(Atlantico le 30/12/25)
L’année 2025 aura été celle d’un retour assumé au réalisme énergétique. Tout au long de cette année, Atlantico a mis en évidence que la transition énergétique idéologique de l’Union européenne se heurte de plein fouet à la réalité économique, industrielle et géopolitique. Industriels et marchés ont convergé vers une même boussole : la sécurité d’approvisionnement redevient structurante, tandis que des prix de l’énergie durablement élevés dans l’Union européenne deviennent insupportables. Ce constat a marqué l’essoufflement du Pacte vert européen.
Le désenchantement du Pacte vert européen
De 2019 à 2024, il était politiquement et médiatiquement impossible de critiquer le Pacte vert sans être aussitôt marginalisé. Cette chape de conformisme a conduit l’industrie européenne à « baisser la tête » et à accepter des contraintes qui ont progressivement miné sa compétitivité, et pas seulement pour l’industrie automobile.
Dans le même temps, la demande mondiale d’énergie, portée par la croissance asiatique, est restée structurellement dépendante des énergies fossiles, tandis que les énergies renouvelables n’ont constitué qu’un appoint, incapable de se substituer aux hydrocarbures et au charbon. La croissance de la demande de cette dernière source d’énergie à l’échelle mondiale ne surprend que les rêveurs verts.
A la fin de 2025, beaucoup ont enfin entendu ce que certains répétaient depuis longtemps : les énergies fossiles représentent toujours 87 % de la demande mondiale d’énergie primaire, tandis que l’éolien et le solaire photovoltaïque n’en couvrent qu’environ 3 %. Inaudible avant 2025, ce constat est désormais impossible à nier.
Cette réalité a mis à nu, en 2025, le décalage entre le discours occidental sur la « sortie des fossiles » et la trajectoire réelle du système énergétique mondial, où la priorité des pays émergents demeure la croissance et l’accès à une énergie abondante et bon marché. Même l’AIE, qui a longtemps trompé les médias depuis le « désaccord de Paris », a dû se ressaisir tant sa position devenait grotesque.
Dans ce contexte, les hydrocarbures demeurent l’ossature du système énergétique mondial. Le gaz a confirmé son rôle de pivot de flexibilité, notamment au sein de l’Union européenne, où il soutient l’équilibre d’un mix de plus en plus variable. La carte du GNL s’est encore densifiée, renforçant la liquidité des échanges.
En parallèle, les énergies renouvelables ont poursuivi leur expansion, portées par la baisse des coûts des installations solaires et par une filière éolienne offshore de plus en plus compétitive. Mais l’année 2025 a mis toujours plus en lumière le goulet d’étranglement que constituent les réseaux électriques : les coûts de production de l’électricité aux bornes des générateurs intermittents et variables ont beau diminuer, le prix pour le consommateur ne cesse d’augmenter. Plus la part d’électricité intermittente croît, plus le réseau se déséquilibre — et plus la facture du consommateur grimpe.
Si l’Arcom souhaite pénaliser ceux qui énoncent cette vérité, sachons être reconnaissants envers ceux qui, comme Atlantico , prennent encore le risque de la dire.
Autre marqueur de 2025 : le retour en grâce du nucléaire. La prolongation des réacteurs existants, la clarification des cadres de financement et le lancement de nouveaux projets mondiaux ont renforcé la visibilité à long terme du secteur. Les SMR progressent sur les plans réglementaire et industriel, même si leur déploiement commercial demeure au mieux à moyen terme. Le message central est prudent, mais explicite : le traité Euratom avait raison, dès 1958, d’affirmer que nous avions besoin de l’électricité nucléaire — dite alors « atomique » — pour « l’élévation du niveau de vie dans les États membres ». Nous n’avons pas besoin de l’électricité nucléaire pour la décarbonation, mais bien pour la qualité de vie des citoyens.
La fracture entre le discours climatique et la réalité énergétique mondiale
Je me réjouis de voir l’expression « énergie abondante et bon marché » reprise de plus en plus souvent. Je ne l’ai pas inventée — elle figurait déjà dans la résolution de Messine (1955), portée par les pères fondateurs de l’Union européenne. J’ai simplement contribué à la remettre au goût du jour, et elle trouve désormais un écho bien au-delà de l’Europe, jusqu’à Washington.
