(Par Henry Bonner dans La Chronique Agora du 30/1/26)
Records de production, parts de marché en hausse, communication triomphante : la transition énergétique européenne affiche de bons chiffres. Mais derrière ces indicateurs se cache une réalité moins flatteuse, faite de subventions massives, d’efficacité en baisse et de pertes industrielles croissantes, illustrées par la situation de Stellantis.
Dans les énergies renouvelables comme dans l’automobile électrique, les médias mettent en avant des hausses de production ou de ventes en Europe. En revanche, ils passent largement sous silence un élément central : la dépendance quasi totale de ces « succès » aux subventions publiques et aux contraintes réglementaires.
Énergies renouvelables : des records trompeurs
La production d’électricité renouvelable atteint effectivement des records, en Europe comme en France. Un rapport du think tank Ember, consacré à la génération électrique sur le continent, souligne la hausse des parts de production des renouvelables en 2025. L’éolien et le solaire représentent désormais 30 % de l’électricité produite, contre 29 % pour l’ensemble charbon, gaz et pétrole.
Le graphique du rapport montre l’évolution des différentes sources d’électricité sur dix ans.

Un second graphique détaille les variations entre 2024 et 2025. On y observe notamment une reprise de la consommation de gaz en 2025, utilisée pour stabiliser les réseaux face à l’intermittence croissante des renouvelables. En Espagne, par exemple, cette hausse est liée aux mesures de sécurisation du réseau après des coupures de courant.

Comme le montrent ces données, la forte accélération des installations, combinée à une année favorable en matière d’ensoleillement, permet au solaire d’afficher une croissance spectaculaire. En revanche, la production éolienne et hydroélectrique recule en 2025, principalement pour des raisons météorologiques, selon le rapport.
Résultat : malgré l’augmentation des capacités installées, la part totale des renouvelables dans la production électrique européenne stagne en 2025 par rapport à 2024.

