(Initialement publié dans Atlantico)
Le projet de décret de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a été dévoilé le 12 février par le Premier ministre.
Chapitre 1 : La trajectoire de la PPE 3 vise une diversification sur le plan énergétique avec une montée en puissance de 40 à 45 GW pour lʼéolien terrestre et de 75 à 100 GW pour le solaire à horizon 2035. RTE estime que les investissements réseaux seront de 33 à 50 milliards € dʼici 2035 avec un soutien historique aux renouvelables de 5 à 7 milliards dʼeuros par an.
Jean-François Raux : Avant dʼaborder vos questions sur la PPE3 et ses impacts, il faut se remettre en tête les chiffres principaux : que sʼest-il passé depuis 2010, en gros au moment où lʼidée des 50% de nucléaire a été lancée et 2024, où, Flamanville 3 a enfin démarré ?
Où, en est-on ? On verra mieux, où la PPE nous mène ! Côté consommation, on constate, depuis 2010, une baisse, résumée dans ce tableau.
Le -18% de consommation industrielle est évidemment, le chiffre le plus important : – 25 TWh ! cʼest énorme !
Côté capacité de production, la puissance installée (les moyens de production installés) a subi une véritable révolution, le mot nʼest pas trop fort. Cʼest évidemment la fantastique croissance des ENR qui domine : en gros 49 GW, soit 80% de la puissance nucléaire installée. Vous noterez une chose paradoxale en économie industrielle : la puissance installée totale a augmenté de plus de 35%, alors que la consommation française est restée globalement stable ! Ce que lʼon reproche à la PPE3 sʼest déjà produit : en gros on a déjà fait, à coût de subventions aux ENR, la même bêtise que lʼon sʼapprête à faire avec la PPE3 !
Comment ont été utilisés ces moyens de production ? Quelle énergie électrique ont-ils produite ? On parle alors de TWh. On constate que les ENR (78TWh) au total, ne représentent plus que 22% de la production nucléaire contre 80% de la puissance installée.
Pourquoi ? Eh bien, cʼest tout simple et cela sʼappelle le facteur de charge, le rapport de la production (TWh) à la puissance installée (TW).
Le facteur de charge du gaz et du thermique nʼa pas de sens, puisque ce sont des moyens utilisés pour des « ajustements » de la production, notamment en casde sous-production des ENR dites intermittentes. Il y a quand même 18GW de disponibles, largement sousutilisés, puisquʼavec un FC identique au solaire !
Le facteur de charge du nucléaire (record en 2011 de 76%) est revenu en 2024 à 67% (baisse de dix points) : il notoirement inférieur à ce qui se passe dans dʼautres pays.
Maintenant, comparons la production des ENR et les exportations. On sʼaperçoit alors que plus on développe la construction dʼENR, plus on exporte : en 2024, on a exporté plus que cette production. Cʼest normal, puisque la consommation intérieure baisse !
Si vous regarder la situation de près, le paradoxe est quʼEDF rachète plus cher lʼélectricité des ENRi quʼelle ne vend ses exportations !
Maintenant, on rappelle les objectifs de la PPE3 : outre 6 EPR (environ 10GW progressivement à partir de 2035 si tout va bien), les chiffres pour les ENR sont les suivants :
Pour le nucléaire, les EPR2 prévus 6+8 ne produiront quʼaprès la fin de la PPE.
Atlantico : Plus quʼun besoin de davantage dʼélectricité, la France est confrontée à un véritable problème avec le déséquilibre croissant entre les capacités pilotables et énergies intermittentes ? Quels chiffres montrent que la PPE 3 fragilise la sécurité dʼapprovisionnement et quelles réalités chiffrées prouvent quʼil est nécessaire de stabiliser les réseaux énergétiques ?
Jean-François Raux : Si lʼon regarde lʼévolution prévue des capacités pilotables, sans prolongement massif du parc nucléaire actuel, et avec une reprise de la consommation, la situation risque effectivement dʼêtre tendue à la fin de la PPE.
La question clef est donc double : lʼEPR2 est-il le bon réacteur dʼavenir ? Pourra-t-on prolonger les centrales du parc actuel à 70 ans, voir 80 ans comme aux USA.
LʼEPR2 est un réacteur cher, très cher.
