Le solaire photovoltaïque vient de franchir un seuil économique critique

C’est une évolution majeure pour la production d’ électricité et pour la transition énergétique passée relativement inaperçue. Le solaire ne nécessite plus un investissement initial supérieur à celui du charbon ou du gaz pour produire la même quantité d’électricité sur une année.
L’élément important est le fait que le calcul porte sur une année en dépit de l’intermittence et du coût des batteries de stockage pour tenter d’y pallier. Il y a dix ans, la différence de coût pouvait aller jusqu’à cinq contre un.
Si les batteries et le besoin d’une plus grande flexibilité du réseau alourdissent considérablement les coûts réels du système électrique avec du solaire, les solutions combinant photovoltaïque et stockage sont aujourd’hui compétitives face aux nouvelles centrales à combustibles fossiles dans de nombreux pays.
C’est ce que montre une étude d’Ember qui est en général une organisation sérieuse, même si évidemment elle plaide pour les renouvelables intermittents.
Cela dépend évidemment de l’ensoleillement annuel, du coût des combustibles fossiles et de la durée de vie réelle des équipements. Mais les pays en développement qui ont besoin de développer rapidement leur production électrique ne sont plus condamnés aux centrales à charbon. Cela explique pourquoi l’Inde, le Pakistan, les Philippines investissent massivement dans le solaire photovoltaïque.

Pendant des années, les arguments économiques en faveur de l’ énergie solaire photovoltaïque ont été simplistes, commerciaux, dogmatiques et orchestrés dans les médias et auprès des politiques par le puissant lobby des renouvelables. Ils mettaient en avant la baisse continue du prix des panneaux et en déduisait un coût au kWh produit de plus en plus faible et compétitif. Le coût d’installation du solaire photovoltaïque s’est effectivement effondré, il n’y a pas d’autre mot, avec la montée en puissance de l’industrie chinoise. Il a ainsi baissé de 87% depuis 2010, selon l’IRENA (International Renewable Energy Agency) ! 

Le problème est que le coût de production ne s’arrête pas à celui de l’installation d’un parc. Ce qui compte et que se gardait bien de mettre en avant le lobby des renouvelables, c’est le fameux coût complet. L’intermittence à un coût, tout comme le facteur de charge très faible du photovoltaïque compris en France selon RTE (Réseau de transport d’électricité) entre 13 et 15%. Rappelons que le facteur de charge est le rapport entre l’électricité réellement produite par une installation solaire et l’énergie qu’elle aurait produite théoriquement si elle avait fonctionné à sa puissance nominale en continu pendant cette période. Il faut ajouter au facteur de charge pour obtenir le coût complet, celui de l’adaptation des réseaux, la durée de vie limitée des panneaux, le problème de l’investissement dans des équipements pilotables indispensables quand le soleil est absent et enfin le coût du stockage éventuel de la production quand elle est surabondante. Tout cela change totalement l’équation.

Effondrement du coût des panneaux et des batteries

Mais ce que nous « vendaient » depuis des années les promoteurs du solaire photovoltaïque et leurs relais devient aujourd’hui une réalité. Le coût complet de l’électricité solaire est devenu, dans un grand nombre de pays qui bénéficient d’un ensoleillement élevé et n’ont pas comme la France un parc nucléaire puissant et amorti, le plus compétitif pour produire de l’électricité, à fortiori bas carbone. Même si le photovoltaïque émet plus de gaz à effet de serre, du fait notamment du processus de fabrication des panneaux et des métaux critiques nécessaires pour cela, que l’éolien et le nucléaire. 

Un facteur décisif est le fait qu’il devient possible de compenser, en partie, l’intermittence du solaire par le stockage par batteries dont les coûts ont aussi considérablement baissé. Un recul spectaculaire de 93% depuis 2010 toujours selon l’IRENA. Elle évalue le coût de l’électricité solaire associée à des batteries entre 54 et 82 dollars le mégawattheure (MWh) dans les régions à fort ensoleillement. À titre de comparaison, ce coût se situe entre 70 et 85 dollars le MWh pour les nouvelles centrales au charbon en Chine et dépasse 100 dollars le MWh pour les nouvelles turbines au gaz à l’échelle mondiale.

