(Par Hugues Serraf sur Atlantico du xx/1/26)
Le Danemark qui veut revenir sur l’interdiction des réacteurs nucléaires, Merz qui qualifie la sortie allemande de l’atome de « grave erreur stratégique » : quand la politique énergétique française irradie…
On dit qu’il faut garder ses vieux vêtements parce qu’ils finissent toujours par revenir à la mode mais la même chose est peut-être vraie des vieilles politiques énergétiques. Quelques jours après l’aveu, par la voix de Friedrich Merz, de la « grave erreur stratégique » qu’aura été la sortie du nucléaire pour l’Allemagne, c’est au tour du Danemark de faire son aggiornamento radioactif…
Champion de l’éolien, qui représente près de 60 % de sa production électrique (20 TWh en 2025), poids lourd de la fabrication de pales et de turbines dont son leader Vestas contrôle 10 % du marché mondial et fait vaillamment la nique aux Chinois, le petit royaume scandinave s’apprête à revenir sur l’interdiction de construire des réacteurs nucléaires pourtant en vigueur depuis 1985.
« Le vent et le solaire doivent rester la colonne vertébrale de la production danoise, vient ainsi de déclarer Lars Aagaard, ministre de l’Energie et du Climat, mais il est clair que ça ne saurait suffire : nous devons examiner d’autres technologies susceptibles de nous fournir de l’énergie verte ».
Un point d’ailleurs défendu depuis plusieurs années par Anders Fogh Rasmussen, ancien Premier ministre et prédécesseur de Mark Rutte à la tête de l’OTAN, qui qualifiait l’interdiction de « ridicule » sur fond de panne géante dans la péninsule ibérique en avril dernier. Dans leur nouvelle approche, les Danois privilégieraient toutefois le recours aux « SMR » ou aux « micro-réacteurs » plutôt qu’à des centrales de grandes tailles, « ces petits équipements modulaires standardisés d’une capacité maximale de 300 MW » pouvant être fabriqués rapidement et à moindre coût.
Dans un communiqué publié jeudi, Aagaard prévoit désormais le lancement d’études sur le cadre réglementaire dans lequel ces modèles réduits pourraient être produits, le pays ne disposant ni d’autorités de contrôle de sûreté ni de capacités de gestion des déchets depuis la mise à l’arrêt de ses sites de recherche au début des années 2000.
La France, un temps tentée de mettre ses propres centrales au rancart mais qui vient pourtant de battre son second record consécutif d’exportation d’électricité ferait bien de se méfier : restée le phare à l’uranium éclairant l’Europe pendant les années de ringardisation du nucléaire, elle est à la traîne côté SMR. Il serait malheureux qu’elle loupe la nouvelle Fashion week…
Une réponse
Relancer le nucléaire dans un pays qui ne dispose pas d’Autorité de sûreté nucléaire paraît bien incongru. Qui plus est quand on pense aux SMR dont le caractère disséminant va totalement à l’encontre de la sûreté.