Photovoltaïque, éolien et nucléaire ensemble : un cauchemardesque collège unique

Il ne fallut à un tel collège que la décennie 1930 pour dévitaliser un organe de défense nationale dans lequel « forces aériennes et blindées » et « ligne Maginot » bénéficièrent respectivement des portions congrue et léonine. Durant cette période, pas moins 1,5 % du PIB – le quart du budget militaire français – fut engloutis dans la construction et dans les équipements de notre moderne forteresse Vauban. Or, les quelque 25 à 30 milliards d’euros qu’aurait aujourd’hui coûtés cette inauguration de la surréaliste transition industrielle du high-tech vers l’archaïque feraient pâle figure devant les centaines de milliards déjà mis dans cette dernière, en matière d’approvisionnement électrique national. Aussi, le prix de la médiocrité collective, que nos enfants n’ont pas fini de payer, promet-il d’être à la hauteur de celui que leurs aïeux eurent à régler, dès juin 1940.

Dans l’école de la démagogie et du clientélisme, concoctée en 1975 par l’éphémère gouvernement Chirac, l’excellence et le talent se nourrissent de médiocrités, leurs velléités sont refoulées, étouffées, voire empêchées, tandis que l’unique voie de garage vers « l’inemployabilité » n’offre à l’intelligence ordinaire aucun aiguillage vers l’épanouissement socio-professionnel, ni même la possibilité de sauter en marche. Ce nivellement par le bas, dont il y a urgence à prendre la mesure de la nocivité sociale, économique, culturelle et politique, doit aujourd’hui son caractère implacable non pas au libre arbitre de ceux qui prétendent le piloter au quotidien, mais à la diabolique autonomie du mécanisme que leurs pères spirituels ont mis en place.

Hélas, il en va bien plus encore ainsi du collège électrique unique dans lequel d’aucuns – dont la nouvelle ministre de la Transition écologique, Monique Barbut – prétendent faire efficacement coexister le nucléaire et les renouvelables. Ces gens s’obstinent à ne tenir aucun compte du fait que les lois de la physique, de la technique et de l’économie n’ont jamais autant manqué d’occasions de rappeler sans ménagement à la volonté procédurière que leur règne sur ce collège est sans partage.

Madame la ministre, ni votre licence d’anglais, ni votre DEA en sciences économiques, ni même votre impressionnant parcours de fonctionnaire distingué à tous niveaux associatifs et diplomatiques pour ses mérites militants ne sont de nature à vous permettre de battre en brèche cette réalité. Pourtant, les responsabilités institutionnelles venant de vous échoir vous font bel et bien l’impérieux devoir de vous y essayer en toute transparence et, au nom de l’intérêt général que vous êtes censée servir, d’en tirer les conclusions économiques et industrielles.

Aussi, pour faciliter l’investigation qui s’impose, propose-t-on ici à vos collaborateurs réputés spécialisés de faire émerger de l’approche professionnelle ci-après la compatibilité ou l’antagonisme fonctionnels entre nucléaire et renouvelables ; leur conclusion devant être inattaquable.

Ce vendredi 24 octobre 2025, vous déclariez ceci à quelques parlementaires

« je considère que notre système énergétique a besoin de ses deux jambes pour marcher, les énergies renouvelables et le nucléaire », et d’ajouter « on ne pourra pas, dans ce pays, avoir juste de l’énergie nucléaire, c’est impossible de n’avoir qu’une seule source d’énergie ; si vous voulez être en souveraineté énergétique, il vous faut développer toutes les énergies possibles. »

S’agissant des renouvelables, ce que vous énoncez-là, madame la ministre, est une contre-vérité flagrante : parole de connaisseur. En effet, de même que la présence excessive de cancres dans le collège unique tend à stériliser la transmission du savoir pour tous et à dilapider le potentiel d’enrichissement intellectuel de la société par les plus doués, sachez que la mise en danger d’un approvisionnement électrique suffisant et optimisé sur tous les plans est proportionnelle à la présence des renouvelables dans le parc national de production.

 Pour le prouver, je n’ai que l’embarras du choix des démonstrations techniques dont les consommateurs, usagers et contribuables français constatent tous les jours la justesse des conclusions. Nonobstant le ruineux taux d’indisponibilité d’une puissance renouvelable essentiellement intermittente, auquel on doit un KWh d’autant plus cher que croissent éoliennes et héliostats, il est une carence fonctionnelle majeure de ces derniers sur lesquelles les promoteurs de la transition énergétique pour la croissance verte s’emploient soigneusement à détourner le regard du grand public : leur inaptitude à régler la fréquence et la tension du courant, ce dont les autres outils de production sont contraints de se charger en totalité. Que la capacité de réglage de ces derniers vienne à manquer ou à être insuffisante et le service électrique tout entier peut s’interrompre en un clin d’œil, ce dont le black-out espagnol du 28 avril dernier a apporté la plus cinglante illustration.

En France, la question du comment procéder à ce réglage ne se pose plus depuis longtemps : le nucléaire est enjoint de s’y coller quasiment seul, quel que soit un besoin de réglage dont la croissance est assurée par une croissance éolienne et photovoltaïque garantie pour des années par la PPE3 ; et c’est là que le bât du collège électrique unique menace de blesser de plus en plus gravement la communauté économique et sociale française. Pour mesurer à quel point, il est temps d’expliquer aux Français ce que va coûter sur tous les plans à ce nucléaire de se plier à des modulations de fréquence et de tension de grande amplitude, pour lesquelles non seulement il n’a pas été conçu, mais l’obligeant à sacrifier sensiblement ses rendements technique et économique et, surtout, à compromettre la durabilité de ses installations.

