Industrie automobile, l’effondrement annoncé

Les pertes colossales de Stellantis, 22,3 milliards d’euros en 2025, illustrent le risque de voir disparaître une bonne partie de l’industrie automobile européenne, victime d’une politique qui l’a littéralement sabordé. L’erreur tragique de diagnostic en Europe sur l’automobile ne concerne pas le passage à la motorisation électrique. Il se fera tôt ou tard. Elle tient à l’incapacité de comprendre que l’Europe ne transformera pas son industrie automobile à marches forcées en la contraignant à respecter des règles que ni ses concurrents Chinois et Américains ne suivent.

Cela fait des années que Transitions & Energies met en garde contre l’effondrement de groupes automobiles historiques incapables de s’adapter au changement brutal de leurs marchés et à la transition européenne à marches forcées vers la motorisation électrique.

L’Europe a tout simplement sabordé son industrie automobile.

Il y a peu d’exemples similaires dans l’histoire. Une anecdote résume cela parfaitement. Il y a quelques années un influent député européen français avait pris rendez-vous avec celui qui était alors le premier vice-président exécutif de la Commission européenne, le néerlandais Frans Timmermans, à l’origine du Nouveau Pacte vert de 2021, rédigé notamment sous l’impulsion de son directeur de cabinet… qui venait de Greenpeace. Le député français l’alerte pendant trois heures d’entretien, chiffres à l’appui, sur le risque de voir l’industrie automobile européenne s’effondrer pour des gains limités en termes d’émissions de gaz à effet de serre. L’empreinte carbone pendant toute la durée de vie d’un véhicule électrique est plus faible que celle d’un véhicule à moteur thermique mais dans des proportions limitées et tout dépend en fait de l’électricité utilisée pour recharger les batteries, si elle est décarbonée ou pas. Frans Timmermans finit par répondre au député français,

« vous avez raison, mais c’est une décision politique, le reste n’a pas d’importance… ».

Les conséquences de cela, on les mesure aujourd’hui. Le constructeur automobile Stellantis a annoncé une perte nette historique de 22,3 milliards d’euros en 2025, la deuxième plus importante jamais enregistrée par une entreprise française derrière celle de Vivendi en 2002 (23,3 milliards d’euros). Elle est liée avant tout aux ventes de véhicules électriques très inférieures aux attentes et à leur rentabilité inexistante.

« Impasse stratégique… »

L’erreur tragique de diagnostic en Europe sur l’automobile ne concerne pas le passage à la motorisation électrique. Il se fera tôt ou tard. Elle tient à l’incapacité de comprendre que l’Europe ne transformera pas son industrie automobile à marches forcées en la contraignant à respecter des règles que ni les Chinois ni les Américains ne suivent. Tant que cet état d’esprit ne changera pas, modifier à la marge l’interdiction de commercialiser des véhicules thermiques d’ici 2035, comme l’a fait à la fin de l’année dernière avec beaucoup de réticences la Commission européenne, n’aura aucun impact.

Carlos Tavares, ancien patron de Stellantis, résumait bien la situation à la toute fin de l’année 2024 dans une interview au quotidien portugais Expresso où il s’était lâché quelques jours après avoir été débarqué. Il expliquait que les décisions politiques européennes ont conduit l’industrie automobile du continent « dans une impasse stratégique ». Elle a perdu en moins d’une décennie les avantages technologiques et industriels qu’elle avait construit tout au long du XXème siècle et se retrouve maintenant avec « plusieurs années » de retard …

 

 

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3 réponses

  1. « l’effondrement de groupes automobiles historiques incapables de s’adapter au changement brutal de leurs marchés »
    Si les mots ont un sens, les groupes automobiles n’ont pas été confrontés à un changement brutal de leurs marchés puisque leurs marchés étaient essentiellement la vente de véhicules thermiques dont la demande serait encore forte si les Etats n’avaient pas essayé de manipuler (sans succès heureusement) les consommateurs à coups de taxations carbone et autres malus écologiques. Obliger les constructeurs à tout miser sur l’électrique sans avoir en main aucune étude de marché sérieuse, relève de la folie furieuse des politiques hors sol ayant voitures de fonction avec chauffeur et Falcon pour éviter de voyager en TGV! (voir Bayrou!).
    S’il y a un jour un véritable marché du VE, ce sera au prix de progrès scientifiques encore inatteignables, les lois de la physique étant incontournables, et de coûts d’infrastructures (production et distribution de quantités d’électricité phénoménales) que l’on peine aujourd’hui à développer faute de moyens financiers ( et de rtours sur investissements!

    1. Oui, remarque pertinente. Accuser l’industrie automobile européenne de manque d’agilité et capacité d’adaptation aux nouveaux marchés est du foutage de gueule alors qu’on leur interdit de vendre des thermiques et qu’on leur colle des amendes astronomiques quand ils ne respectent pas les objectifs de vente d’electriques fixés par une bande de tarés déconnectés du réel.
      Remarquez que la situation est la même pour l’agriculture, la gestion de l’eau, et évidemment la production d’électricité…

    2. La politique énergétique de l’UE s’apparente effectivement à de la folie furieuse : ENR à outrance, tout VE dans l’optique de zéro émissions de CO2 en 2050, sachant que grosso modo, l’UE partait de 5 GT d’émissions de CO2 en 1990 (aujourd’hui moins de 4) alors que l’Asie est passée de 5 GT en 1990 à 20 GT aujourd’hui et probablement au moins 30 GT en 2050.
      Donc 5 GT annulées d’un coté contre 25 GT de plus de l’autre. Un suicide économique pour rien…
      La VE c’est bien, mais ça reste encore (et probablement pour longtemps) mal adapté aux trajets longues distances, c’est donc idiot de l’imposer à tout le monde et il fallait être très prudent dans son développement (soigneusement cibler les subventions) pour éviter le déferlement de VE chinoises.
      En France, un parc auto à 30% voire un peu plus de VE ne poserait aujourd’hui pas de problème d’alimentation électrique.

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