Nucléaire : Ségolène Royal ou l’inconséquence en politique

La hontectomie, le fait d’être imperméable à la honte, est un phénomène qui touche de nombreux hommes et femmes politiques français. Ségolène Royal n’en est pas préservée.

Sur X, l’ancienne ministre a réagi au discours prononcé par Ursula von der Leyen lors du sommet sur l’énergie nucléaire, le 10 mars. Elle a accusé la présidente de la Commission européenne d’incompétence et a dénoncé le marché européen de l’électricité :

« La France doit sortir, et vite, du marché européen de l’électricité qui gonfle nos prix et qui livre aux prédateurs, par l’ouverture à la concurrence, nos infrastructures (…) ».

Elle a également interpellé Emmanuel Macron, ainsi qu’Elisabeth Borne, ancienne ministre de la Transition écologique : « Réduire le nucléaire sans attendre [la] montée en puissance [des énergies renouvelables] et sans attendre l’ouverture de Flamanville fut d’une aberrante incompétence ».

Ces gesticulations ressemblent surtout à de belles tentatives pour faire oublier ses propres erreurs en matière de politique énergétique. En tant que ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, en 2017, a abrogé par décret l’autorisation d’exploiter Fessenheim. Une décision purement politique puisque la centrale ne posait pas de problème de performance ou de sécurité justifiant sa mise à l’arrêt. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire certains rapports du ministère de la Transition écologique (lequel, comme son nom l’indique, mène des politiques de transition plutôt que de préserver la souveraineté énergétique de la France).

Les principaux arguments étaient les suivants :

  • avec une mise en service en 1977, Fessenheim était la plus vieille centrale de deuxième génération ;
  • la fermeture est un engagement de campagne du Président de la République ;
  • elle correspond à « l’engagement de la France de réduire la part du nucléaire dans son mix énergétique » de 50 %, contre 71 % en 2019.

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L’argument technique sur l’ancienneté ne tenait pas debout. La loi française n’impose aucune date limite à l’exploitation d’une centrale pour une raison simple : tous les dix ans, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) examine le vieillissement des composants des centrales. C’est ensuite à l’exploitant de démontrer que la centrale peut fonctionner jusqu’à la visite suivante.

À l’époque, Fessenheim était considérée comme la centrale d’EDF présentant « les meilleurs résultats en termes de sûreté d’exploitation » selon Pierre-Franck Chevet, ancien président de l’ASNR.

Bref, difficile de croire Mme Royal sur parole lorsqu’elle affirme n’avoir « jamais accepté la diminution ou la fermeture idéologique des centrales », elle qui se réjouissait, en 2017, de la fermeture de Fessenheim et de la sortie du « tout nucléaire ».

Les réseaux sociaux ont au moins la vertu suivante : ils permettent de montrer facilement les mensonges éhontés de ceux qui veulent préserver leur image à tout prix et réécrire leur propre bilan.

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