(Par Kevin Stocklin
La Banque mondiale revient sur son engagement à financer des projets liés au climat dans les pays en développement.
Le 29 juin, cette institution internationale dédiée au financement du développement à l’échelle mondiale a annoncé qu’elle abandonnait son objectif consistant à consacrer 45 % de ses financements à des projets destinés à lutter contre le réchauffement climatique.
La Banque a indiqué qu’elle prolongeait son Plan d’action pour le changement climatique (CCAP), qui arrivait à échéance, tout en précisant qu’un groupe d’évaluation indépendant en dressera le bilan. Dans le cadre d’un « passage des moyens aux résultats », elle a toutefois annoncé qu’elle supprimait l’objectif imposant que 45 % de ses financements présentent des « cobénéfices climatiques ».
En renonçant à cet objectif, la Banque a expliqué qu’elle laissera désormais les pays emprunteurs définir eux-mêmes leurs priorités, au lieu d’imposer qu’une part fixe des prêts soit consacrée à des projets climatiques. Elle continuera néanmoins à suivre les effets de ses décisions de financement sur le climat.
Cette décision intervient peu après que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a qualifié les objectifs climatiques de la Banque mondiale de « facteurs de distorsion » et de « dénués de sens ».
Elle fait également suite à l’annonce du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies, selon laquelle son scénario le plus pessimiste de hausse des températures, connu sous le nom de RCP8.5, est « peu plausible ». Cependant, de nombreux militants pour le climat et plusieurs médias le considéraient comme un scénario de référence.
Fondée en 1944 afin de contribuer au financement de la reconstruction de l’Europe et du Japon après la Seconde Guerre mondiale, la Banque mondiale, dont le siège est à Washington, est progressivement devenue une organisation mondiale de développement comptant 189 pays membres. Les États-Unis en sont le principal contributeur, avec environ 16 % des droits de vote.
Les organisations environnementales ont vivement critiqué la décision de la Banque de supprimer ses objectifs climatiques.
Dans une lettre datée du 29 mai et signée par plus de 90 organisations, parmi lesquelles Amnesty International, le Fonds mondial pour la nature (WWF), le Natural Resources Defense Council, le mouvement MenaFem, Greenpeace, Islamic Relief et Surfrider Argentina, on peut lire :
« Alors que la limite de réchauffement climatique de 1,5 °C convenue au niveau international risque de plus en plus d’être dépassée d’ici le début des années 2030, les efforts de la Banque pour éradiquer l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée sur une « planète habitable » sont de plus en plus menacés, car les catastrophes climatiques anéantissent les progrès en matière de développement, alourdissent le fardeau de la dette des pays vulnérables au climat et exacerbent les problèmes de coût du capital qui limitent les investissements dans le développement. »
La lettre ajoute que la guerre en Iran a « remis en question la viabilité du gaz naturel liquéfié comme « énergie de transition » et risque de provoquer une forte inflation des prix alimentaires », tout en exhortant la Banque mondiale à continuer de privilégier le financement de projets éoliens, solaires et d’autres énergies renouvelables.
En revanche, les climatosceptiques ont salué cette décision.
« La mission première de la Banque mondiale est de réduire la pauvreté et de favoriser la croissance économique. Or, pendant des années, les exigences liées au climat ont détourné les financements des infrastructures énergétiques abordables et fiables qui permettent réellement aux pays en développement de se développer », a déclaré à Epoch Times Jason Isaac, directeur général de l’American Energy Institute.
« Un pays qui dispose d’un approvisionnement électrique fiable et d’une économie en croissance est bien mieux préparé à faire face à n’importe quel défi environnemental qu’un pays maintenu dans la pauvreté énergétique par des restrictions de financement dictées par l’idéologie », a-t-il précisé.
« victoire pour un développement économique rationnel et d’un signe que l’ère des gesticulations moralisatrices en matière de financement climatique au sein des institutions multilatérales pourrait enfin toucher à sa fin ».
D’autres observateurs se demandent toutefois si cette annonce modifiera réellement les pratiques de la Banque mondiale, en particulier alors que ses autres pays membres soutiennent fermement son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Éléonore Caroit, ministre française chargée du Développement, a déclaré :
« Nous ne jugeons pas acceptable l’expiration de ce plan d’action actuel, et nous voulons trouver une solution afin de pouvoir continuer à agir dans ce domaine. »
L’Europe connaît actuellement une vague de chaleur qui, selon les autorités sanitaires, a entraîné 1 300 décès supplémentaires. Alors que les températures ont atteint environ 40 °C en France cette semaine, plusieurs médias ont rapporté qu’Audrey Pulvar, adjointe à la maire de Paris, a écrit sur les réseaux sociaux que les Américains portent « une part importante de responsabilité dans le réchauffement climatique » en raison de l’utilisation très répandue de la climatisation aux États-Unis.
Certains critiques du financement climatique de la Banque mondiale estiment que les États-Unis devraient se retirer de cette institution, à l’image de la décision prise par Donald Trump en janvier de quitter l’Accord de Paris sur le climat ainsi que les organismes climatiques parrainés par les Nations unies.
« C’est une bonne chose que Trump ait réussi à contraindre la Banque mondiale à abandonner son objectif climatique, mais en réalité cette banque corrompue et dispendieuse se contentera de reclasser les dépenses liées au climat sous une autre appellation », a indiqué Steve Milloy, chercheur principal à l’Energy & Environment Legal Institute, dans un courriel adressé à Epoch Times.
« Ce que le président Trump devrait faire, c’est retirer les États-Unis des institutions internationales corrompues, dispendieuses et inefficaces comme la Banque mondiale. »