« Un territoire sacré » : dans le Morbihan, la contestation s’intensifie contre le parc éolien flottant Bretagne Sud

Sur la plage de Kerhilio, à Erdeven, ou dans les salles communales de Saint-Pierre-Quiberon, la contestation s’organise face à un parc éolien flottant Bretagne Sud déjà déclaré d’utilité publique, soutenu par l’État et la région Bretagne, et promis à une mise en service autour de 2031-2032. Des centaines de riverains, d’élus, d’associatifs et de pêcheurs dénoncent une « défiguration » annoncée de l’horizon, un « rouleau compresseur » administratif et un pari industriel jugé coûteux et incertain dans un pays dont la production électrique est déjà largement décarbonée.

Un parc géant au large de Belle-Île

Le projet Bretagne Sud prévoit l’installation de treize éoliennes flottantes à une vingtaine de kilomètres des côtes morbihannaises, au large de Groix et Belle-Île-en-Mer, pour une première tranche annoncée à 250 mégawatts, selon France 3. Elles culmineraient à près de 300 mètres de hauteur, soit l’ordre de grandeur de la tour Eiffel, et seraient reliées à la terre par des câbles sous-marins qui doivent notamment atterrir sur la plage de Kerhilio.

Selon les promoteurs, cette première série de turbines couvrirait la consommation électrique d’environ 450.000 personnes, soit 13 % de la population régionale, avant une seconde salve déjà envisagée qui porterait le nombre total de machines à plusieurs dizaines dans le même périmètre. Le consortium Pennavel, lauréat de l’appel d’offres, associe des acteurs européens pour construire ce qui doit devenir le premier parc éolien flottant de Bretagne sud.

« Territoire sacré » et horizon menacé

« À chaque fois que je passe au large d’Erdeven, j’ai le souvenir des cris de joie des enfants. Comment peut-on gâcher un tel paysage, un endroit où des milliers d’enfants ont découvert la mer et se sont jetés dans les vagues ? Pour moi, c’est un territoire sacré », résume le navigateur Eugène Riguidel, interviewé par France 3.

Sur la plage de Kerhilio, près de 400 personnes se sont rassemblées pour protester contre le futur parc éolien flottant Bretagne Sud et l’atterrage des câbles, à l’appel du collectif Gens de Bretagne.

« C’est une des plus belles plages de Bretagne sud, c’est insupportable. C’est un projet absurde », affirme la porte-parole Anicette Jacopin, en estimant que « toute l’économie du territoire va être impactée : la pêche, le tourisme, les commerces ».

Dans les réunions publiques, les associations dénoncent une « défiguration » de l’horizon maritime, présenté comme l’un des symboles les plus forts de l’identité locale, et « l’effacement d’un patrimoine naturel et culturel transmis de génération en génération », selon le site Tameteo.com. Les élus évoquent un paysage « massacré » et un décor qu’ils disent avoir volontairement préservé de la construction en hauteur, à rebours de ce qu’ils qualifient aujourd’hui d’« usine éolienne », rapporte France 3.

Un projet jugé décidé « d’en haut »

Les opposants dénoncent une concertation limitée à des instances de suivi où les grandes lignes ne seraient plus discutables, les décisions centrales ayant été prises par l’État dès 2021 dans le cadre de la stratégie de souveraineté énergétique.

« Depuis le départ, nous ne sommes pas entendus »,

déplorent les maires des communes concernées, cités par France 3, alors qu’ils rappellent avoir multiplié les avis défavorables et les demandes d’éloignement significatif de la zone de construction vers le large. La communauté de communes de Belle-Île-en-Mer s’est prononcée contre le projet, jugeant impossible d’accepter des machines de 300 mètres dans le paysage après avoir limité la hauteur des constructions sur l’île.

Le conseil départemental du Morbihan a voté une motion invitant l’État à revoir la localisation du parc, tout en reconnaissant « le caractère indiscutable de l’éolien en mer, dans la constitution du mix énergétique français », selon Ouest-France.

« L’organisation d’un débat, dont le coût s’est établi à un million d’euros, alors que tout serait ficelé à l’avance, est évidemment inacceptable », souligne le président du département, en parlant de « saccage annoncé des paysages emblématiques de Belle-Île-en-Mer ».

Un pari industriel et énergétique contesté

« Au départ, on n’était pas opposés au projet de l’éolien flottant mais vu la proximité et le gigantisme annoncés, ce n’est pas acceptable »,

regrette le maire de Palais à Belle-Île-en-Mer, selon France 3. Pour les associations, l’ampleur industrielle du parc, son extension prévue et l’ancrage des structures en milieu marin profond font peser un risque majeur sur les fonds marins, les coraux et la langoustine, ainsi que sur la pêche côtière déjà fragilisée.

Des études évoquées par les collectifs mettent en avant l’impact des ancrages, des câbles et des nuisances sonores sous-marines sur les écosystèmes marins et la biodiversité. Les pêcheurs craignent de voir leurs zones de travail durablement perturbées, avec des conséquences économiques et sociales pour les ports du secteur, rapporte Breizh-Info.

Sur le terrain énergétique, les associations rappellent que la production française repose déjà sur un mix largement décarboné, dominé par le nucléaire et l’hydraulique. Elles jugent que les promesses de rendement électrique des parcs éoliens sont souvent inférieures aux annonces initiales, et que l’apport intermittent de nouvelles capacités flottantes compliquerait l’équilibre du réseau sans bénéfice climatique déterminant.

Une contestation appelée à durer

« Nous soutenons le projet, mais pas à n’importe quel prix », rappelle le vice-président de la région Bretagne chargé de la mer dans France 3, en posant comme conditions le respect de la pêche, de la biodiversité, des paysages et de l’économie locale.

Tandis que la Région invoque l’urgence de réduire la dépendance aux énergies fossiles, les collectifs Gens de Bretagne et Gardiens du Large annoncent de nouvelles actions et recours, et le Département du Morbihan réaffirme son opposition à la localisation retenue, rapporte Ouest‑France.

« L’objectif demeure inchangé : obtenir l’abandon pur et simple du projet éolien flottant Bretagne-Sud »,

conclut Breizh-Info, pour qui la polémique pose désormais la question du rapport entre décisions technocratiques, souveraineté locale et avenir des territoires maritimes bretons.

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