La bataille mondiale du stockage de l’électricité

Le graal de la transition énergétique, c’est le stockage à grande échelle, avec des technologies accessibles et à des coûts acceptables, de l’électricité décarbonée. On peut parler aujourd’hui à l’échelle mondiale d’une véritable course à l’armement à coup de milliards de dollars d’investissements pour dominer les technologies, notamment celles des batteries stationnaires, les chaînes d’approvisionnement en minéraux et les capacités de production qui permettront de stocker l’électricité. Il ne s’agit plus de savoir qui contrôle les puits de pétrole ou les gazoducs, mais qui maîtrise les technologies permettant d’éclairer les villes lorsque le soleil se couche et que le vent cesse de souffler.

L’histoire de l’énergie à l’ère industrielle peut se résumer à une course pour accéder aux ressources, d’abord le charbon, puis le pétrole et le gaz. Avec la transition énergétique, la quête change de nature. Bien sûr, il est toujours indispensable de collecter des ressources dans le sous-sol, notamment les fameux minerais stratégiques ou critiques, mais ce n’est pas suffisant.

La transition énergétique passe par l’électrification des usages et la production d’électricité décarbonée. L’éolien et le solaire sont ainsi devenus désormais les sources d’électricité qui connaissent la croissance la plus rapide sur la planète.

Mais le principal problème avec le développement de la production électrique par des renouvelables intermittents est… leur intermittence. Les éoliennes et les panneaux photovoltaïques permettent de produire de l’électricité décarbonée quand les conditions météorologiques sont favorables. Quand il y a du vent et du soleil. Cela signifie que les renouvelables intermittents produisent souvent trop ou trop peu, ne permettent pas d’ajuster la production à la demande et déstabilisent les réseaux et les marchés de gros de l’électricité avec des prix qui s’effondrent quand il y a du vent et du soleil en abondance et s’envolent quand il n’y en a pas.

Le stockage est la seule solution

Pour limiter les problèmes liés à leurs inconvénients, il n’y a qu’une seule solution. Il faut parvenir à stocker une partie de l’électricité produite quand les conditions sont favorables pour pouvoir la réinjecter dans les réseaux quand elles ne le sont pas.  Voilà pourquoi stocker l’électricité est devenu un enjeu majeur marqué par une véritable course mondiale à l’armement. Le stockage est le champ de bataille sur lequel se joue en partie l’avenir de l’énergie décarbonée. Il ne s’agit plus de savoir qui contrôle les puits de pétrole ou les gazoducs, mais qui maîtrise les technologies permettant d’éclairer les villes lorsque le soleil se couche et que le vent cesse de souffler.

Maintenant, il faut tout de même savoir que sur le plan physique l’électricité ne se stocke pas. Elle se transforme mécaniquement (hydraulique), chimiquement (batteries, hydrogène) pour permettre de produire à nouveau de l’électricité. Ce qui signifie qu’il y a forcément une perte d’efficacité plus ou moins importante.

Les batteries stationnaires ont le vent en poupe

Jusqu’à récemment, les technologies permettant le stockage à grande échelle étaient relativement limitées, hydraulique avec les STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage) et la production d’hydrogène bas carbone par électrolyse qui reste embryonnaire. La bataille économique et technologique s’est maintenant concentrée sur les batteries stationnaires et des techniques expérimentales et prometteuses faisant appel à la gravité ou à la chaleur. Les batteries ne sont pas encore, loin de là, à l’échelle des besoins d’une agglomération, et encore moins d’une région et d’un pays. Mais les progrès sont rapides et surtout les investissements considérables.

Cette filière est ainsi devenue un pôle d’attraction pour les investissements mondiaux. Selon le cabinet Wood Mackenzie, le marché mondial du stockage devrait être multiplié par dix d’ici 2030, ce qui représente des centaines de milliards de dollars.

The Statistical Review of Energy 2025 montre l’accélération du stockage par batteries à grande échelle. En 2024, la capacité mondiale de stockage sur réseau a atteint 126 gigawatts, …

 
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2 réponses

  1. Comme souvent, les journalistes confondent GW et GWh. Je suppose que les 126 GW dont parle l’article sont en fait des GWh, et que donc cette capacité mondiale permet de restituer 126 GW pendant une heure.

    On est très loin de pouvoir stocker l’énergie éolienne de façon à pouvoir la restituer pendant des périodes anticycloniques qui peuvent durer des semaines.

  2. Oui, cet article laisse entendre que decarboner est un choix stratégique de la plus haute importance, que tout le monde s’y colle et que les progrès sont rapides.
    L’ignorance, l’incompétence ou le militantisme du journaliste empêchent de voir que decarboner est inutile et coûteux, que de plus en plus de pays, heureusement, s’en fichent et qu’on a quasiment pas réalisé de progrès en stockage de l’électricité depuis cent ans.

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