Rappelons que les centrales du parc Messmer avaient un coût inférieur à 2000€/kW !
Mais, il faut être conscient que la PPE3 risque dʼamplifier deux défauts majeurs qui existent dʼores et déjà en 2024.
- Si la relance de lʼélectripcation de lʼéconomie et la réindustrialisation ne sont pas au RV, la surcapacité de production va encore sʼaccroitre, avec un énorme impact sur les coûts de lʼélectricité, comme on le verra.
- Les risques de déséquilibre ne sont pas seulement entre les moyens pilotables et les ENRi, mais sur le système électrique lui-même, dans son ensemble. Entre parenthèses, ceux qui disent que les ENRi font peser un risque de sureté sur le nucléaire, sont des rigolos.
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Plus précisément, un système électrique n’est pas qu’un réservoir d’énergie : c’est une machine synchrone géante qui doit tourner à une vitesse précise (50 Hz). La perte d’inertie est un problème des plus critiques.
À la différence dʼune centrale classique qui a une énorme inertie (alternateurs), le solaire, par exemple, nʼa aucune inertie. En cas dʼincident, le risque est le black-out. Cʼest probablement ce qui explique les incidents et blackout en Espagne, mais aussi pas mal dʼalertes en Europe.
La variabilité et, souvent lʼimprévisibilité, des ENR (éolien ou solaire) nécessitent une « compensation », un backup en cas de « perte de production » : STEP, centrales gaz, et demain batteries (stockage de masse), mais aussi une réduction de la puissance appelée par les clients, le tout en temps réel ou quasiment : tout nʼexiste pas ou peu à lʼéchelle des futurs ENR et cela coute cher.
Ces moyens fonctionnent peu : il va donc falloir les rémunérer sur la base, non du MWh produit, mais dʼune capacité installée, disponible : cʼest là que le « marché de capacité » sera nécessaire. De toute façon, tout cela se retrouvera dans le coût facturé au client final !
Inversement, il faut aussi pouvoir « effacer » une production lorsque les ENRI produisent « plus » : cʼest là tout le débat sur lʼaugmentation de la fréquence et de lʼampleur de la modulation du nucléaire liée à la PPE3, lancé par EDF avec son rapport publié récemment.
Ce débat est complexe : il commence. Il est technique : usure prématurée des tranches nucléaires ; impact sur la durée de vie des centrales : énorme enjeu économique que de pouvoir prolonger le parc Messmer à 60 ans, voir 70 /80 ans. Il est aussi économique : qui gagne qui perd ? Qui a compris que les ENRi font perdre beaucoup dʼargent à EDF sur le marché à terme, alors que la modulation peut lui permettre de « se rattraper » en partie sur le marché spot, en sourçant ses clients à bas coût avec de lʼélectricité pas chère ?
Notons que les termes du débat évoluent, puisque les parcs de production (solaire ou éolien) peuvent être mis à lʼarrêt, aussi, mais la production perdue est payée… Cette question est pendante, non traitée, hypercritique.
Il y a enfin un aspect essentiel, cʼest le besoin de réseaux lié aux ENR qui sont des énergies réparties, voire émiettées géographiquement, qui injectent de lʼélectricité en bout de ligne (panneaux solaires) en pouvant créer des surtensions locales ; et comme elles produisent là où il y a de lʼespace, du vent, du soleil, il faut transporter lʼélectricité produite sans créer de congestions, ou, sʼil y en a, prévoir des renforcements des réseaux, couteux.
RTE (Transport) prévoit un plan de 100 milliards d’euros sur 15 ans pour renforcer les grandes lignes et raccorder les parcs éoliens offshore. Enedis (Distribution) prévoit environ 4 à 5 milliards d’euros par an pour adapter le réseau local (bornes de recharge, photovoltaïque en toiture), soit au total 50 milliards dʼEuros !
Samuel Furfari : La PPE 3 sʼappuie sur une idéologie, celle de la décarbonation voulue par lʼUnion européenne qui a décrété quʼil fallait pour cela imposer les énergies renouvelables, Bercy obéit à cette injonction. Il nʼy a pas beaucoup de rationalité derrière tout cela. Il sʼagit simplement dʼaccepter le diktat de Bruxelles afin dʼimposer les énergies renouvelables.
