La science, et les catastrophes climatiques à 1 milliard de dollars

(P

Roger Pielke Jr. est un scientifique, professeur à l’Université du Colorado. Il vient de publier un article dans la célèbre revue Nature intitulé « L’intégrité scientifique et les catastrophes climatiques à un milliard de dollars ». Il y  démontre que le « tableau des catastrophes qui coûtent un milliard de dollars » présenté par la National Oceanic and Atmospheric Administration (Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, ou NOAA) ne répond pas aux normes de cette agence en matière de qualité de l’information et d’intégrité scientifique.

A la fin des années 1990, elle a commencé à publier un décompte de celles des catastrophes météorologiques et climatiques qui ont causé, chacune, plus d’un milliard de dollars de dégâts. La page web diffusant ce tableau est maintenant l’une des plus lues non seulement en Amérique mais aussi dans le monde, les médias comme les militants ou les décideurs politiques la citant régulièrement. Ses chiffres sont devenus un repère et un moyen de pression pour les organisations écologistes.

En 2023, la série chronologique des catastrophes à milliard de dollars était considérée un « élément incontournable de la sensibilisation du public au changement climatique ». Le programme de recherche sur le changement climatique des États-Unis (USGCRP), mis en place par le gouvernement américain, s’appuie sur elle car elle montre que

« les événements extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et de plus en plus graves ».

Néanmoins, selon Pielke,

« l’ensemble des données de la NOAA sur ces catastrophes manque de transparence à bien des égards, notamment en ce qui concerne ses sources et les méthodologies employées pour arriver aux résultats. »

Il a remarqué plusieurs vices de forme : manque de transparence concernant les éléments d’estimation des pertes dues aux événements extrêmes, ajouts et soustractions d’événements climatiques, ajustements apportés aux estimations des pertes.

On ne connaît pas exactement le nombre de versions qui ont été publiées de cet ensemble de données, dont certaines semblent ne pas avoir été correctement alimentées et n’ont pas été rendues publiques.

On sait que des modifications sont régulièrement apportées et que vraisemblablement il y a eu plusieurs dizaines de versions au cours des dernières décennies.

Cela rend presque impossible la vérification ou l’évaluation de ce qu’affirme l’Agence. Pielke donne de nombreux exemples, comme celui de l’ouragan Idalia qui a touché la région de Big Bend en Floride fin septembre 2023. Le montant des dégâts qu’il a causés s’élèverait à 2.5 Mds de dollars selon la NOAA. En réalité, aujourd’hui, ce coût est estimé à seulement environ 310 millions de dollars.

En conclusion, l’auteur demande à l’Agence de revoir toutes ses données et de les rendre accessibles afin que l’on puisse comprendre concrètement si, effectivement, depuis une trentaine d’années, nous avons affaire à des phénomènes climatiques plus graves et plus coûteux.

Car pour le moment, il s’agit de défauts scientifiques absolument incompatibles avec les standards d’une telle Agence.

Nos articles sont généralement publiés sous licence Creative Commons CC BY-NC-SA

Ils peuvent être reproduits sous la même licence, en en précisant la source, et à des fins non commerciales.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés avant d’être publiés, restez courtois.

Derniers commentaires :

Formulaire de contact

Recevoir la Newsletter hebdomadaire