La modernisation plus que nécessaire des équipements hydroélectriques en France est presque à l’arrêt depuis deux décennies du fait d’un différend persistant avec Bruxelles sur l’ouverture à la concurrence. Une aberration !
D’autant plus que l’hydraulique a encore été l’an dernier et de loin la principale source de production d’électricité renouvelable en France avec l’immense avantage de ne pas être intermittente et aléatoire comme l’éolien et le solaire.
Voilà pourquoi la publication cette semaine d’un rapport parlementaire transpartisan qui fait des propositions pour sortir enfin de l’impasse est une avancée importante. Elle pourrait même déboucher sur le vote d’une loi.
Mais attention à ne pas construire une usine à gaz sur le modèle du tristement célèbre Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Fruit de l’imagination fertile des technocrates de Bercy, l’Arenh a créé une concurrence totalement artificielle sur la distribution de l’électricité en France dont le consommateur n’a jamais vraiment bénéficié et au seul détriment d’EDF contraint de vendre une partie de sa production nucléaire à prix cassé à ses concurrents.
On l’oublie souvent, mais la principale source de production d’électricité renouvelable en France est l’hydraulique. Elle a représenté l’an dernier pas moins de 13,9% du total avec près de 75 TWh. Et le poids de l’hydroélectricité explique pourquoi avec le nucléaire (67,4%), l’éolien (8,7%), le solaire (4,3%) et la biomasse et les déchets (1,9%), la France est l’un des champions du monde de l’électricité décarbonée avec plus de 95% de sa production l’an dernier.
L’hydroélectricité avait été qualifiée il y a quelques années, à juste raison, de « géant endormi » par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). C’est le cas en France où elle est délaissée depuis deux décennies pour de mauvaises raisons. Du fait des moyens financiers et humains limités d’EDF, qui préfère les consacrer à la maintenance et la relance du nucléaire, et plus encore d’un différend persistant avec Bruxelles. Le modèle historique français des concessions est remis en cause par les règles européennes de la concurrence. Résultat, la modernisation des équipements hydroélectriques est presque à l’arrêt… Une aberration !
Deuxième parc européen de barrages
Cela est d’autant plus dommageable que l’hydraulique contrairement à l’éolien et solaire n’est pas une source d’énergie renouvelable intermittente et aléatoire, elle est dite pilotable, c’est-à-dire disponible quand elle est nécessaire. Elle permet aussi, via les STEP (Stations de transfert d’énergie par pompage), de stocker mécaniquement de l’électricité, ce qui est très précieux, notamment avec les renouvelables intermittents. La France possède le deuxième parc européen de barrages, qui totalise « 26 GW » de puissance installée, soit 17% de la capacité électrique nationale. Le pays compte 340 concessions qui représentent 90% de la puissance hydroélectrique, dont 61 sont échues au 31 décembre 2025.
Voilà pourquoi la publication le 13 mai d’un rapport parlementaire transpartisan qui fait des propositions pour sortir de l’impasse est une étape importante. La logique du rapport est claire : trouver le moyen d’éviter l’ouverture à la concurrence des ouvrages hydrauliques nationaux. Il s’agit de les protéger de la « prédation » de groupes étrangers pour …