La France nʼa pas besoin de cela, car elle est déjà largement décarbonée grâce au nucléaire et son hydroélectricité historique. Il existe aujourdʼhui une surcapacité de production dʼélectricité nucléaire en France, ce qui permet au pays de vendre de lʼélectricité nucléaire aux pays voisins. Vouloir absolument installer des éoliennes, en mer ou sur terre, ainsi que du solaire, revient simplement à répondre à une injonction bruxelloise. La France nʼen a pas besoin et, pour le faire, elle va dépenser beaucoup dʼargent, car cela coûte cher. Ce sont donc les Français qui paieront la facture pendant des années pour quelque chose de tout à fait inutile.
Pour justifier le développement des éoliennes et des panneaux solaires, il est avancé quʼil faudrait électrifier lʼensemble des usages énergétiques. En France, lʼélectricité représente environ 27 % de la consommation dʼénergie primaire, cʼest-à-dire de lʼensemble de lʼénergie utilisée par les consommateurs. Les 73 % restants proviennent de combustions.
Que ce soit dans les moteurs des voitures, dans les usines ou dans les systèmes de chauffage, il sʼagit essentiellement dʼénergie produite par des flammes. Tout cela nʼa aucun lien avec les éoliennes, qui ne produisent pas de combustion, pas plus que les panneaux solaires.
Lorsque lʼon affirme vouloir électrifier les usages, lʼobjectif est en réalité de remplacer des systèmes à combustion par de lʼélectricité. En plus de 170 ans, on a peu remplacé des flammes par lʼélectricité, cʼest quʼil y a des raisons rédhibitoires. Si cela était simple, cette transition aurait déjà été réalisée, notamment lors du développement massif de lʼénergie nucléaire dans les années 1970.
On ne peut pas faire fonctionner certains fours industriels à partir dʼélectricité dʼorigine éolienne, ni même exclusivement nucléaire. Ce nʼest techniquement adapté que dans peu des cas. Et cʼest cher.
Lʼerreur consiste donc, une fois encore, à laisser croire quʼune électrification généralisée permettrait de résoudre lʼensemble des difficultés. Or, cette électrification nʼest pas réalisée à grande échelle. Affirmer que lʼon peut développer davantage dʼéoliennes au motif que le marché électrique serait saturé par la production nucléaire et que lʼon électrifiera lʼensemble des usages ne correspond pas à la réalité. Il nʼest pas possible de tout électrifier. Tous les usages ne peuvent pas fonctionner à lʼélectricité. Si cela avait été faisable, cela aurait été entrepris dès les années 1980.
Chapitre 2 : Sur la période 2025-2060, selon les estimations du projet de PPE 3, le coût total du soutien aux renouvelables pourrait atteindre environ 38 à 63 milliards dʼeuros, voire jusquʼà 98135 milliards dans un scénario de prix bas, ou être négatif dans un scénario de prix de marché très haut. Pour 2026, la Commission de régulation de lʼénergie (CRE) estime que le soutien moyen par MWh renouvelable pourrait atteindre environ 92,4 €/MWh. Certains observateurs, comme dʼanciens dirigeants de RTE dans des projections alarmistes, avancent que le prix du MWh pourrait théoriquement doubler dans les 10 ans
Peut-on démontrer, chiffres à lʼappui, que le mix électrique prévu par la PPE 3 renchérit structurellement le coût du MWh pour les Français ?
Samuel Furfari : Cette hausse nʼa pas été dissimulée lors des débats sur la PPE 3. Tout le monde le reconnaissait, y compris le gouvernement. Le prix du MWh va augmenter. Certains observateurs et dirigeants affirment même que, pour sauver la planète et atteindre les objectifs climatiques, il faudra accepter de payer plus cher. Certes, mais nous paierons plus cher notre énergie alors que dʼautres paieront moins cher en dehors de la France. Tel est le problème : si tous les pays jouaient le jeu, il serait possible dʼadmettre que chacun paie davantage pour réduire les émissions de CO₂. Or, ce nʼest pas le cas. À lʼexception de la France et de quelques nations européennes, les autres pays ne cherchent pas à payer leur électricité plus cher pour réduire leurs émissions de CO₂.