On vient d’apprendre qu’en France, l’homme politique dont on a le plus parlé cette année est Donald Trump. Et pour cause : en onze mois, il a transformé la scène internationale, rebattu les cartes de la géopolitique et eu le mérite de rompre avec le langage diplomatique hypocrite qui faisait que le citoyen prenait, selon l’expression imagée, des vessies de l’énergie pour des lanternes.
Donald Trump n’a pas réalisé de révolution énergétique, mais bien une révolution de communication. Il a affirmé haut et fort que le monde ne se passera pas des énergies fossiles et que les énergies renouvelables ne sont qu’un gadget. Rappelez‑vous comment, le 27 juillet 2025, sur son terrain de golf à Turnberry en Écosse, il a humilié Ursula von der Leyen en expliquant à un journaliste — sans même tourner le regard vers la présidente médusée de la Commission européenne — combien il est absurde de croire que les éoliennes constituent une solution énergétique.
Nous sommes nombreux à le dire depuis des années, mais sans bénéficier de l’écoute des médias subventionnés ni encore moins de celle des responsables politiques. Nous ne l’avons toujours pas, mais cela ne saurait durer : la révolution de communication de Donald Trump s’étendra, et chacun finira par comprendre l’arnaque financière des énergies renouvelables, même si le simple fait de le dire expose encore aujourd’hui à des sanctions.
Car il faut regarder la réalité géopolitique énergétique en face : en 2025, chaque jour a vu se décider des milliards de dollars d’investissements destinés à produire davantage de pétrole, de gaz naturel et de charbon, ainsi qu’à développer les infrastructures nécessaires à leur transport — notamment le gaz naturel liquéfié — et à leur utilisation. Les médias européens subventionnés ont beau avoir passé cette réalité sous silence, les décisions sont prises, et ces investissements produiront leurs effets pendant des décennies.
La consommation d’énergies fossiles va croître, et c’est pourquoi, au Qatar, en Australie, aux États-Unis, comme partout en Afrique, on investit massivement dans les énergies fossiles. Même en Israël, avec des capitaux arabes ou azerbaïdjanais, le gaz de la mer du Levant est en plein essor.
Le basculement du pouvoir énergétique mondial
Cette poursuite d’une hégémonie sans partage pénalise l’Union européenne, seule à se saborder pour une illusoire décarbonation du monde. En creux, elle renforce la domination des acteurs pragmatiques — États-Unis, Qatar, pays du Golfe, Australie, grandes économies asiatiques, etc. D’ailleurs, l’offre est désormais si abondante que le prix du baril de Brent est passé de 73 $ le 26 décembre 2024 à 61 $ aujourd’hui, soit une baisse de 16 % jour pour jour. Le prix du gaz sur le marché TTF d’Amsterdam a, lui aussi, chuté de 40 % sur la même période.
Vladimir Poutine s’est trompé en pensant qu’il tenait l’Union européenne grâce à son gaz naturel. En 2025, celui-ci est devenu encore plus abondant et concurrentiel, ce qui a permis à l’UE à diversifier ses sources d’approvisionnement. Mais l’Union européenne s’est elle aussi trompée : elle n’a pas réussi à empêcher la Russie de vendre ses hydrocarbures. Ses sanctions ont été contournées, car le monde a soif de pétrole et de gaz, et l’Asie a largement profité des embargos et des mesures européennes. L’énergie, indispensable au fonctionnement du monde, est aujourd’hui disponible, abondante et moins chère.
En 2025, l’obsession climatique de l’Union européenne, facteur de fragilisation stratégique, a commencé à se fissurer à Bruxelles comme à Strasbourg. Mais il est encore trop tôt pour en officialiser l’échec. L’Union européenne n’a pas compris que la géopolitique de l’énergie, qui continue de dominer le monde comme auparavant, fait que, malgré trente années de politiques climatiques et trente COP, les émissions mondiales de CO ont augmenté de 65 %. Elle n’est pas près de l’admettre tant que l’Allemagne refusera de reconnaître l’échec retentissant de son « EnergieWende ». Quant à Ursula von der Leyen — Allemande — elle ne le reconnaîtra pas davantage, même s’il est peu probable qu’elle l’ignore : Donald Trump sans doute n’a pas manqué de le lui dire ouvertement.
La domination allemande poursuit son œuvre destructrice : l’effondrement de l’Union européenne est en cours et se prolongera jusqu’aux prochaines élections du Parlement européen.