L’art perdu de prendre de « bonnes » décisions

En matière de politiques énergétiques, les décideurs politiques ne cessent de se tromper, et de nous tromper, depuis deux décennies.
Ils le font sciemment, par idéologie, par corruption, ou même quand ils sont de bonne foi parce qu’ils ne savent plus prendre des décisions de long terme rationnelles.
Une seule solution, relire et vite le « kit de détection des balivernes » écrit il y a trente ans par le grand scientifique américain Carl Sagan. 

Comment peut-on se tromper en permanence tout au long des années sans en tirer les conséquences ? Comment peut-on persister à utiliser des doctrines et des hypothèses fausses et à ne pas tenir compte d’échecs économiques, techniques et politiques répétés ?

C’est une question récurrente sur la politique énergétique suivie par la France et par l’Europe depuis une quinzaine d’années.

La réponse facile consiste à expliquer que les décideurs politiques ne reconnaissent jamais leurs erreurs. Que l’idéologie a pris le pas sur la réalité, tout particulièrement en matière d’énergie, au point d’ignorer les avis scientifiques et de tenter même souvent de les rendre inaudibles. Que la corruption en faveur de filières industrielles est endémique et que depuis longtemps l’intérêt général n’est plus chevillé au corps de l’appareil d’État et encore moins des institutions européennes.

Mais il existe aussi une autre dimension, celle de l’incapacité grandissante des dirigeants à prendre les « bonnes » décisions même quand leurs intentions sont louables. Ils ont en quelque sorte perdu le mode d’emploi de la décision politique de long terme à la fois réfléchie et rationnelle.

Le premier problème et non des moindres tient au fait que nous sommes noyés sous des flots d’informations qui la plupart du temps n’en sont pas vraiment. À l’ère numérique, la communication a totalement pris le pas sur l’information et l’a tout simplement noyée.

Il est même devenu de plus en plus difficile dans le brouhaha permanent de distinguer les faits incontestables à partir desquels construire des raisonnements tant ils sont manipulés, soigneusement sélectionnés pour défendre une thèse ou à l’inverse ignorés et dénigrés quand ils ne correspondent pas à ce qu’on entend « nous vendre ». Un magnifique exemple de cela est donné par la dérive de l’association Quota Climat.

Noyé sous un flot d’informations parcellaires et manipulées

Elle a pour vocation initiale d’inciter les médias audiovisuels à beaucoup plus traiter des questions climatiques. Une intention louable. Mais elle s’est aussi donnée plus récemment une tout autre mission, lutter contre ce qu’elle appelle la désinformation environnementale dans les médias.

Et là, tout se complique. Car Quota Climat, engagé dans un combat politique dogmatique, fait de la propagande et fait sciemment l’amalgame entre le climato-scepticisme et le débat nécessaire et légitime sur la politique énergétique.

Quota Climat considère ainsi comme étant du climato-scepticisme le fait :

  • de questionner l’utilité et le coût des investissements dans les renouvelables intermittents,
  • de relever les échecs répétés de la rénovation énergétique des bâtiments, de MaPrimRénov’ et du DPE (diagnostic de performance énergétique),
  • de s’interroger sur l’impact social et l’exclusion de populations défavorisées résultant de la création des ZFE (zones à faibles émissions)…

.

Pour en revenir à la prise de décision, elle part d’un principe qu’il faut aujourd’hui rejeter. Plus nous sommes informés, meilleure elle sera. Prendre de bonnes décisions ne dépend pas de la quantité d’informations que nous avons à notre disposition, mais de leur qualité. Ce danger est encore plus manifeste quand les informations sont recouvertes d’une dimension morale, le bien et le mal, et d’un impact émotionnel.

Pour tenter d’échapper à ce piège, au moins en partie, il existe un livre qui fait référence. Il a été écrit il y a trente ans par Carl Sagan, célèbre astronome américain qui a notamment participé aux programmes Pioneer et Voyager, et par son épouse Ann Druyan. Leur livre est intitulé Le Monde hanté par les démons, la science comme une bougie dans l’obscurité. Il propose notamment un « kit de détection des balivernes » qui comprend neuf principes intemporels permettant de séparer les faits de la fiction. Voici ces neuf principes :

1. Exiger une confirmation indépendante de toute affirmation présentée comme un fait

Quelle que soit la question envisagée, il est indispensable que la plupart des parties s’accordent sur la véracité des faits exposés. Cela n’est possible que si : les faits sont bien étayés et/ou bien établis, les informations sous-jacentes à ces faits ont été obtenues à l’issue d’une analyse exhaustive et rigoureuse, et que les faits ont été confirmés de manière indépendante, …

 
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