Cʼest dʼailleurs ce que martèle Chris Wright, le Secrétaire à lʼénergie de lʼadministration Trump 2. Je suis quotidiennement la situation énergétique dans le monde et je vous assure que cʼest bien tous les jours que cela est répété. Hier encore il a annoncé des prêts pour rendre lʼélectricité moins chère en Alabama et en Géorgie. Cette augmentation découle de cette obsession de la décarbonation en France et en Europe. Tout est parti de là. Comment peut-on prétendre quʼun pays comme la France, qui emet 250 millions de tonnes de CO₂ soit 0,7% des émissions mondiales de CO₂, doive encore réduire ses émissions ? Cʼest aberrant. Pourtant, le président de la République a choisi de suivre cette orientation, voire de lʼimposer à Bruxelles et à Strasbourg.
Jean-François Raux : Ici encore, la PPE3 est en continuité avec le passé : les mêmes erreurs risque de reproduire les mêmes effets.
Voici, à titre dʼexemple, lʼévolution du prix de MWh pour un client particulier entre 2010 et 2024.
Cette analyse est intéressante, car elle montre que tous les postes de facturation ont augmenté, les taxes ayant le plus augmenté : dedans, il y a la fameuse assise sur lʼélectricité, donc une part du financement des ENR : L’État finance le soutien aux EnR via son budget annuel (environ 10 à 11 milliards d’euros en 2025/2026), et l’accise est l’une des recettes qui permettent de couvrir, parmi d’autres dépenses, ce budget de transition. Elle nʼest pas, comme la CSPE, fléchée en partie ENR.
Comme le dit lʼUFE, la première bataille sera fiscale : un choc de fiscalité sur lʼélectricité est nécessaire. Les finances publiques le permettent-elles ? Cʼest moins sûr.
Pour une PME/PMI, une estimation en ordre de grandeur (les situations moyennes nʼont pas grand sens autre que des ordres de grandeur) de la facture, donne un profil différent, mais une hausse de lʼordre de 100%.
Quand on calcule lʼévolution des prix de lʼélectricité, on ne peut sʼarrêter à la comparaison entre le coût dʼune centrale nucléaire et de lʼéolien ou du solaire à lʼaide de la fameuse LCOE : si on ne compte pas lʼensemble des coûts du système électrique, qui est un tout, on se trompe lourdement.
Or, la PPE 3 est pleine dʼaugmentations cachées. Dans ses récentes tribunes (notamment dans Le Figaro et L’Opinion en février 2026), David Lisnard dénonce ce qu’il appelle un « hold-up » et une « trahison ». Il prédit, avec d’autres élus, un possible doublement de la facture d’ici 2035, lié aux coûts cachés de la PPE3 : le mur des investissements réseaux : 100 milliards d’euros pour RTE et 50 milliards pour Enedis. Ces sommes seront récupérées sur la facture via le TURPE (part transport). Le coût de l’intermittence : devoir payer pour des centrales de secours (gaz ou batteries) quand il n’y a ni vent ni soleil. La modulation du nucléaire : brider les centrales nucléaires fait monter leur coût de revient unitaire (le nucléaire, ce sont des coûts fixes : moins on produit, plus le coût unitaire est cher. Selon ces critiques, le prix réel en 2035 pourrait atteindre 0,40 € / kWh si la consommation ne décolle pas assez pour absorber les nouveaux investissements. Les chiffres devraient être vérifiés par un calcul de coûts échoués avant de se lancer.
Chapitre 3 : Bien que les prix de l’énergie pour les industriels aient baissé d’environ 24 % en 2024, ils restent en 2026 environ 50 % plus chers quʼen 2019. Selon la PPE 3, l’industrie va devoir réduire ses émissions de gaz à effet de serre de manière drastique d’ici 2030. Cela représente un besoin de financement estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour l’électrification des procédés (pompes à chaleur industrielles, fours électriques), pesant sur les marges des entreprises
Quels indicateurs chiffrés montrent que la hausse des prix de lʼénergie et que la PPE 3 fragilisent lʼindustrie française ?