Plus d’énergies renouvelables, moins d’efficacité
En France, le think tank gouvernemental Observ’ER souligne l’envolée des installations de panneaux solaires en 2025. En théorie, une telle dynamique devrait se traduire par une forte hausse de la production. Or, les chiffres racontent une autre histoire.
En 2024, la production d’électricité renouvelable progresse de seulement 8 %, alors que les capacités installées augmentent de 24 %. Autrement dit, l’efficacité du système se dégrade.
La multiplication des capacités entraîne davantage d’interruptions de production, en raison de prix négatifs sur les marchés ou de saturations du réseau. Comparé à l’hydroélectricité, le solaire illustre parfaitement ce déséquilibre : avec 10 % de capacités installées en moins, l’hydroélectrique produit pourtant trois fois plus d’électricité que le solaire.
Le développement des renouvelables repose ainsi de plus en plus sur une explosion des subventions publiques, tandis que leur rendement marginal diminue à mesure que les capacités augmentent.
Voitures électriques : une relance artificielle
Le même phénomène se retrouve dans l’automobile. En France, le retour des subventions à la location de voitures électriques pour les particuliers a provoqué un rebond des ventes en fin d’année, selon les données de la Plateforme automobile française.
Comme pour les renouvelables, cette activité subventionnée donne l’illusion d’un succès structurel. La part des véhicules électriques dans les ventes passe de moins de 25 % au premier semestre 2025 à 29 % en septembre, puis dépasse 30 % au dernier trimestre.
Selon les médias, le soutien public à la location de 50 000 véhicules électriques représente un coût budgétaire de 350 millions d’euros en 2025, soit environ 7 000 euros par voiture.
En clair, la hausse des ventes repose sur des subventions massives ou sur des achats contraints par des quotas et des amendes imposées aux entreprises.
L’une des causes majeures reste l’écart de prix. D’après la Plateforme automobile, le prix moyen d’une voiture électrique neuve atteint 43 000 euros, contre 25 600 euros pour une voiture à essence.
Les formules de location posent en outre un problème durable sur le marché de l’occasion. Au Royaume-Uni, par exemple, les véhicules thermiques conservent environ 50 % de leur valeur après cinq ans, contre seulement 20 % pour les voitures électriques. Cette chute de valeur entraîne des pertes à la fois pour les consommateurs lors de la revente et pour les concessionnaires lors de la reprise des véhicules en fin de contrat.
Stellantis : l’addition commence à tomber
Les milliards d’euros investis dans la conversion des usines à la production de véhicules électriques se traduisent désormais par des dépréciations d’actifs.
Comme l’explique Emanuele Cappellano, président de Stellantis pour les activités européennes, dans une interview aux Échos, la demande dépend avant tout des subventions, et non d’une préférence spontanée des consommateurs.
La menace persistante d’amendes réglementaires — même temporairement reportées — a poussé les constructeurs à investir à perte dans l’électrique. Le dirigeant résume ainsi le dilemme auquel ils sont confrontés :
« Les contraintes réglementaires et fiscales obligent les constructeurs à fixer le prix des véhicules électriques avec une marge négative. C’est vraiment difficile : si vous voulez être en conformité, vous devez perdre de l’argent. Aujourd’hui, le choix est le suivant : soit je paie une amende, soit je perds de l’argent en vendant des véhicules neufs. »
Les investisseurs attendent désormais de connaître l’ampleur exacte des pertes liées à ces investissements lors de la publication des résultats 2025 de Stellantis.
Selon Boursier, UBS estime que le groupe, propriétaire notamment de Peugeot et Jeep, pourrait annoncer jusqu’à 5 milliards d’euros de charges exceptionnelles. D’après la banque suisse, citée par Bloomberg, ces dépréciations pourraient dépasser les prévisions et conduire Stellantis à publier ses résultats annuels de manière anticipée.
Une communication déconnectée des réalités
Malgré ces signaux d’alerte, de nombreux médias continuent de promouvoir une vision optimiste du tout-électrique. Le site Frandroid affirme ainsi :
« En France, la part de marché du 100 % électrique a atteint un record de 26 % en novembre 2025. Soit plus d’une voiture neuve sur quatre. Si la demande n’était pas ‘naturelle’, elle se serait effondrée avec la baisse des aides. Or, elle se structure. »
Pourtant, la hausse observée en fin d’année coïncide précisément avec le retour des subventions à la location. Elle résulte donc davantage d’un soutien public que d’un choix libre des consommateurs.
Le soutien au programme du tout-électrique s’explique aussi par les espoirs de gains futurs de certains constructeurs. Mercedes, Volvo et Ford figurent parmi les signataires d’une résolution de l’ONU en 2021 en faveur de l’électrification totale. Plus récemment, l’association des constructeurs européens a même demandé un renforcement des amendes infligées aux entreprises afin d’accélérer la conversion des flottes.
Face à la déception des ventes et à l’ampleur des pertes, ce programme commence toutefois à être remis en question au sein même de l’industrie.
Que ce soit dans les renouvelables ou dans l’automobile électrique, une partie des médias continue ainsi d’entretenir l’illusion d’une réussite, alors même que celle-ci repose largement sur des subventions, des contraintes réglementaires et une dégradation de l’efficacité économique.
2 réponses
On note également sur 10 ans une légère baisse de la part du nucléaire.
Mais il ne faut pas non plus s’y tromper.
Cette baisse est sans aucun doute due à la priorité donnée à la production de l’éolien et au salaire nettement plus chère et pas moins décarbonée, entrainant une usure accélérée des centrales nucléaires du fait des variations dans leur fonctionnement et par la même des frais supplémentaires d’entretien. En un mot: la double peine
Oui c’est ça. Et plus le facteur de charge des centrales nucléaires baisse sous la pression des renouvelab’ et plus les tarifs du kWh montent.
On remplace l’électricité pilotable à 55 € le MWh par de l’intermittence à 80 ou 200 €…
Double peine pour le consommatribuable…