L’acceptabilité sociale n’est pas un gros mot

Plus une politique touche de près à la vie personnelle des gens, plus il faudrait être particulièrement attentif à ses conséquences sociales et à ses errements potentiels. C’est exactement le contraire de ce qu’il se passe. Tous les dispositifs publics ou presque liés à la transition énergétique dysfonctionnent : DPE, ZFE, CEE, ENRi, MaPrimRenov’, malus automobile, ZAN…
Pas étonnant, si les politiques qui appauvrissent et restreignent les choix et les libertés individuelles suscitent une résistance et une animosité parfois hors de proportion avec les mesures elles-mêmes. Le mouvement des Gilets jaunes en avait fait la démonstration. Mais les gouvernements et l’appareil d’État ont la mémoire très très courte.
Par Éric Leser. Article publié dans le numéro 28 du magazine Transitions & Energies.

L’acceptabilité sociale est la clé de voûte de la transition énergétique. Elle permet au sens propre de soutenir tout l’édifice, et ce n’est pas seulement une image. Si la transition énergétique et écologique est aujourd’hui de plus en plus décriée, contestée et rejetée, c’est justement pour avoir ignoré ou traité par le mépris la nécessité de tenir compte des populations. Pour avoir négligé de mesurer l’impact que peuvent avoir des contraintes supplémentaires sans cesse imposées au nom d’une cause impérative et morale.

Des dispositifs administratifs, technocratiques et fiscaux pénalisants, souvent incompréhensibles, toujours plus complexes, mal expliqués et ni justifiés, et qui contribuent souvent plus à appauvrir et compliquer la vie quotidienne qu’à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à protéger l’environnement. La transition énergétique est ainsi de plus en plus perçue, parfois à juste raison, comme visant à satisfaire des intérêts particuliers, politiques, idéologiques et économiques, au détriment de l’intérêt général. Voilà aussi pourquoi, bon nombre de mouvements politiques qualifiés de populistes se sont emparés de l’opposition à la transition et en ont fait avec succès un fonds de commerce.

Les pouvoirs publics dans le déni

Mais dans l’appareil d’État, la réponse apportée reste souvent le déni. Il y a trois ans, Patrick Jolivet, directeur des études socio-économiques de l’Ademe, la trop fameuse Agence publique de la transition énergétique, estimait que l’acceptabilité sociale était « une sorte de mantra, qui revient sans cesse dans le débat public ». Une notion qui le dérangeait tellement qu’il proposait de l’effacer et « de substituer à acceptabilité sociale le triptyque désirabilité, faisabilité et conditions de réalisation ». Pour paraphraser Charles Péguy, il est parfois très difficile « de voir ce que l’on voit ».

Le gouvernement Lecornu est dans le même déni quand il décide de contourner le Parlement pour empêcher la suppression des ZFE (zones à faibles émissions). Cette machine à fabriquer de la ségrégation géographique et sociale au nom d’une juste cause, la réduction de la pollution atmosphérique dans les grandes villes et les métropoles. Mais la méthode choisie consiste à en chasser les véhicules les plus anciens considérés comme les plus polluants. Au passage, on chasse les millions de personnes qui utilisent et dépendent de ces véhicules.

Elles appartiennent par définition aux populations les plus modestes, aux populations de la France périphérique qui n’ont pas ou peu accès à d’autres moyens de transport que la voiture individuelle. Et sans voitures, elles ne peuvent pas travailler, faire des courses, se soigner, étudier, avoir une vie sociale…

« Des contraintes immédiates sans solutions viables… »

« L’injonction à changer sans possibilité de le faire provoque un sentiment d’injustice, voire de colère… »,

explique l’Institut Montaigne dans une étude publiée à la fin de l’année dernière. Elle fait un constat très critique sur la façon dont est menée la transition énergétique dans les transports en France.

L’Institut alerte sur « le risque » de provoquer une poussée de mécontentement et une révolte, comme ce fut le cas lors du mouvement des Gilets jaunes. L’étude préconise pour « réussir …

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