Samuel Furfari : Il y a toujours une part dʼaléatoire pour lʼindustrie car il subsiste encore beaucoup dʼinconnues, notamment concernant la situation économique des prochaines années. En revanche, la PPE 3 impliquera des dépenses pour mettre en œuvre ces orientations, notamment des financements en faveur des énergies renouvelables, mais surtout pour les réseaux électriques. Il nʼest pas possible de concevoir de nouveaux champs dʼéoliennes ou photovoltaïques sans des investissements massifs dans le réseau électrique. Or, le réseau électrique français était déjà très bien structuré grâce aux nombreuses centrales nucléaires interconnectées entre elles. Il existait donc un réseau électrique particulièrement performant. Lʼerreur consiste à faire croire que lʼon va réduire les émissions de CO₂ à un coût raisonnable, alors quʼil faudra non seulement financer les installations dʼénergies renouvelables, mais aussi, et surtout, le réseau électrique.
À partir du moment où le réseau est décentralisé pour développer des champs dʼéoliennes ou de panneaux photovoltaïques, il faut nécessairement créer de nouvelles interconnexions, ce qui coûte très cher.
Multiplier les lignes aériennes coûte cher, et les enterrer encore plus. Or on dispense les opérateurs de ces champs de cet investissement. Cʼest donc le consommateur qui paye les investissements du réseau dans leur facture. Les bénéfices sont pour les investisseurs verts, le coût est pour le citoyen français. Cʼest inique.
De plus, il y a aura un nécessaire entretien car le réseau électrique sera constamment perturbé. Or, un réseau perturbé impose des contraintes aux centrales nucléaires. Mais en réalité, une centrale nucléaire nʼest pas conçue pour fonctionner de manière intermittente. Elle est destinée à fonctionner en base. Les variations répétées de charge entraînent une usure prématurée. Il y a quelques années des phénomènes de corrosion sous contrainte sont apparus.
Tout cela a un coût qui se répercutera sur les factures.
Face à cela et avec la hausse des prix suite à lʼapplication de la PPE 3, les industriels français, sʼils en ont la possibilité, risquent de quitter le territoire. La désindustrialisation de la France va sʼaccélérer.
Jean-François Raux : Voici deux exemples de lʼimportance du prix de lʼélectricité sur le plan de la compétitivité de lʼindustrie.
Le premier donne la part de lʼélectricité dans le CA dʼentreprises clefs de lʼUNIDEN.
Le deuxième donne les coûts de production de Michelin, dans trois pays, donnés par son PDG :
L’analyse de Florent Menegaux (Michelin) rejoint les inquiétudes de David Lisnard sur un point fondamental : la survie de l’industrie par le prix de l’électron. Incertitude post-2025 : comme l’UNIDEN, Michelin s’inquiète de la fin de l’ARENH (le nucléaire à 42 €). Menegaux demandait un prix « fondé sur les coûts de production » qui reste à définir, le chiffre avancé de 75€ étant bien trop élevé. Michelin veut électrifier ses usines pour décarboner. Mais Menegaux prévient : si l’électricité décarbonée coûte trop cher à cause des investissements réseau de la PPE3, Michelin décarbonera ses usines… mais ailleurs qu’en France. Il est évident que lʼindustrie a besoin dʼune visibilité forte à long terme pour investir !
C’est là que le débat devient politique. Pour les industriels, la PPE3 doit impérativement garantir un « coût de revient nucléaire » : sortir de la logique de marché pour proposer aux usines des contrats basés sur le coût réel de l’EPR2 et du parc existant pour compenser le coût du travail élevé. Une énorme question se pose aussi à moyen terme, au-delà de la PPE3 : le prix du MWh produit par les EPR2 : autour de 100€, ce qui est proprement aberrant.
Notons que les prix de marché sont actuellement orientés à la baisse (surcapacité + prédominance de la production à coût marginal nul, les ENRI) loin des chiffres annoncés par EDF pour ses CAPN, ou par la PPE (75€/MWh). Cela pèse lourdement sur le financement des CAPEX : on reparle donc de nouveau dʼun marché de capacité pour donner à tous une visibilité à long terme, ou de contrat pour différence (CFD) pour sécuriser des investissements dont le besoin est douteux, compte tenu de nos surcapacités actuelles.
Il faudrait aussi, selon les industriels, éviter la « Surtaxe Réseau » : si la France investit 100 à 150 milliards dans les réseaux (Y compris ENEDIS) pour les EnR et répercute tout sur le tarif des industriels, le prix français passera au-dessus du prix allemand d’ici 2028. L’industriel allemand, lui, est « sous perfusion » étatique (subventions, baisse des taxes), ce qui annulera l’avantage compétitif historique du nucléaire français.
