqu’en 2032, avant de stagner ensuite pour une longue période avant de commencer à décroître.
Une quasi-stagnation à haut niveau de la consommation de pétrole
C’est la partie sur le marché pétrolier qui est aussi la plus intéressante dans le travail de prospective de TotalEnergies. C’est aussi ce que la compagnie connait le mieux. Et elle rejoint dans ce domaine les évaluations les plus récentes de Wood Mackenzie et des autres. A savoir, que la consommation mondiale de pétrole ne devrait pas diminuer avant 2040 dans le scénario Trends considéré comme le plus probable. Elle se situerait alors à 108 millions de barils par jour à comparer à 103 millions de barils en 2024 selon les chiffres de TotalEnergies. On serait en fait dans une quasi-stagnation à haut …