(De Philippe Stoop dans European Scientist du
Le saviez-vous ? Le chiffre de 40 000 morts évitables par an, causées par la pollution de l’air en France, repose sur un modèle théorique, dont les paramètres diffèrent des données internationales (avec un risque relatif qui est le double des recommandations de l’OMS), et sont justifiés essentiellement par les résultats intermédiaires d’une étude épidémiologique française…qui ont été contredits par la suite.
Le 29 avril 2025, l’annonce de la suppression des ZFE (Zones à Faibles Emissions) a relancé les polémiques récurrentes sur le coût économique, social et sanitaire de la pollution due aux particules fines, et des mesures nécessaires pour l’éviter. Dans sa version médiatique et politique, ce sujet est une variante de l’opposition classique « fin de mois contre fin du monde », utilisée comme grille de lecture aussi bien par les courants écologistes que populistes : le coût social de cette mesure (qui oblige les propriétaires de voitures anciennes, appartenant souvent aux classes les plus défavorisées, à changer de véhicule), est-il justifié par son impact sanitaire attendu (la réduction de la mortalité due aux particules fines, chiffrée à 40 000 morts chaque année par un rapport de Santé Publique France) ?
Sur ce sujet, on ne peut pas parler de polémique scientifique : même les opposants les plus farouches aux ZFE ne contestent pas ces chiffres de mortalité. Interviewé par BFM Tv, le délégué général de l’association « 40 millions d’automobilistes » préférait les détourner avec un argument pour le moins inattendu : les voitures électriques, plus lourdes que les thermiques, émettraient plus de particules fines au freinage… Comme il ne citait aucun chiffre comparant les émissions dues au freinage (1) à celles émises par les moteurs thermiques, nous lui laisserons la responsabilité de cet étrange argument. Nous retiendrons seulement que le chiffre de 40 000 morts fait l’objet d’un très large consensus politique, même au dehors des cercles écologistes. Il mérite pourtant un sérieux examen sur le plan scientifique, comme nous allons le voir.
Pour essayer de couper court aux cris d’orfraie qui surgissent, sitôt que l’on conteste des chiffres sur la santé publique, rappelons qu’il y a un lien solidement établi entre l’exposition chronique aux particules fines et de nombreux troubles respiratoires (toux, bronchite, asthme,…), pouvant aggraver des pathologies cardiovasculaires déjà existantes. Il est également logique de penser qu’elles pourraient provoquer des cancers pulmonaires, au même titre que le tabac, puisque les particules les plus fines (les fameuses PM2.5) peuvent pénétrer très loin dans notre appareil respiratoire. Il est donc tout-à-fait légitime de chercher si l’on observe un lien entre cette exposition chronique et la mortalité.
Toute la question est de savoir si les études existantes, et en particulier celles de Santé Publique France, permettent réellement de démontrer ce lien et surtout de le quantifier.
40 000 morts par an : le résultat d’un modèle non validé
Ce chiffre de 40 000 morts par an dues à la pollution de l’air en France est issu de plusieurs publications successives de Santé Publique France (SPF). Ces études …
2 réponses
Je crois me rappeler que Poincaré avait dit au sujet des statistiques qu’elles ne devaient pas empêcher les mathématiciens d’avoir du bon sens.
– le notion de « mort prématuré » est discutable. Mort plus tôt par rapport à quand ? Comment quantifier ? Quelle est la part de la particule fine dans une cohorte de morts tout courts ?
– Pourquoi les gens ne tombent ils pas comme des mouches dans les zones urbaines ? Observe-t-on des hausses significatives sans l’aide des statistiques dans ces zones depuis un siècle ?
– on me parle de lien « solidement établi » entre pathologies respiratoires et présence de particules fines.
Certes, la silicose des mineurs de fond était un fléau. Mais qui travaille et vit dans des espaces confinés saturés de particules ? A-t-on des statistiques solides sur les mécaniciens auto, les chauffeurs routiers et les ouvriers du bâtiment ou même les gardes forestiers de l’ONF, tous très exposés ?? Ils meurent « plus tôt » de maladies respiratoires à cause des « particules fines » ?
– Et tous ces morts supposés, les voit-on apparaître clairement dans les stats par rapport aux autres causes de décès ???
Ces études sont decorrélées, contradictoires, spéculatives et ressemblent à une commande de justification de programme politique : elles ne valent pas un clou, le nombre de morts « tout court » par pollution de l’air en France, c’est zéro, ZFE ou pas.
J’ajouterais que nous sommes dans le domaine des faibles doses, dans lequel il est impossible de discriminer un facteur d’un autre, faute de traceur biologique (fumées du chauffage, tabac, pollution domestique des logements, pigeons, etc, etc).