Donc rien nʼest joué, mais une certitude existe : tout dépendra de la reprise de la consommation, donc de la réindustrialisation et de la décarbonation (transfert dʼusages fossiles vers des usages électriques). Si cela ne se fait pas, les coûts fixes pèseront sur un petit volume de consommation : le prix par MWh explosera ! Cʼest le propre des coûts échoués. Et la réindustrialisation et la décarbonation se feront encore moins ! Attaquer ces deux sujets par lʼaugmentation de la production éclectique déjà excédentaire est un peu ubuesque !
Chapitre 4 : Avec la PPE 3, pour les prévisions de 2026 à 2030, la facture des ménages devrait connaître une hausse entre 50 à 150 euros par an. Les factures électriques pourraient augmenter jusquʼà 20 % en 2026. Entre 2019 et 2024, une hausse de 40 à 50 % sur le tarif réglementé de lʼénergie a été enregistrée.
Lʼénergie est historiquement un facteur de crise politique. Quel sera lʼimpact concret de la PPE 3 sur la facture énergétique des ménages ? Quelle pourrait être concrètement la hausse des tarifs pour les Français suite à lʼapplication de la PPE 3 ? Et quels indicateurs laissent penser quʼelle pourrait devenir un facteur dʼinstabilité sociale et revenir comme un boomerang à travers une crise sociale et politique suite au mécontentement des Français après la hausse des tarifs ?
Samuel Furfari : La révolution sociale ne devrait pas avoir lieu car tous les partis politiques français sont favorables à la décarbonation. Certains peut-être avec davantage de réserve, plus timidement, mais la plupart soutiennent les politiques dites « vertes ». Qui oserait déclarer quʼil est opposé à lʼécologisme? Une telle position serait immédiatement condamnée. Aucun parti nʼengagera donc un combat pour réviser le prix de lʼélectricité, on a bien vu le consensus politique pour adopter une ppe3 verte. Cʼest, à mon sens, une mauvaise nouvelle pour les Français. Aucun parti nʼest prêt à reconnaître une erreur ni à admettre quʼil faudrait mettre un terme à cette orientation, qualifiée Lien inserė ][de « culte climatique » par Marco Rubio, le secrétaire dʼEtat américain et de folie par Chris Wright lors de la réunion la semaine dernière à Paris des ministres de lʼAgence internationale de lʼénergie . Il a évoqué une idée fixe climatique qui aurait conduit les Etats membres de lʼUE à la situation actuelle.
Cette idée fixe va entraîner une hausse exorbitante du prix de lʼélectricité en France pendant quʼelle va diminuer partout ägrace à la nouvelle géopolitique de lʼénergie, notamment aux États-Unis. Certains nʼosent pas critiquer la PPE 3 principalement pour défendre le nucléaire. Il faudra donc probablement poursuivre dans cette direction pendant encore plusieurs années, jusquʼà ce quʼun parti politique fasse preuve du courage nécessaire pour remettre en cause cette orientation. Cela ne semble pas imminent.
Jean-François Raux : Comme je viens de lʼexpliquer, il y a de gros risques qui vont peser sur les prix, des ménages et des industriels.
Lʼindustrie est passée de 25% du PIB lors du lancement du plan Messmer à moins de 10% actuellement. LʼIndustrie, cʼest ce qui crée la richesse et de lʼemploi !
On constate quʼen Europe, la France sʼappauvrit : le revenu par habitant stagne ou croit moins vite que dans dʼautres pays européens. Avec la baisse des naissances, le PIB par personne en emploi baisse, alors que le taux dʼemploi (Jeunes et Séniors) est largement insuffisant.
La France devient « explosive » : les Français ont été « sonnés » par la crise des prix de lʼélectricité en 22/23. La mémoire du Français est longue et douloureuse.
Que se passera-t-il ?
