En Espagne, des oliviers sont arrachés pour y mettre des parcs solaires

Oliviers arrachés en Espagne – À Lopera, village de 3600 habitants situé à environ 200 kilomètres au nord‑est de Séville, des organisations paysannes estiment qu’un basculement historique de l’usage des terres est engagé au profit de grandes entreprises de l’énergie.

L’Andalousie, qui compte déjà parmi les régions d’Europe les plus équipées en centrales solaires, concentre aussi des centaines de milliers d’hectares d’oliveraies, dont 37% de la production espagnole d’huile d’olive dans la seule province de Jaén.

La cohabitation entre ces deux réalités est devenue l’un des fronts les plus visibles de la transition énergétique en Espagne, entre objectifs climatiques nationaux et inquiétudes pour la survie de l’agriculture locale.

À Lopera, jusqu’à 100.000 oliviers menacés

Selon la Plateforme Campiña Norte contre les Méga‑Centrales Solaires, la construction de huit parcs photovoltaïques en cours de développement sur la commune de Lopera pourrait entraîner l’arrachage d’environ 100.000 oliviers. Le gouvernement régional andalou avance un chiffre nettement inférieur, de l’ordre de 13.000 arbres supprimés, illustrant l’ampleur du désaccord. Dans les faits, les habitants signalent déjà la destruction d’environ 5.000 arbres sur des parcelles cédées à des opérateurs privés.

Ces projets couvriraient à terme près de 1000 hectares de terres agricoles autour du village, dans une zone fertile proche du Guadalquivir qui attire des groupes comme Greenalia ou FRV Arroyadas. À Lopera, « tout ou presque tourne autour de l’huile d’olive », résume un reportage de l’AFP, rappelant la dépendance économique du territoire à cette monoculture. La coopérative locale La Loperana chiffre à environ 2,2 millions d’euros la perte annuelle pour la commune si 500 hectares d’oliveraies disparaissent.

Pour de nombreux exploitants, l’enjeu dépasse la seule dimension économique.

« Ces terres nous viennent de nos ancêtres. Maintenant, qu’est‑ce que je vais donner à mes enfants ? », s’interroge ainsi María Josefa Palomo, retraitée de 67 ans.

Dans les manifestations organisées avec tracteurs et banderoles où l’on peut lire « Nous ne voulons pas de centrales solaires », les agriculteurs dénoncent la perte d’un paysage et d’un mode de vie.

Entre objectifs climatiques et accusations de « transition brutale »

Pour le gouvernement espagnol, ces projets s’inscrivent dans une stratégie visant à porter la part des renouvelables à plus de 80% de la production électrique d’ici 2030, après avoir déjà dépassé 50% l’an dernier. Madrid et la Junte d’Andalousie (le gouvernement régional) défendent une politique indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, créatrice, selon eux, d’emplois et de recettes fiscales dans des zones souvent marquées par l’exode rural.

Les opposants contestent ce récit et jugent ces bénéfices largement surestimés. Des agriculteurs andalous affirment que la conversion de leurs terres en parcs solaires détruira davantage d’emplois agricoles qu’elle n’en créera dans la filière énergétique et réduira les revenus locaux, notamment dans les communes dépendantes de la production d’huile d’olive. Ils pointent l’influence croissante de fonds d’investissement étrangers et de grandes entreprises du secteur, accusées de capter les profits au détriment des communautés rurales.

Dans les rues de Lopera et d’autres villages, manifestations, recours juridiques et actions de sensibilisation se multiplient pour tenter de freiner les arrachages.

« Abattre des oliviers pour mettre des panneaux solaires, c’est un crime », s’indigne un agriculteur andalou qui voit une partie de ses parcelles menacée.

Pour l’heure, les autorités régionales maintiennent le cap, tout en assurant vouloir concilier transition énergétique et protection d’un paysage agricole parmi les plus emblématiques d’Europe.

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