Une vraie alternative y compris pour les pays en développement

Pour donner une idée plus précise du prix effondré des panneaux photovoltaïques fabriqués en Chine, il est aujourd’hui en septembre 2026 de 12 cents le watt en 2026, contre 5 à 6 dollars au début du millénaire selon le Financial Times. Cela explique le déploiement record d’installations solaires en toiture, des cimenteries pakistanaises aux foyers philippins en passant par les banlieues australiennes. Un géant pakistanais du ciment a réduit ses coûts énergétiques de 40% grâce à l’énergie solaire sur ses sites de production, tandis que la capacité solaire en toiture aux Philippines a presque doublé en un an. Parallèlement, l’Afrique est en passe d’installer une capacité record (en gigawatts) et l’Australie a équipé plus de 4 millions de foyers de panneaux solaires. L’année dernière, l’Inde a ajouté un volume sans précédent de 44 GW d’énergie solaire, portant sa capacité solaire installée à 154 gigawatts.

Et l’IRENA prévoit une nouvelle baisse de 30% du coût du solaire associé aux batteries d’ici 2030. Cela ne signifie pas pour autant que des installations de batteries d’une autonomie de quatre heures puissent soutenir et solidifier l’ensemble d’un système électrique. Elles ne sont pas à l’échelle des besoins d’une métropole et encore moins d’une région et d’un pays. Mais elles apportent un peu de flexibilité. Cela ne signifie pas non plus que les mêmes réalités économiques s’appliquent à Stockholm et à Abou Dabi. Mais une étude récente d’Ember montre que pour les pays en développement le photovoltaïque, en dépit de ses inconvénients, représente aujourd’hui une vraie alternative à une centrale thermique au charbon et à gaz. 

Les capacités installées n’ont pas d’importance, ce qui compte c’est la quantité d’électricité produite à l’année

Une fois pris en compte le stockage et la flexibilité, l’ énergie solaire ne devient plus hors de prix. Sur les marchés favorables, le solaire pilotable s’inscrit dans la fourchette de coûts des nouvelles centrales à combustibles fossiles. Pendant longtemps, le problème du solaire était l’investissement initial qui était jusqu’à cinq fois supérieur à celui d’une centrale thermique. Après au fil du temps, le photovoltaïque devenait plus intéressant car il n’y avait pas le combustible à acheter, mais le problème était de dégager les capitaux initiaux. Un cap fondamental a été franchi. L’énergie solaire rivalise désormais avec les combustibles fossiles avant même que la première tonne de charbon ou le premier mètre cube de gaz ne soit acheté.

Dans son étude, Ember ne tombe pas dans le piège dans lequel tombent allégrement, en France notamment, les politiques et les médias en se gargarisant des capacités installées éoliennes et solaires. La puissance nominale n’a pas beaucoup de valeur. Un mégawatt solaire ne produit pas la même quantité annuelle d’ électricité qu’un mégawatt nucléaire ou au gaz, car le soleil ne brille pas en continu. Ember compare donc les capitaux nécessaires pour fournir une même quantité d’électricité.

C’est la comparaison économiquement pertinente. L’énergie solaire nécessite une capacité installée bien plus importante pour atteindre le même niveau de production annuelle. Le coût en capital qui en résultait offrait un argument simple en faveur des combustibles fossiles : construire dès maintenant la centrale la moins chère et payer le combustible plus tard. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, y compris en intégrant des capacités de stockage par batteries. Si le profil d’investissement du solaire reste inchangé — la majeure partie des dépenses doit toujours être engagée au départ —, le montant de capital requis, lui, a baissé. Cela revêt une grande importance pour les pays qui importent des combustibles fossiles et voient leurs cours s’envoler.

Des capacités pilotables sont et seront toujours nécessaires

Si le débat sur la transition énergétique est façonné par l’Europe, la Chine et les Etats-Unis, la parité des coûts initiaux entre solaire et fossiles s’avère déterminante pour les économies émergentes. Ces pays sont souvent confrontés simultanément à trois défis : une demande d’électricité en forte hausse, des coûts d’emprunt élevés et une dépendance aux importations de charbon, de  pétrole ou de gaz. Ils ont besoin de nouvelles capacités de production rapidement, mais ne peuvent pas toujours les financer.

Le solaire présente également l’avantage de la modularité. Un pays n’est pas obligé de financer une centrale de plusieurs gigawatts en une seule fois. La capacité peut être augmentée par tranches et les délais de construction sont courts.

Attention, rien de tout cela ne supprime le besoin de capacités pilotables de production électrique.

Mais cela modifie la façon dont cette capacité doit être valorisée et utilisée. Le futur système électrique ne se résumera pas à du solaire couplé à des batteries. Il s’agira d’un portefeuille diversifié : nucléaire, solaire et éolien à bas coût, batteries pour le décalage de charge quotidien, réseaux renforcés, consommation flexible, hydroélectricité et un recours limité aux centrales thermiques pour pallier les pénuries rares. Ce système a un coût qu’il faut mesurer et comparer dans son ensemble et ne pas distinguer les différents éléments. Ils sont tous nécessaires. 

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