Chapitre 5 : En 2024, les émissions de CO₂ en France liées à la production d’électricité ont encore baissé grâce à une disponibilité du nucléaire. Lʼobjectif de la PPE 3 est de 400 TWh/an vers 2030). L’industrie française émet six fois moins de CO₂ que l’industrie allemande par kWh consommé. Cet avantage compétitif et climatique majeur est réaffirmé par la PPE 3
La PPE 3 est présentée comme une trajectoire climatique vertueuse. Les chiffres confirment-ils réellement son efficacité carbone et stratégique ?
Jean-François Raux : Oui, si la décarbonation de lʼéconomie française se fait, cʼest une évidence.
Dans lʼétat actuel des prix relatifs du gaz et de lʼélectricité, de la réglementation et des taxes encore largement favorables au gaz, je nʼy crois pas. Avec lʼaugmentation quasi mécanique des prix de lʼélectricité liée à la PPE3, le risque dʼéchouer est encore plus fort.
Disons-le clairement, la France, avec sa dette et ses déficits, nʼa pas, selon moi, les moyens de se payer une PPE3. Ni la nécessité.
Elle ferait mieux dʼutiliser ses surcapacités existantes et les prix bas qui se profilent pour lancer la décarbonation.
Et réfléchir sur le réacteur du futur, son coût, et lʼéchelonnement du remplacement du parc actuel. LʼEPR2 est trop cher.
La pression des lobbies des ENR et lʼentêtement dans un modèle de réacteur, lʼEPR2 (couteux, long à construire) risquent de nous conduire à notre perte. Ce serait dommage.
Nʼest pas Messmer qui veut.
Samuel Furfari : Lʼerreur a peut-être été dʼaccepter les objectifs climatiques tels quels. Il aurait été possible dʼaccepter des objectifs de réduction de la consommation dʼénergie par lʼefficacité énergétique, mais imposer à une France déjà fortement nucléarisée de produire davantage dʼélectricité éolienne revient à reproduire le modèle allemand. Or, la politique allemande constitue, selon moi, un échec manifeste.
LʼEnergieWende, la transition énergétique allemande, sʼaccompagne en réalité dʼune augmentation de la consommation de gaz, qui doit compenser les variations météorologiques. Les centrales à gaz doivent démarrer et sʼarrêter fréquemment. Or, une centrale à gaz ne fonctionne pas comme un véhicule que lʼon peut arrêter instantanément. Une turbine à gaz doit continuer à tourner. Même lorsquʼelle ne produit pas à pleine capacité, en raison dʼun excédent de vent ou de soleil, elle doit fonctionner à environ 20 % de sa charge. Cela entraîne des émissions de CO₂ sans production optimale.
Lʼerreur énorme dʼabandonner lʼénergie nucléaire — selon les propres mots du chancelier Friedrich Merz -. est compensėe par la construction de 40 GW de centrales électriques au gaz naturel.
Cette situation résulte de réglementations élaborées sans prise en compte suffisante des contraintes physiques. Lʼénergie relève avant tout de la physique et non de lʼidéologie. Tant que la politique énergétique ne reposera pas davantage sur une expertise technique, les difficultés persisteront. Jʼattends sereinement, mais tristement , le jour où la France sera aussi ridicule que lʼAllemagne.
3 réponses
La phobie viscérale du nucléaire a conduit les Allemands à chercher à arrêter leur parc nucléaire, et à tenter d’empêcher la France d’utiliser le sien. Puis leur adhésion écologique, à courte vue, les a conduits à élucubrer l’EnergieWende, avec ses coûts élevés d’adaptation du réseau aux énormes parcs éoliens et la construction de dizaines de centrales à gaz pour suppléer l’intermittence des ENR. Ils ont entrevu que le coût de l’électricité chez eux allait devenir beaucoup plus élevé qu’en France ; il devenait économiquement urgent de tenter de diminuer cet écart de compétitivité. Raison de plus, ont-ils conclu, pour lutter contre le nucléaire français. La perte du gaz russe et les prix très élevés du GNL (américain ou autre) ont rendu encore plus urgent cet objectif.
Donc, forcer la France à adopter l’EnergieWende est devenu une obsession. Et c’est la CEE, et sa présidente (n’est-elle pas allemande ?) qui s’en est chargée. La France s’est débattue pour avoir le droit de continuer à exploiter son nucléaire (en faisant la part du feu, comme à Fessenheim) puis à investir pour le renouveler.
