Furfari : « Le Pacte vert européen a été écrit par Greenpeace »

Un entretien avec Samuele Furfari, professeur de géopolitique de l’énergie l’Université libre de Bruxelles, président de la Société européenne des ingénieurs et industriels et ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne. Propos recueillis par Éric Leser. Article paru dans le numéro 25 du magazine Transitions & Energies.

T&E – On a le sentiment aujourd’hui d’une inflexion de la politique énergétique européenne sur les véhicules électriques, sur les obligations environnementales des entreprises, sur les normes de pollution automobile, avec une volonté affichée de simplifier la législation et la réglementation. Comment expliquez-vous ce changement alors que la Commission était jusqu’à aujourd’hui toujours dans la surenchère pour imposer aux pays de l’Union des contraintes toujours plus fortes et toujours plus irréalistes de décarbonation ?

S.F. – J’ai été vraiment très déçu par mon institution, puisque j’ai travaillé trente-six ans à la Commission européenne, lorsqu’ils ont lancé en 2021 le fameux nouveau Pacte vert. Je l’ai trouvé tout de suite excessif, injustifié et très pénalisant. Il y a un an, lors de la campagne électorale pour les élections européennes du 9 juin 2024, le monde politique a tenté par petites touches de revenir ou d’amender certaines contraintes liées à ce Pacte vert. On a bien vu dans les résultats des élections l’opposition grandir à un programme irréaliste et dangereux. Le Parti écologiste a subi une véritable défaite au Parlement européen. Et les partis de droite et d’extrême droite qui ont progressé ont souvent fait campagne contre les contraintes écologiques grandissantes. Mais à cause du système, ils ont pu maintenir la même majorité qu’avant. Et même Ursula von der Leyen a été réélue à la tête de la Commission.

Mais la réalité énergétique est ce qu’elle est et vous ne pouvez pas l’ignorer indéfiniment. Nous sommes dans une impasse. C’est pour cela que nous assistons à des reculs, des révisions, des ajustements. Il y a des changements en cours. Enfin.

Parce que les comportements et les attitudes étaient devenus scandaleux. Un exemple. Le jour où les tracteurs ont envahi Bruxelles au printemps 2024, le même jour, la Commission annonçait pour 2040 un objectif de réduction de 90% des émissions de CO2. Et Mme von der Leyen a annoncé quand elle a été reconduite maintenir cet objectif. Elle devait l’annoncer fin février. À la fin mai, elle ne l’a toujours pas annoncé ni confirmé.

Il s’est tout simplement passé que plusieurs pays ont fait savoir, dans des termes diplomatiques, que cette fois-ci, cela commence à devenir insupportable, y compris la France. Cela signifie-t-il que c’est une pause tactique et qu’elle va y revenir si elle en a l’opportunité ? Son problème est de ne pas perdre la face. Ursula von der Leyen aura du mal à admettre qu’elle fait fausse route depuis 2021.

Maintenant, au sein même de la Commission, les divisions sont profondes. Il y a plusieurs commissaires de droite qui sont fermement opposés au Pacte vert et de l’autre côté des commissaires de gauche et écologistes qui le soutiennent. Heureusement, nous n’avons plus l’extrémiste Frans Timmermans, qui était premier vice-président de la Commission, et surtout son chef de cabinet Diederik Samsom, ancien membre de Greenpeace. Il faut savoir que le Pacte vert européen a été écrit par Greenpeace.

La Commission a été noyautée par des idéologues. Et je vous assure, ce n’était pas comme cela avant. J’ai travaillé trente-six ans à la Commission et il n’y avait pas de programme idéologique à imposer. Nous étions là pour apporter des solutions aux problèmes qui existaient, pour trouver les moyens de fournir de l’énergie abondante et abordable et pour développer le marché intérieur. Il y avait une dynamique extraordinaire pour le bien commun et pour renforcer une Europe unie.

T&E – Cela veut-il dire, compte tenu du poids aujourd’hui de l’idéologie politique écologiste au sein de la Commission, que le recul sur le Pacte vert est avant tout tactique et lié à des circonstances moins favorables, mais que sur le fond l’objectif à Bruxelles reste la décarbonation, quel qu’en soit le coût économique, politique et social ? Et question subsidiaire, comment la Commission peut-elle continuer à imposer des objectifs …

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