Taxe carbone aux frontières : le nouveau cauchemar bureaucratique que Bruxelles impose aux PME

Le MACF, aussi appelé CBAM en anglais, vise à aligner le coût carbone des produits importés sur celui supporté par les producteurs européens soumis au marché du carbone de l’Union européenne. Il s’applique aujourd’hui à l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’électricité et l’hydrogène, des secteurs jugés extrêmement polluants et exposés à une forte concurrence internationale.

L’objectif affiché par Bruxelles est de protéger les industriels européens contre une concurrence déloyale de producteurs étrangers qui ne subissent pas les mêmes exigences environnementales et d’éviter les délocalisations.

Un système pensé pour taxer le carbone

Le MACF repose sur un principe simple sur le papier : faire payer aux importations un prix du carbone comparable à celui supporté en Europe, où les entreprises doivent acheter des quotas pour polluer. En phase de test depuis 2023, le mécanisme devient pleinement opérationnel en 2026. La Commission européenne veut l’étendre à 180 produits importés contenant beaucoup d’acier et d’aluminium, notamment des machines industrielles lourdes, des équipements spécialisés comme des radiateurs industriels, mais aussi des biens plus courants tels que des machines à laver et des réfrigérateurs-congélateurs.

Pour les autorités, cette réforme répond d’abord aux attentes des grands groupes industriels européens.

« Cette réforme, c’est d’abord une demande forte de nos industriels » qui « réclament depuis longtemps un traitement égal et juste vis-à-vis de nos concurrents étrangers, ceux qui ont peu ou pas de règles climatiques »,

a souligné le commissaire européen Stéphane Séjourné, chargé de la stratégie industrielle, d’après l’AFP. Bruxelles veut ainsi envoyer un signal politique aux filières européennes de l’acier et de l’aluminium, en difficulté, tout en prétendant favoriser la décarbonation.

Des valeurs par défaut de plus en plus pénalisantes

Le dispositif s’appuie sur des « valeurs par défaut » d’émissions lorsque les données réelles ne sont pas disponibles ou jugées insuffisantes. Une valeur par défaut correspond à un niveau standardisé de CO₂ attribué à un produit importé si l’importateur n’apporte pas de données vérifiées sur les émissions réelles de l’usine de production. Ces valeurs vont devenir progressivement plus pénalisantes : à partir de 2026, une majoration de 10 % s’applique, puis 20 % en 2027 et 30 % à partir de 2028.

Pour certains industriels, ce mécanisme risque de produire des effets opposés à ceux annoncés. Le PDG de Constellium, Jean‑Marc Germain, estime dans une interview à l’AFP le 5 décembre dernier que le MACF « fait exactement l’inverse » de l’objectif poursuivi et que le dispositif, censé aider la décarbonation, pourrait au contraire en compromettre l’efficacité.

La compétitivité à l’export menacée

Selon Jean‑Marc Germain, la structure même du système alourdit les coûts pour les producteurs européens et menace leur compétitivité à l’export. Il détaille le risque : les produits destinés à l’aéronautique, à l’automobile ou à l’emballage deviendront plus chers, ces hausses se refléteront dans les prix facturés, et les clients exportateurs perdront en compétitivité sur les marchés mondiaux.
 
S’y ajoute, dit‑il, un handicap énergétique majeur : un prix de l’électricité déjà « trois fois plus élevé » en Europe que chez des concurrents comme la Chine ou les États‑Unis, alors même que la décarbonation suppose d’augmenter les usages de l’électricité.
 
Anticipant cette cascade de hausses de coûts qui se répercuteront sur toute la chaîne de valeur, le patron du spécialiste de l’aluminium, demande que ce matériau soit retiré du champ du dispositif appliqué à partir de 2026. À défaut, des « ajustements massifs sont nécessaires », affirme-t-il, plaidant que
« l’Europe ne produit pas assez d’aluminium, un matériau absolument critique pour la défense ».

Une exception limitée pour les engrais

Face à la colère du monde agricole, la Commission européenne a dû aménager le dispositif pour les engrais importés. Elle a annoncé une adaptation de la taxe carbone aux frontières afin de limiter la hausse des prix dans un contexte de crise agricole.

« Vu la crise agricole, les difficultés que peut rencontrer le milieu, nous avons pris une disposition extraordinaire sur les engrais pour limiter l’augmentation des prix et qu’il n’y ait pas d’impact pour les agriculteurs au moment de l’achat et du stockage de l’engrais importé », a déclaré Stéphane Séjourné lors d’une conférence de presse à Strasbourg, d’après l’AFP.

Un choc administratif  inédit pour les PME

Pour les PME importatrices, la principale menace ne tient pas seulement au coût, mais à la complexité administrative. Les entreprises doivent désormais déclarer le contenu carbone des produits qu’elles importent, avec l’objectif officiel de freiner les importations les plus polluantes.

Sur BFMTV, un chroniqueur décrit un parcours kafkaïen : un guide « pas à pas » de 158 pages publié par Bercy détaille l’obligation de s’inscrire sur un registre européen, de demander un statut d’importateur autorisé et de fournir

« attestation de régularité fiscale, liasse fiscale, chiffres financiers sur trois ans, nombre d’employés, prévisions d’importation détaillées produit par produit ».

La charge ne s’arrête pas là. L’importateur devra obtenir auprès de son fournisseur étranger les données d’émission de l’usine, sous peine de se voir appliquer une valeur par défaut majorée pouvant atteindre 30 %, poursuit BFMTV. À cela s’ajoute un reporting trimestriel obligatoire.
« Si les grandes entreprises sont plutôt rodées à ce type d’exercice, les PME semblent en revanche beaucoup plus exposées »,
car il s’agit de maîtriser des notions d’« émissions directes ou indirectes » et de règles de traçabilité, autant d’exigences relevant d’un véritable « travail d’ingénieur carbone ».
Alors que Paris et Bruxelles disent vouloir alléger le poids des normes, ce nouveau dispositif fait peser sur les PME  « un nouveau choc administratif », affirme BFMTV.

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