L’énergie comme condition du développement humain : le cadrage de Wright
Promotion des énergies fossiles et nucléaires
« Aux États-Unis, nous avons laissé une trop grande partie de notre industrie nucléaire dépérir, et nous tentons aujourd’hui de la reconstruire. De nombreux efforts sont engagés en ce sens, et Orano est un partenaire clé pour y parvenir », a-t-il déclaré.
S’agissant des énergies fossiles, il a affirmé que « nous n’essayons pas de promouvoir les hydrocarbures. Nous cherchons à promouvoir le réalisme et l’humanisme ». Ce qu’il défend, précise-t-il, relève d’une logique qu’il présente comme implacable : les hydrocarbures représentent aujourd’hui 83 % de la consommation énergétique mondiale, exactement la même proportion qu’il y a cinquante ans, lors de la création de l’AIE. Non par idéologie, insiste-t-il, mais parce qu’ils demeurent, à ce stade, les sources d’énergie les plus productives, les plus denses et les plus aisément transportables.
Avec un sourire, il résume sa position en une formule provocatrice : si une énergie alternative est réellement moins chère, plus propre et plus performante, « croyez-moi, vous n’aurez ni à la prêcher ni à l’imposer à la planète. Elle s’imposera d’elle-même ». Dans son viseur, bien sûr : les énergies renouvelables, qu’il accuse de renchérir le coût de l’énergie, d’en restreindre l’accès et, in fine, d’alimenter la désindustrialisation.
L’ « agenda climatique » dans le box des accusés
La critique de Wright à l’égard de ce qu’il appelle l’« agenda climatique », qu’il n’a pas hésité à qualifier de « culte » auprès de l’AFP, se veut, elle aussi, arithmétique plutôt qu’idéologique. Devant l’Ifri, il a posé les termes de ce qu’il présente comme un bilan : dix mille milliards de dollars investis en vingt ans dans la transition énergétique pour un résultat qu’il juge dérisoire, à peine 2,6 % de l’énergie mondiale issue du vent, du solaire et des batteries. En contrepoint, il affirme que quatre milliards de dollars par an suffiraient à éradiquer les décès liés au manque de combustibles de cuisson.
« Le changement climatique n’est pas, et de loin, le plus grand problème du monde », tranche-t-il.
Les coulisses d’un isolement relatif
Interrogé ce jeudi sur un éventuel isolement face aux délégations européennes, Chris Wright a livré une réponse révélatrice, mais invérifiable. Selon lui, les soutiens à sa ligne seraient nombreux, quoique discrets. « Nous sommes absolument d’accord, c’est ce que nous devrions faire », lui auraient confié en privé plusieurs interlocuteurs, en coulisses. « Très peu de gens vont se rétracter publiquement. Beaucoup seront simplement évincés par les urnes », ajoute-t-il.
Cette lecture d’un consensus silencieux, que la crainte du politiquement correct empêcherait de s’exprimer ouvertement, contraste bel et bien avec les prises de position publiques des délégations européennes, qui ont, elles, réaffirmé leur attachement à l’action climatique.
La posture de Wright à l’égard de l’Europe se veut néanmoins bienveillante. « Nous regrettons ces décisions, dit-il. Vous étiez de grandes nations industrielles et de formidables alliés. Voulez-vous vraiment réduire votre puissance géopolitique, affaiblir vos armées ? Nous espérons que non. Nous sommes là pour aider », a déclaré l’homme qui considère les Etats-Unis comme les « enfants de l’Europe ».
« Ce qu’il faut retenir de l’expérience européenne, c’est une leçon d’incohérence », explique-t-il. « Le Royaume-Uni, peut-être le plus engagé dans le zéro émission, tire encore 75 % de son énergie primaire du pétrole et du gaz naturel. Dire qu’on n’aime pas ces sources tout en étranglant leur production nationale ne signifie pas qu’on n’en a pas besoin. » Il poursuit : « Réduire sa propre production tout en reliant l’Europe à la Russie était très imprudent, mal conçu, et a évidemment eu des conséquences négatives. »
Concernant les inquiétudes exprimées par le commissaire européen Dan Jørgensen au sujet d’une dépendance excessive au gaz naturel liquéfié américain, Wright défend la fiabilité des États-Unis comme partenaire énergétique. « L’Europe ne peut pas avoir de meilleur partenaire », affirme-t-il, en soulignant que les exportations américaines reposent sur des contrats commerciaux respectés par des entreprises fiables, et non sur des considérations géopolitiques, contrairement à la Russie. « Nous n’avons jamais utilisé l’énergie comme arme géopolitique », martèle-t-il, qualifiant les propos du commissaire de « malheureux ».
L’ultimatum et ses limites
« Si l’AIE ne peut pas revenir à l’honnêteté énergétique, à l’accès à l’énergie et à la sécurité énergétique, alors, malheureusement, nous deviendrions un ex-membre », a-t-il averti.
Wright rappelle que les États-Unis sont membres fondateurs de l’agence, créée à leur initiative à la suite du choc pétrolier de 1973, et qu’ils n’ont « désespérément » aucune envie de la quitter. La menace n’en est pas moins crédible. Suffisamment, en tout cas, pour que l’AIE ait déjà ajusté certaines de ses publications.
Elle a toutefois ses limites. Quitter l’AIE priverait Washington d’un accès direct aux mécanismes de coordination en cas de choc pétrolier majeur et affaiblirait son influence sur une institution dont l’administration américaine préfère, de toute évidence, infléchir la trajectoire de l’intérieur plutôt que de s’en extraire.
Trois jours à Paris n’ont pas suffi à lever l’ambiguïté. Wright repart en revendiquant deux concessions de l’AIE, présentées comme autant de victoires, tandis que les délégations, du moins en public, continuent d’employer le lexique de la transition énergétique.
Roland Lescure, son homologue français, a ainsi maintenu que le changement climatique constitue une « menace » et qu’il faut « investir massivement dans les énergies décarbonées ».
2 réponses
excellent , rien a redire
« Réduire sa propre production tout en reliant l’Europe à la Russie était très imprudent, mal conçu, et a évidemment eu des conséquences négatives. »
Et au fait … où en est l’enquête sur Nord Stream ? C’est toujours les russes qui ont fait sauter le tuyau pour empêcher les russes de gagner plein d’argent ?