Pour ce qui est de la tension, ce qu’on attend des gros alternateurs de 900 et de 1300 MW c’est d’être en mesure de fournir ou d’absorber des quantités quelquefois considérables d’une énergie réactive seule à même de ramener le facteur de puissance (ou cosinus phi) à la valeur requise par le niveau de cette tension. Les Espagnols tentent bien de suppléer leurs graves carances dans ce domaine, en jalonnant leur réseau national de machines synchrones spécialement dédiées à la fonction, mais non seulement le coût de l’investissement plombe un peu plus le prix de revient déjà élevé de leurs KWh, mais on a vu le service que de telles machines ont été capables de rendre le 28 avril !

Quant à la maîtrise de la fréquence, elle se résume à l’obligation de moduler la puissance produite par le plus grand nombre possible des générateurs électriques connectés à un même réseau, suivant les principes sommairement décrits ici (1) et proportionnellement à la valeur et à la dynamique de la dérive de la grandeur physique. Or, imposer ce régime de fonctionnement à un réacteur nucléaire prévu à l’origine pour débiter constamment 100 % de sa puissance nominale se paye non seulement en euros sonnants et trébuchants, mais en usure prématurée des matériels et en production supplémentaire d’effluents et de déchets.

On trouvera ci-dessous un aperçu des préjudices causées à nos réacteurs par une obligation de moduler leurs puissances leur étant indirectement intimée par les « cancres » renouvelables.

  • Effets sur les matériels : augmentation d’environ 25 % des arrêts fortuits ; dégâts possibles sur la structure des cœurs de réacteurs (érosion, déséquilibre bore-lithium, fuites…) ; vieillissement du circuit primaire par le nombre abusif de cycles thermiques quotidiens induisant des contraintes thermiques secondaires…
  • Usure prématurée des grappes de contrôle et de leurs tubes guides.
  • Production supplémentaire d’effluents et de déchets radioactifs : La variation de la puissance thermique du cœur est obtenue en en faisant varier la réaction nucléaire au moyen de la dilution ou de la concentration dans le circuit primaire du bore empoisonnant cette dernière. En résulte la production d’un volume excessif d’effluents liquides qu’il est nécessaire traiter sur résines échangeuses d’ions et/ou sur évaporateurs. D’une part, la séparation liquide-solide produit des déchets radioactifs à enfuter et, d’autre part, les volumes résiduels d’une eau légèrement radioactive doivent être rejetés à la rivière à un débit sévèrement règlementé et contrôlé par un décret propre à chaque site.
  • Impacts sur les finances d’EDF : perte d’opportunités de vente aux bons prix d’achat ; perte de production ; coût marginal du KWh la plupart du temps défavorablement subi. Une récente estimation experte de cet impact arrive à un chiffre annuel compris entre 7,9 et 12,2 Mds€ !

 

Il est inutile d’aller plus loin dans l’investigation démontrant que les renouvelables ne doivent pas appartenir au même collège technique que le nucléaire, de même que s’entêter aux plus hauts niveaux à ne pas en tirer d’urgence les conséquences font courir un risque majeur à la solidité du système électrique, à sa stabilité et à l’économie nationale. Bref, le collège du nucléaire ne doit être réservé qu’aux énergies pilotables, quand celui assigné aux renouvelables doit être le collège de l’énergie décentralisée sous toutes ses formes, encouragée mais non subventionnée… et autoconsommée.

Madame la ministre, vendredi 24 octobre 2025 :

« je ne considère pas que l’État est le financeur de la transition écologique. L’État est là pour être sûr de mettre en place les lois et les règlements qui amènent l’économie dans son ensemble à aller vers les bonnes trajectoires ».

Le même jour, monsieur Jacques Marceau, président du conseil scientifique de la Fondation Concorde :

« alors que 84 % des Français soutiennent les énergies renouvelables, la classe politique reste figée dans ses clivages partisans. Cette guerre idéologique entre nucléaire et EnR fragilise l’indépendance énergétique française dans un contexte géopolitique tendu » (2).

Ainsi, en continuant de tolérer que le sort de la politique électro-énergétique française soit lié à la confrontation des opinions, plutôt qu’à la souveraineté de l’expertise, Jacques Marceau, comme encore beaucoup trop de cadres français, n’a pas vraiment compris en quoi consiste son métier, ni au fait que ce qui se joue dans cette confrontation n’est autre que la santé d’un outil de production national en très grand péril. L’économie administrée par l’omniscience élue, y compris à la déloyale – chère à la toute nouvelle ministre – ne heurte probablement pas ce monsieur plus que ça, un type d’économie que l’on a déjà vu à l’œuvre à Tchernobyl, en 1986, où l’autorité de sureté nucléaire n’était qu’un service parmi d’autres de la cellule locale du Parti Communiste…

   

(1) https://atlantico.fr/article/decryptage/blackout-pedagogie-du-leurre-de-la-frequence-sous-egide-de-linertie-andre-pellen 
(2) https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/nucleaire-energie-de-droite-renouvelables-energie-de-gauche-cette-polarisation-politique-menace-notre-independance-energetique-2194714

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