NDLR : pour mémoire, l‘objectif (totalement arbitraire) pour la France est clair : réduire de 31% les émissions d’ici 2030, donc passer des 131 MtCO2e actuels à 90 MtCO2e en 2030 ; et réduire notre consommation énergétique de 20% sur la même période, des 500 TWh actuels à 400 TWh en 2030.
A peu de choses près, la PPE 3 (1) ne se présente que comme une disposition particulière de la sacro-sainte Stratégie Nationale Bas Carbone, la SNBC, réputée prémunir les Français contre un péril dont l’imminence est encore moins démontrée que le nature anthropique de la cause. L’objectif clairement affirmé de cette programmation manifeste moins le souci de répondre durablement aux besoins énergétiques du pays que celui de décarboner son mix de production. Nous allons montrer que le grave péril dont l’imminence est avérée n’est pas celui qu’on croit, mais se trouve déjà dans les tuyaux de la PPE3, pour ce qui concerne l’énergie électrique.
Tout d’abord, raisonner en Wh, KWh, MWh ou TWh en matière de prospective énergétique fleure l’imposture. Ces unités ne sont qu’à usage commercial, mesurant par lots les quantités d’énergie à facturer qui, avant d’avoir été consommées ont dû être mises à disposition. Ce qui préoccupe au quotidien le consommateur n’est pas sa facture à venir, mais plutôt de disposer à l’instant T de Watts – symbole W et KW, MW et TW pour les multiples – c ’est -à-dire de joules par seconde (2) en nombre suffisant. Partant, ce que nous promet la PPE 3 pour les années à venir a de quoi angoisser les spectateurs impuissants que nous sommes tous du vertigineux tourbillon énergétique emportant aujourd’hui la civilisation quasiment à son corps défendant. Songez plutôt :
Cette PPE 3 est assise sur une sobriété et une efficacité énergétiques visant à consommer 30 % de KWh de moins qu’en 2012, à l’horizon 2030, 50 % à l’horizon 2050, sobriété et efficacité auxquelles il faut empêcher les Français de se dérober, sous peine de catastrophe. Le périmètre DEE2 va même jusqu’à envisager une consommation nationale d’énergie passant de 1509 TWh en 2023 à 1244 TWh en 2050, avec un mix énergique électrique à seulement 39 %, vers 2035. À croire que le monde dans lequel vivent les auteurs de cette PPE 3 est dépourvu des transferts énergétiques modaux dont tout un chacun a le loisir d’observer l’accélération en faveur de l’électricité – mobilité, domotique, drones… – et ignore le gargantuesque appétit de l’industrie de l’information et de l’intelligence artificielle : une requête IA type, usant d’un grand modèle de langage, consomme en moyenne 3 Wh, soit 10 fois plus qu’une consultation Google ; une heure de streaming vidéo consomme 100 à 150 Wh.
La difficulté de maîtriser l’équilibre production-consommation de KWh électriques met déjà en danger l’économie française et le confort de la population, un danger auquel l’exécution intégrale de la PPE 3 ne manquera pas de donner la catastrophique consistance décrite ci-après. Précisons en premier lieu que l’image dudit équilibre est une fréquence du courant à maintenir rigoureusement à la valeur de 50 Hertz (Hz). Hélas, tous les groupes de production ne sont pas aptes à procéder au réglage de cette dernière, en exécutant les variations de puissance requises en amplitude, en délai et en temps. Éolien et photovoltaïque ne le sont pas. La tâche incombe donc aux seuls groupes de production thermique classique – fuel, gaz, charbon –, nucléaire et hydraulique de chute.
Les forces électromagnétiques rendent ces groupes débitant sur un même réseau physiquement solidaires, et la participation de chacun au réglage primaire de fréquence s’exprime en MW/Hz. Celle d’un groupe nucléaire de 900 MW vaut par exemple 450 MW/Hz, celle d’un groupe 1300 MW vaut 650 MW/Hz, celle d’un groupe hydraulique de chute de 100 MW vaut 50 MW ; la participation à ce réglage devrait être d’au moins 50 000 MW/Hz sur le parc de production européen, mais, dans les faits, elle dépasse rarement 30 000 MW/Hz. Exemple de réglage : après qu’une tranche nucléaire de 1300 MW se soit brutalement soustraite de ce réseau européen, un déficit de réglage de 1300/30000 Hz, soit 44 mHz, survient qui obligent tous les groupes de 900 MW à régler instantanément pour une ∆P = -K∆F de -450 x 0,044 (3), soit 19,5 MW ou 2,2 % de leur puissance nominale.