La PPE3 semble, aux yeux des gens qui réfléchissent (mais pas assez), sauver le nucléaire tout en faisant de nouveau la part du feu en laissant se développer les ENR. Mais le parc accru d’éoliennes et de panneaux, qui va se réaliser vite, car financé par des capitalistes à qui l’on garantit une rentabilité invraisemblable, va contraindre EDF à effacer de plus en plus souvent sa production nucléaire : l’usure qui en résultera rendra la maintenance trop chère pour espérer prolonger les vieux réacteurs jusqu’à la mise en service des nouveaux. D’autant plus qu’on aura de plus en plus de mal à financer ces nouveaux réacteurs, avec les inévitables (chez nous) dépassements de budget et retards. On va donc plus ou moins rapidement se jeter à corps perdu dans la construction de centrales à gaz, seul moyen de faire face à la demande d’électricité quand « pas de vent pas de soleil », même si le demande ne va pas augmenter, devant le prix prohibitif et l’impossibilité pour la caisse vide de l’Etat de subventionner.
Le piège posé par les Allemands est efficace.
Seul moyen de desserrer le nœud coulant, cesser d’imposer à EDF d’acheter les Mwh éoliens et solaires quand il n’en est pas besoin, et le laisser libre de les acheter au prix du marché. Bien sûr, le Phynance va hurler, et le Droit hoqueter, mais préfère-t-on continuer de paupériser la France, avec en perspective une déflagration sociale qui laissera la CEE sans voix et sans parade.
La PPE3 est un collet voulu par l’Allemagne, imposé par la présidente allemande de la Commission de l’UE et accepté par le Premier Ministre français, destiné à étrangler la capacité de production nucléaire de la France.
S’il sauve, en apparence, le principe de la construction de réacteurs nouveaux destinés à remplacer les plus anciens, il accepte réellement d’accroître considérablement la capacité de production éolienne et photovoltaïque.
Ces ENR sont financées par des capitaux privés, attirés par les profits offerts par l’obligation faite à EDF d’admettre sur son réseau chaque kwh qu’ils produiront, et à un prix tout à la fois garanti et scandaleusement élevé. De nombreuses éoliennes et de nouveaux champs de panneaux solaires vont donc être réalisés rapidement, malgré les réticences croissantes des populations.
En parallèle, EDF aura les plus grandes difficultés à financer les nouveaux réacteurs, dont la construction prendra (ça devient une habitude) beaucoup de retard. Et ces nouveaux réacteurs ne seront pas disponibles quand il faudra remplacer les actuels : en effet, l’obligation d’accueillir par priorité les Mwh des ENR obligera EDF à moduler de façon de plus en plus saccadée son parc nucléaire, rendant sa maintenance de plus en plus onéreuse, et bientôt impossible. Repousser à 70 ans ou 80 ans leur limite d’âge ne sera plus qu’un vœu pieux. Par conséquent, EDF n’aura plus assez de capacité les jours sans vent ni soleil. Et n’aura d’autre choix que d’installer en toute hâte des centrales à gaz. Triomphe des Allemands.
En effet ces derniers, d’abord poussés par leur phobie viscérale du nucléaire, ont voulu nous contraindre à y renoncer, comme eux l’ont fait. Nous leur avons concédé (également poussés par le poids électoral de nos propres verts) la fermeture de Fessenheim, de SuperPhénix, et l’abandon des études sur les « neutrons lents ». Puis la course à la décarbonation (cependant perdue !) les a amenés à élucubrer l’EnergieWende, avec la mise en place d’éoliennes et de solaire en grande quantité, et leurs corollaires de remaniement extrêmement coûteux du réseau, et de centrales à gaz pour les jours sans. Il s’ensuivait déjà un renchérissement très important du prix du kwh. Mais la perte du gaz russe et son remplacement par du GNL beaucoup plus cher ont porté ce prix du kwh à un niveau constituant un vrai handicap pour les industriels allemands. D’où leur volonté de tuer le nucléaire français, source d’un kwh beaucoup moins cher. La PPE3 est l’outil permettant d’y parvenir.
Peu familier de l’émission de commentaires, j’ai cru que mon commentaire initial s’était effacé lorsque j’ai voulu l’envoyer. J’ai donc récidivé ! Pardonnez la redondance !