Le marché libre et non faussé de l’électricité, rien que le marché libre et non faussé !

(Article initialement publié dans Contrepoints du 18/6/26)

La France, riche d’un parc nucléaire bon marché, devrait en retirer une « rente » considérable. La loi NOME l’en a dépouillée au profit des concurrents d’EDF. À l’horizon de 2027, plaidoyer pour un marché enfin pur et non faussé — et pour une rente rendue aux Français.

En cet hiver 2010-2011 de triste mémoire pour des intérêts vitaux du pays, Marcel Boiteux, l’historique PDG d’EDF, mettait les Français en garde contre ce que n’a pas fini de leur coûter l’usage dévoyé d’un merit order incontournable dans tout système électrique marchand. Il ne se trompait pas.

L’électricité n’étant pas stockable, c’est à chaque instant que les dispatchers doivent faire coïncider l’offre et la demande. Dès lors, ils n’ont d’autre choix que de recourir à ce merit order consistant à appeler d’abord les centrales dont le « coût marginal » – le coût de production du kWh supplémentaire – est le plus bas, puis les centrales de plus en plus chères, jusqu’à celle qui assure le bouclage de la demande.

Les énergies dites fatales – hydraulique au fil de l’eau, éolien, solaire – étant prioritaires, ce sont les dépenses d’uranium, de fuel, de charbon ou de gaz du dernier kWh nécessaire qui fixent le prix du marché : en dessous, il n’est pas rentable de produire et la dernière centrale sollicitée refuse ; au-dessus, on risque de se faire chiper la place par une centrale concurrente un peu moins chère. Il découle logiquement de ce seul mode de conduite possible que, sur un marché donné, c’est le coût du kWh marginal qui fixe le prix.

Le système est alors « marginal charbon » ou « marginal gaz ». En France, aux heures où la demande était si faible que seules les centrales nucléaires étaient appelées, on était parfois « marginal nucléaire » ; sinon, « marginal charbon ».

Un prix tiré par le charbon allemand

En ouvrant ce marché à l’Europe occidentale, on ne pouvait que s’attendre à ce que les centrales nucléaires françaises soient toutes sollicitées pour se substituer aux centrales fuel et surtout charbon les plus coûteuses des autres pays, sans jamais boucler la nouvelle demande. Depuis son origine, le marché UE est ainsi marginal charbon, allemand de surcroît, et de plus en plus marginal gaz : un équilibre continental imposant à la France des prix bien plus élevés qu’auparavant la majeure partie de l’année.

EDF aurait dû se voir accorder une « rente nucléaire » à la mesure du mérite d’avoir opté en temps utile pour le nucléaire. Hors de question de laisser le marché sévir selon ses règles et monter les tarifs comme ceux des betteraves ou du gigot de mouton, s’indignèrent quelques censeurs désinformés ! Ayant payé leur nucléaire avec leurs impôts, les consommateurs français devraient aujourd’hui en récolter tous les fruits, quitte à extraire les prix français du jeu naturel des marchés européens.

Le hold-up de la loi NOME

On passera sur ce mensonge éhonté dissimulant que, jusqu’au début des années 2000, EDF était une entreprise, et non un département de l’État, soumise aux mêmes comptes que toute autre ; et qu’elle a financé l’intégralité de son parc nucléaire par l’emprunt et l’autofinancement, sans le moindre apport du contribuable. Ni le contribuable ni le consommateur n’ont donc quoi que ce soit à réclamer à EDF.

Seul son propriétaire – l’État – a des droits, que ses actionnaires, les électeurs, devraient définir avec précision et lui intimer de traduire dans les faits, sans équivoque.

Des décideurs élus ayant opté pour le marché UE auraient dû en respecter les règles dès son ouverture. Certes, les consommateurs français payeraient aujourd’hui leur électricité bien plus cher qu’au siècle dernier (1), mais il reviendrait à l’État, seul détenteur par procuration populaire d’une rente nucléaire considérable, d’en faire l’usage le plus approprié pour compenser cette hausse à tous les niveaux de l’économie.

Au lieu de cela, une classe politique félonne s’est fendue en 2010 de la scélérate loi NOME et de son bras armé ARENH, ordonnant à EDF de subventionner ses concurrents en leur cédant un morceau de son parc nucléaire – aubaine inespérée – à un prix assez bas pour effacer la rente nucléaire.

Le cap à tenir en 2027

EDF ayant retrouvé son statut d’avant 2005, le choix du mode d’application du marché européen se pose dans les mêmes termes qu’il y a vingt et un ans. Il n’est donc pas trop tard pour exiger de la politique énergétique issue des élections de 2027 qu’elle se débarrasse une bonne fois des oripeaux de la loi NOME, coupe court à l’usine à gaz du « contrat pour différence » avec l’électronucléaire et opte irréversiblement pour une concurrence pure, dure et sans artifice entre les kWh européens.

Corollaire indissociable : l’État devra affecter l’intégralité de la rente nucléaire à un abaissement drastique de la fiscalité sur les produits pétroliers, à l’allègement des charges pesant sur les entreprises et à des aides sociales ciblées.

Pour que l’effet d’un tel assainissement sur l’économie et la dynamique industrielle soit complet, il faut l’accompagner de la dénonciation à marche forcée de tous les contrats portant sur un équipement éolien notoirement inutile, à défaut d’être néfaste, qui plombe depuis trop longtemps finances publiques et privées.

Parallèlement, la production photovoltaïque doit être soumise à des exigences techniques drastiques, propres à éloigner du pays le syndrome ibérique du 28 avril 2025 et à favoriser l’autoconsommation.

En conséquence, il convient d’amener au plus tôt les candidats à la magistrature suprême à se positionner sur cette revendication, qui s’inscrit dans l’un des enjeux majeurs de la campagne. D’ores et déjà, les impétrants feraient bien de prendre connaissance de la lettre ouverte de Jean-Pierre Riou aux parlementaires, qui décrit par le menu le dévoiement à dominante germanique du marché UE, au moyen du sournois détournement du merit order (2).


(1) Ils la payent déjà plus cher, en direct et surtout en différé, indépendamment de toute concurrence falsifiée, du fait de l’extravagant mode d’exploitation d’outils de production tous mis au service de l’intermittence éolienne et photovoltaïque, conduisant par exemple à vendre des kW à prix négatif.

(2) https://lemontchampot.blogspot.com/2026/06/lettre-ouverte-aux-parlementaires-sur.html

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