William Thay et Clément Perrin : Les gueux et la transition énergétique
Une écologie pour les plus riches
La fiscalité carbone française révèle son caractère profondément régressif. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) représente 16 milliards d’euros annuels, frappant les “gueux” contraints aux énergies fossiles dans les territoires ruraux et périurbains. Ces populations supportent une facture énergétique de 2 050 euros par an, en forte hausse depuis trois ans. Les zones à faibles émissions (ZFE) illustrent cette logique d’exclusion sociale. Elles pénalisent les habitants périurbains et ruraux dépendants de leur véhicule pour accéder aux centres urbains. Artisans, ouvriers et retraités modestes se voient interdits d’accès aux cœurs d’agglomération, créant un apartheid social territorial.
L’écologie de classe traduit des politiques conçues par et pour les privilégiés. MaPrimeRénov’ bénéficie disproportionnellement aux propriétaires urbains ayant les moyens d’avancer les frais, tandis que 73 % des bénéficiaires ont plus de 55 ans. Les jeunes locataires n’ont accès qu’à des aides marginales. Cette injustice se double d’une précarité énergétique explosive : 32 % des ménages ruraux non périurbains sont vulnérables énergétiquement, contre 13 % dans les pôles urbains.
La France s’engage dans un gouffre financier vertigineux. Les estimations convergent vers 66 à 200 milliards d’investissements annuels d’ici à 2030, soit 8 % du PIB consacrés à la transition climatique. Cette ponction intervient avec une dette publique de 115 % du PIB et une fiscalité à 42,8 % du PIB.
La mort des entreprises
Les chiffres record des défaillances d’entreprises témoignent de l’étranglement du tissu économique par les contraintes environnementales. Les PME croulent sous les obligations climatiques : bilan carbone, audit énergétique, certifications et normes RSE, directives CSRD (à partir de 2026), mise aux normes. Pendant que la Chine inonde l’Europe de véhicules produits au charbon, Stellantis s’apprête à mettre temporairement à l’arrêt cinq de ses usines en Europe, en octobre.
La révolution fiscale constitue l’urgence absolue. Tant que les dispositifs favoriseront massivement les classes aisées au détriment des plus modestes, la transition restera socialement inacceptable. Les écarts territoriaux exigent une refonte complète de la fiscalité écologique. Comment justifier de pénaliser un ouvrier contraint au diesel dans la Creuse avec la même sévérité qu’un cadre habitant dans une métropole ou en région parisienne ?
Plutôt que de subir la désindustrialisation au nom de l’environnement, la France pourrait faire de la décarbonation une source positive, comme un moteur de reconquête industrielle dans les bassins populaires. La “vallée de la batterie”, dans les Hauts-de-France, illustre cette possibilité, avec ACC, à Douvrin, AESC, à Douai, Verkor et Pro-Logium, à Dunkerque. Les chaînes de valeur stratégiques rapatriées sur le territoire national créeraient les emplois nécessaires pour compenser les destructions d’activités traditionnelles. Tant que la transition énergétique restera l’apanage d’une élite urbaine financée par les classes populaires, elle demeurera vouée à l’échec.
* William Thay est politologue et président du think tank gaulliste et indépendant Le Millénaire ; Clément Perrin est directeur des études du Millénaire.
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2 réponses
Non on ne va pas faire de la decarbonation une source positive.
– « source positive » ne veut dire
– la decarbonation est une contrainte technique, budgétaire et fiscale
– elle ne sert à rien, on observe aucune amélioration de quoi que soit qui mériterait d’être « amélioré » grâce à ladite decarbonation.
Le seule décision raisonnable consiste à arrêter de decarboner.
Exactement, d’accord avec Murps… la, « décarbonations » est une grosse fumisterie…
Ces « ânes coiffés » comme je les appelle , qui nous imposent durement leur truc, sont à fond sur une « écologie » imbécile dont ils n’ont pas tardé à voir quel profit financier ils pouvaient tirer, qui fait florès chez les indigents de l’intelligence, et gangrène des instances dirigeantes sur lesquelles nous avons peu de pouvoir —ces instances, par contre ont le moyen d’échapper aux effets délétères des décisions qu’ils nous imposent — peu importe l’idéologie, finalement, pourvu que ça rapporte…
ils sont en train, ces écologistes de pacotille, de nous fourguer un enfer sous des prétextes vertueux.
Juste un peu de bon sens, svp… laissez faire le marché, en France, pour commencer, n’intervenez pas , et stop aux subventions sous prétexte d’ « écologie », de « transition du climat » (je rigole quand j’entends ça…), et de décarbonation … au contraire, varier les sources d’énergie est une option intelligente .
Notre argent, et l’argent de nos impôts, ont des priorités … et la « décarbonation » à la c n’en est pas une…