Transportons-nous maintenant vers un jour de printemps ensoleillé et venté de 2035. La PPE 3 est passée par là, donnant au pays le parc électrique suivant (cf le projet soumis à consultation) : 60 GW de nucléaire ; 80 GW de photovoltaïque ; 43 GW d’éolien terrestre ; 18 GW d’éolien marin ; 28 GW d’hydraulique dont 5,6 GW « fil de l’eau », une énergie fatale et non réglante au même titre que l’éolien ; 18 GW de gaz difficiles à estimer ; peut-être 1 ou 2 GW de bio-énergie encore plus difficiles à estimer.
Les conditions météorologiques sont particulièrement favorables, de sorte que le mix de production du moment est le suivant : 15 GW nucléaires ; 38 GW de photovoltaïque ; 30 GW d’éolien terrestre ; 12 GW d’éolien marin ; 5 GW hydraulique fil de l’eau ; 4 GW hydrauliques de chute ; 1 GW gazier. La puissance réglante en service est de 12 GW/Hz (ou 12 000 MW/Hz) assurée par le nucléaire, l’hydraulique de chute et le gaz.
Hélas, survient une perturbation dont la France a depuis longtemps le secret, qui, en quelques heures, soustrait
25 GW de solaire, 8 GWd’éolien terrestre et 3 GW d’éolien marin à la production électrique nationale, soit 36 GW ou 36 000 MW en tout. Par malchance, tout ou partie de cette production fatale disparue n’était pas cédé à prix négatifs ; on se demande bien d’ailleurs à qui elle aurait pu l’être dans ce système électrique UE de 2035, le même en pire que le système français. Un déficit de réglage de 36 000/12 000 Hz, soit 3 Hz, devient alors impossible à compenser par la participation primaire du nucléaire, de l’hydraulique et du gaz en service et l’enchaînement suivant ne traîne pas à s’enclencher :
- à 49 Hz, RTE sollicite une réserve de production d’ajustement inexistante, y compris chez nos voisins ;
- à 48,5 Hz, RTE commence à délester les consommateurs ;
- à 47,5 Hz, RTE déconnecte autant que de besoin les groupes de production du réseau électrique.
Autant familiariser dès maintenant nos compatriotes avec la phase paroxystique sur laquelle ce processus promis à la récurrence pourra régulièrement déboucher, décrite dans cet article (4).
On se pince en prenant conscience que les auteurs de la PPE 3 n’ont manifestement pas pris la peine de procéder ou de faire procéder à une aussi élémentaire simulation. Reste que les Français n’imaginent même pas ce que menace de leur coûter autant d’amateurisme partisan et la démagogie consistant à soumettre cette improvisation d’une energiewende édulcorée à l’approbation du grand public ; c’est un peu comme si on demandait à ce dernier de tenir la barre d’un navire louvoyant entre les icebergs. Bref, si nos compatriotes savaient ce qui attend leur niveau de vie et leur confort, quand s’ouvrira l’ére de la récurrence du contexte décrit ci-avant, nul doute qu’ils s’élèveraient en bloc et avec vigueur contre cette PPE 3, ce que, précisément, le présent article les encourage à faire sans tarder.
- https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/consultation-du-public-sur-le-projet-de-troisieme-a3142.html
- https://frontpopulaire.fr/opinions/contents/entre-demagogie-et-ignorance-le-suicide-energetique-de-la-france_tco_30981199
- ∆ signifie écart, variation ; P est mis pour puissance ; f est mis pour fréquence ; le signe moins indique que l’action correctrice est antagoniste à la variation.
- https://www.contrepoints.org/2024/05/15/474535-flamanville-3-ou-pas-lere-des-menaces-de-black-out-est-deja-programmee
- https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/consultation-du-public-sur-le-projet-de-troisieme-a3142.html
2 réponses
Et tout ça pour des émissions qui, au-delà de 400 ppm de CO2 (déjà dépassées), n’ont plus qu’une incidence infime sur le réchauffement.
Mais en fait, les émissions ne sont qu’un alibi pour les décroissantistes qui veulent détruire notre mode vie. A moins que ce ne soit que de la bêtise. Dans les deux cas c’est triste d’être dirigé par des incompétents.
C’est pire que ça, lorsqu’on observe à quel point et depuis si longtemps l’incurie le dispute à l’impéritie et à la malhonnêteté, en matière d’énergie.
J’ai posté ce jour un article complétant l’article ci-dessus, intitulé « Mobilité tout électrique et PPE 3 : quand l’utopie fait loi »… Tout un programme. J’espère que cet article sera publié, car rien n’est jamais gagné d’avance avec Atlantico.